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Les musées israéliens, entre identité et liberté

Publié par MaRichesse.Com sur 15 Septembre 2016, 06:44am

Catégories : #ISRAEL, #RELIGION, #VIE

Omniprésents en Israël, les musées sont d’abord des lieux de mémoire, indispensables à l’affirmation de l’identité nationale. Tout en donnant parfois une large place à la contestation.

Les musées israéliens, entre identité et liberté

Avec plus de 200 musées pour 8 millions d’habitants, Israël se targue d’être le pays qui en compte la plus grande densité au monde. Logique pour une nation fondée il y a moins de soixante-dix ans, attentive à préserver chaque élément de sa jeune histoire.

À Tel-Aviv, la maison de David Ben Gourion, le premier chef du gouvernement d’Israël, est devenue un musée à sa mémoire. La demeure du premier maire de la ville, Meir Dizengoff, où fut proclamée la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël en 1948, se visite aussi, tout comme celle du grand poète hébreu, Haïm Nahman Bialik…

« Il y a dans ce pays une hyperprésence des musées archéologiques et des musées de mémoire conçus autour de la personnalité de grands hommes, de kibboutz… Tous ces lieux participent à la construction du roman national. Au musée de Yad Vashem sur la Shoah ou au Musée de la diaspora, on amène ainsi de manière assez directive tous les écoliers, les soldats pendant leur service militaire, les nouveaux immigrants… », observe l’historienne de l’art Laurence Sigal, qui dirigea le musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris.

Une forme de récit historique national

Avec ses collections encyclopédiques, riches de 500 000 œuvres, souvent offertes par de généreux donateurs, le Musée d’Israël à Jérusalem a longtemps aggloméré des départements un peu disparates : ici des antiquités romaines, là des statues d’art précolombien, ailleurs des œuvres d’art moderne européen ou un jardin de sculptures contemporaines.

Depuis sa rénovation en 2010, ce semis de bâtiments blancs et bas épousant le relief d’une colline a réorganisé tout son accrochage dans des espaces d’exposition doublés. Aujourd’hui, les antiquités et les statues cananéennes se trouvent non loin des salles ethnographiques des judaïca et d’une section dédiée à l’art moderne d’Israël, esquissant une forme de récit historique national.

Le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem. / Hill Debbie/UPI/Abaca

Le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem. / Hill Debbie/UPI/Abaca

À côté du dôme immaculé du Sanctuaire du Livre abritant les fameux manuscrits de la mer Morte, les plus anciens textes bibliques connus, rédigés en hébreu par une secte juive entre le IIIe siècle avant J.-C. et le début de notre ère, une immense maquette de 400 m2 trône désormais. Elle atteste du visage de Jérusalem à la même époque, juste avant la grande révolte juive et la destruction par les Romains, en l’an 70, du Second Temple et de son esplanade, dont il ne reste aujourd’hui que le Mur des Lamentations.

« Israël parmi les nations »

Ceux qui rêvent de retrouver le Premier Temple, érigé par Salomon en surplomb de la Cité de son père, David, n’ont qu’à se rendre au Musée des pays de la Bible, juste en face du musée national, où une autre maquette montre un état encore plus ancien de Jérusalem, au VIIe siècle av. J.-C.

Dans cet établissement privé, fondé en 1992 par le marchand d’antiquités Élie Borowski, qui combattit contre les nazis et perdit sa famille dans l’Holocauste, toute la scénographie s’attache à situer l’émergence du judaïsme dans une histoire beaucoup plus vaste qui commence en Égypte et en Mésopotamie et se poursuit jusqu’aux premiers siècles du christianisme.

À travers des antiquités choisies en écho à des citations bibliques, le parcours met en lumière la richesse des civilisations qui se succédèrent dans la région et leurs échanges économiques, culturels et spirituels. Un propos délibérément humaniste et ouvert, même si la section dédiée à « Israël parmi les nations » occupe l’espace central, vers lequel tout converge.

Un bâtiment à l’architecture symbolique

Plus explicite encore est l’architecture du Musée sur l’histoire de l’Holocauste, au sein du vaste complexe mémoriel de Yad Vashem. Inauguré en 2005, ce bâtiment dessiné par le Canadien Moshe Safdie fend en deux une colline comme une terrible cicatrice de 180 mètres de long. À l’intérieur, le visiteur s’enfonce dans la terre, au fil de neuf galeries exposant les racines de l’antisémitisme et des centaines de documents sur l’étau nazi qui a progressivement broyé six millions de Juifs européens.

Poignant et remarquablement pédagogique avec ses cartes, ses maquettes et même sa reconstitution d’une rue du ghetto de Varsovie, le parcours s’achève dans le Hall des Noms, tapissé de photos d’identité de victimes (1), avant de remonter vers la lumière naturelle pour offrir une vue splendide sur les collines alentour. Un panorama très apaisant, mais orienté, où la terre d’Israël semble désignée comme l’unique refuge pour le peuple juif après l’horreur de la Shoah…

Ouverture à la diversité d’un judaïsme pluriel

Les persécutions du peuple juif à travers les âges, les destructions récurrentes de son patrimoine sont rappelées au musée de Tel-Aviv dédié à l’histoire de la diaspora. Dans la galerie des synagogues, sur 21 maquettes d’édifices du monde entier, plusieurs évoquent ainsi des lieux disparus, telle la synagogue fortifiée de Prague ou la grande synagogue de Varsovie dont ne subsiste qu’une grande ménorah.

Créé en 1978 par trois survivants de l’Holocauste, et d’abord centré sur l’Europe, l’établissement, niché au cœur du campus universitaire, vient de se rénover radicalement pour s’ouvrir davantage aux étudiants et à la diversité d’un judaïsme pluriel. Avec pour objectif d’aider chacun, parmi les jeunes générations ou les nouveaux arrivants, à trouver sa place au sein de la communauté. D’où cet été une exposition sur le « rebelle » Bob Dylan ou une autre sur les parcours d’intégration chaotiques des juifs falachas venant d’Éthiopie et exfiltrés du Soudan par l’opération Moïse en 1984…

« United colours of Netanyahu »

De son côté, le Musée des arts de Tel-Aviv, principal centre culturel du pays, accueille ouvertement des artistes parfois très critiques vis-à-vis de la politique israélienne. À côté des Van Gogh, Klimt, Picasso et autres joyaux de l’art européen donnés au musée par Moshe et Sarah Mayer et Mizne Blumental, il expose jusqu’en octobre les affiches incisives du graphiste David Tartakover.

Farouche opposant à l’occupation des Territoires palestiniens, ce pacifiste pointe avec une ironie cruelle les contradictions de la société israélienne, à l’image de cette publicité vantant, à la façon d’une célèbre marque de pull-over, les « United colours of Netanyahu » où l’on voit le premier ministre et sa famille entourés d’une armée de gardes du corps.

Temples de la mémoire et lieux vivants

Dans la nouvelle aile du musée, le duo danois Elmgreen & Dragset a érigé une immense paroi de béton qui coupe en deux une salle et que contemple du haut d’un balcon la silhouette d’un adolescent accablé. Une réplique du mur de Berlin qui renvoie fatalement, ici, aux autres murs qui cisaillent aujourd’hui la Terre sainte…

À côté, Minaret of Defense, du collectif israélien Zik Group, propose le mariage improbable de la tour des télécommunications militaires de Tel-Aviv avec les minarets des pays voisins. Même l’architecte américain Preston Scott Cohen qui a conçu ce nouveau bâtiment d’exposition tout en angles aigus et en facettes, façon origami, l’a bien compris : les musées ne sont pas des temples paisibles de la mémoire, mais des lieux vivants, traversés d’âpres débats.

Alors que la ministre de la culture, Miri Regev (Likoud), menace dans un projet de loi de réduire les subventions aux artistes « déloyaux » envers l’État, plusieurs directeurs de grandes institutions culturelles ont d’ailleurs saisi la Cour suprême pour« atteinte à la liberté d’expression ».

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À voir

À Jérusalem, le Musée d’Israël­. Il abrite des collections archéologiques, des peintures européennes, des salles d’art juif où l’intérieur de quatre synagogues est reconstitué, un jardin de sculptures et les manuscrits de la mer Morte. www.imj.org.il

Le Musée d’Israël à Jérusalem.  / R. Castelnuovo/The New York Times/Redux/Rea

Le Musée d’Israël à Jérusalem. / R. Castelnuovo/The New York Times/Redux/Rea

Le mémorial Yad Vashem. Un remarquable lieu de mémoire avec, outre le Musée d’histoire
de l’Holocauste, le Mémorial des enfants, la Crypte du souvenir ou l’Allée des Justes…
www.yadvashem.org

Le Bible Lands Museum pour son approche très pédagogique et les liens qu’il tente de révéler entre les différentes civilisations du Proche et du Moyen-Orient. www.blmj.org

À Tel-Aviv, le Musée d’art mérite le détour pour l’architecture de sa nouvelle aile et ses riches collections anciennes et modernes. www.tamuseum.org.il

Le beau Musée du design de Holon, conçu par le designer israélien Ron Arad, accueille jusqu’en octobre une belle rétrospective du japonais Nendo. www.dmh.org.il

À Jaffa, la maison de l’artiste Ilana Goor, 90 ans, offre une plongée fascinante dans son univers exubérant et un brin morbide, encombré de 500 meubles design, peintures et sculptures. www.ilanagoormuseum.org

Sabine Gignoux (à Tel-Aviv, Jérusalem, Holon)

 

Ce reportage a été rendu possible grâce au concours du ministère israélien du tourisme.

(1) Celui-ci abrite dans des boîtes d’archives 4,5 millions de noms de victimes de la Shoah, collectés par Yad Vashem. Un ensemble auquel manquent encore nombre de noms d’Europe de l’Est. 

 Source

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