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Les familles frappées par la hausse de primes

Publié par MaRichesse.Com sur 26 Septembre 2016, 16:24pm

Catégories : #SUISSE, #ECONOMIE

Les familles frappées par la hausse de primes

Les familles vont passer à la caisse. En annonçant lundi le montant des primes de l’assurance obligatoire des soins, le conseiller fédéral Alain Berset a mis en avant cette catégorie d’assurés, particulièrement concernée par la nouvelle hausse. En 2017, les primes des enfants vont particulièrement peser sur le budget des ménages: elles augmenteront de 6,6% pour atteindre le montant de 105,25 francs, soit une progression de 6,14 francs par enfant et par mois en moyenne. En Suisse romande, la hausse sera encore plus marquée, surtout à Genève (+9,7%), devant le Jura et le Valais (8,2%), Vaud (7,6%) et Fribourg (6,9%).

En fait, depuis 2013, le montant des soins dispensés aux bambins et pris en charge par les assureurs maladie est supérieur aux recettes des primes encaissées pour ce groupe d’âge, explique l’Office fédéral de la santé publique. Dès lors, un «processus de rattrapage» est en cours. Comme le constate Verena Nold, directrice de l’association des assureurs Santésuisse, «la hausse des coûts pour les enfants a été régulière ces dernières années. Elle tient à une meilleure prise en charge, notamment des enfants jusque vers cinq ans, qui sont régulièrement contrôlés et bénéficient de mesures de prévention. Et c’est une bonne chose.»

La loi sur l’assurance maladie (LaMal) impose aux caisses de fixer des primes plus basses pour les moins de 18 ans. Selon les assurances, ces rabais se situent entre 70 et 80% de la prime standard. Certains d’entre eux, comme Assura, ne diminueront pas en 2017 le montant du rabais: la hausse pour les enfants sera en ligne avec la courbe globale de l’augmentation des primes, qui se monte à 8,3% en moyenne nationale.

«Je m’interroge sur les raisons d’une telle hausse: les adultes subventionnaient-ils les enfants?» demande la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD), qui entend bien interpeller les acteurs du système de santé à ce sujet. «Les petits sont-ils en meilleure santé aujourd’hui qu’il y a cinq ans parce qu’ils seraient mieux soignés? Je ne le crois pas», poursuit son collègue et médecin Ignazio Cassis (PLR/TI), qui s’interroge sur la réelle nécessité d’un certain nombre de consultations.

Pour contrer une évolution «inquiétante pour les familles», Alain Berset a brandi la menace d’une intervention. Il pourrait agir par voie d’ordonnance mais entend d’abord discuter avec les assureurs. Il suivra également les travaux du Parlement. Il y a plusieurs années déjà, la conseillère nationale Ruth Humbel (PDC/AG) a déposé une initiative parlementaire visant à exonérer les enfants des primes; une proposition soutenue par le PS. Les Chambres en ont accepté le principe, le débat devrait avoir lieu en décembre au Conseil national. Une autre proposition, celle de l’ancien conseiller national Stéphane Rossini (PS/VS), visant à atténuer les primes pour les jeunes, sera également abordée. 

 

Adultes touchés aussi

Avec une moyenne de 105,25 francs par mois l’an prochain, le montant des primes des enfants reste néanmoins bien inférieur à celui des adultes qui se situera en moyenne à 447,28 francs pour les assurés qui optent pour une franchise de 300 francs et intègrent la couverture contre les accidents. Pour eux, la hausse moyenne se situe à 4,5% avec des écarts très importants entre les régions et au sein même des cantons. Comme le ministre de la santé l’a souligné, pour les mêmes prestations, la prime varie selon les caisses entre 230 et 760 francs dans le canton de Vaud, de 180 à 640 francs à Zurich.

«Les primes ont doublé ces 20 dernières années, on ne peut pas continuer comme cela encore 20 ans», assène Isabelle Moret. Ces prochains temps, les propositions pour tenter de maîtriser la spirale haussière vont fleurir. Pour agir sur les coûts, la Vaudoise souhaite par exemple mettre davantage la pression sur les prestataires de soins, en particulier les médecins. Comme Santésuisse, elle évoque notamment la piste du remboursement au forfait en remplacement de la tarification actuelle pour les traitements dispensés par les médecins privés. De son côté, le parti socialiste déposera plusieurs interventions parlementaires ce mardi, portant par exemple sur la planification hospitalière. Le PS incite aussi au lancement d’initiatives cantonales pour limiter le poids des primes de l’assurance maladie obligatoire à 10% du revenu disponible des ménages.


Les Jurassiens vont beaucoup à l'hôpital. Leurs primes sont celles qui augmentent le plus

La prime moyenne croîtra de 7,3% pour les adultes et de 8,2% pour les enfants. La hausse du taux d’hospitalisation joue un rôle

Succédant au socialiste Michel Thentz en décembre 2015, le ministre jurassien PLR de la Santé, Jacques Gerber, a eu le même coup de sang que son prédécesseur en découvrant, dimanche, que le Jura est le canton où les primes maladie augmenteront le plus en 2017: +7,3% pour les adultes, +8,2% pour les enfants.

Un tiers des Jurassiens sont affiliés à la Supra et à Assura. Il leur en coûtera 55 et 37 francs de plus par mois. La prime moyenne grimpe à 488 francs. «Le Jura est désormais au quatrième rang suisse des primes les plus élevées, derrière Bâle-Ville, Genève et Vaud», se désole Jacques Gerber, qui se dit «irrité et en colère».

Au-delà de l’incompréhension, deux raisons contribuent à l’explosion des primes dans le Jura. Ses ressortissants ont massivement changé de caisse fin 2015. Assura a perdu la moitié de ses clients, Supra a vu ses effectifs être multipliés par vingt. «Le système est pervers, constate le ministre. Ces changements engendrent des coûts administratifs et, surtout, les réserves financières ne suivent pas les patients.» Jacques Gerber ne recommande plus aux assurés de changer de caisse. 

 

+43% en huit ans

Les Jurassiens ont cette autre particularité, selon le chef du Service de la santé, Nicolas Pétremand, «d’être parmi les Suisses qui vont le plus et le plus longtemps à l’hôpital». Une étude a été lancée pour en saisir les raisons. Alors que le taux d’hospitalisation décroît en Suisse romande, il grimpe dans le Jura, avec pour effet une augmentation plus importante des coûts de la santé, +5,2% au premier semestre 2016 contre +4,3% en moyenne suisse.

Cela ne justifie toutefois pas, aux yeux de Jacques Gerber, l’écart de 2,8 points entre la hausse nationale des primes et celle infligée au Jura. Surtout qu’entre 2009 et 2016, les coûts de la santé ont augmenté de 21% dans le canton et les primes maladie de 34%, et même de 43% en prenant en compte 2017, passant en valeur moyenne de 340 à 488 francs. «Nous exigeons que, sur la base de la loi sur la surveillance de l’assurance maladie, la Confédération nous démontre le lien entre la hausse des primes, les coûts de la santé et les effets provoqués par les flux de patients», déclare le ministre.

La caisse unique comme alternative? Les Jurassiens l’ont plébiscitée en 2014, mais le gouvernement rejette le projet de caisse cantonale proposée par la FRC, le Jura n’ayant pas la taille critique pour un tel projet. Jacques Gerber lance une autre idée: «Réfléchissons à des régions sanitaires intercantonales autour des hôpitaux universitaires. Le Jura pourrait être intégré à Bâle et à la Suisse du Nord-Ouest.» (Serge Jubin) 

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