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Le secret du génie de Tupac Shakur était caché dans sa bibliothèque

Publié par MaRichesse.Com sur 13 Septembre 2016, 07:59am

Catégories : #MUSIQUE, #PEOPLE

Le secret du génie de Tupac Shakur était caché dans sa bibliothèque

Vingt ans après sa mort, on a parfois l'image d'un Tupac gangster, vouant un amour fou à sa mère, un peu à l'instar des mafieux italiens. Une imagerie qui cache pourtant une culture littéraire énorme chez le rappeur, qui a orienté son œuvre et souvent engendré des tubes.

Vingt ans que 2Pac et son doo-rag ont quitté cette terre. Abattu à Las Vegas, le 13 septembre 1996, dans une voiture au sortir du match de boxe entre Mike Tyson et Bruce Seldon, le rappeur américain est désormais l'objet d'un véritable culte. Un talent de parolier rare, des ventes énormes, une position centrale dans la fameuse «guerre» East Coast–West Coast, de multiples controverses autour de son assassinat, des derniers mots qui pourraient s'avérer être un «Fuck you»adressé à un policier...

On retient parfois l'image d'un artiste proche des gangs, bien aidé par le boss de son label Death Row, le grand Suge Knight, qui conduisait d'ailleurs la voiture dans laquelle il a trouvé la mort. Une vie de gangster, sorti de la rue par la musique, un repenti mort à cause de son passé violent et de ses tendances à provoquer l'ennemi rappeur. C'est l'image qui reste pour beaucoup. Mais elle est un peu trop simple et romanesque pour être vraie. Car Tupac, ça n'était pas que Thug Life.

 

 

 


Ceux qui voient les rappeurs de la côte ouest américaine comme des flambeurs incultes qui parlent de sexe et de guns à tout bout de champ, vous n'avez retenu qu'un seul aspect du hip-hop, et c'est bien dommage. La vie de Tupac Shakur est propice à compléter le tableau, car le rappeur était un grand lecteur. Et quand on dit grand, c'est grand: Le Prince de Nicolas Machiavel, And Still I Rise de Maya Angelou, beaucoup de Shakespeare, L'Attrape-cœurs de J.D. Salinger, Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes de Robert Pirsig, How To Argue And Win Everytime de Gerry Spence, Pensées et méditations de Khalil Gibran, Une part de mon âme de Winnie Mandela, Un enfant du pays de Richard Wright, Racinesd'Alex Haley... Et éclectique, en plus de cela.

Dans son excellent livre Holler If You Hear Me: Searching For Tupac Shakur,l'auteur Michael Eric Dyson tente de comprendre d'où Tupac pouvait tenir une telle aisance pour jongler avec les mots. C'est lorsqu'il tombe sur la bibliothèque du rappeur, entreposée chez l'ancienne promoteuse et grande amie de Shakur, Leila Steinberg, qu'il comprend. Tupac Shakur lisait tout le temps. En tournée dans les bus et les avions, entre les sessions studios pour trouver l'inspiration, chez lui, bien sûr, mais aussi en prison.


Lorsqu'il est incarcéré, en février 1995, il sait que les inculpations d'attentat à la pudeur dont il a été reconnu coupable vont lui faire passer quelque temps à l'ombre. Il prendra onze mois. Une période durant laquelle le rappeur lit encore et encore, notamment Sun Tzu et son fameux Art de la guerre, qui aura influencé énormément de ses confrères du hip-hop, telle qu'une bonne partie du Wu-Tang Clan (surtout RZA). En fait, Tupac lit un peu tout et n'importe quoi: «Je lis tout ce qui me tombe sous la main», expliquait-il. Son amie Leila, qu'il rencontre alors qu'elle est en train de lire un livre qu'il vient de finir, lui fait découvrir un grand nombre d'ouvrages dans lesquels il se plonge assidûment. Mais l'appétit pour la lecture vient de bien avant cette rencontre.

 

Quand il était gosse, sa mère Afeni Shakur (décédée en mai 2016), militante des Black Panthers, lui faisait lire le New York Times. Toute sa famille ou presque est fortement impliquée dans le mouvement, ce qui nourrira grandement sa culture littéraire. Surtout, cela lui permet d'échapper relativement tôt aux gangs et de se diriger, dès l'âge de douze ans, vers les cours de théâtre et de comédie musicale. Bref, une adolescence proche de l'illégalité, mais toujours à cause d'une conscience politique. Tupac n'est donc pas ce jeune gangster sorti de la rue par le rap, malgré la pauvreté de ses parents. Il est d'abord acteur et joue les pièces de Shakespeare,qu'il pourra réciter toute sa vie à la grande surprise de ses collaborateurs. Il cite de nombreuses fois le dramaturge dans les interviews: «Si j'étais blanc, je serais comme John Wayne. Je me sens comme un héros tragique dans une pièce de Shakespeare, quelqu'un qui se tire lui-même les tirants de chaussures pour d'extirper de la pauvreté.» 

 

«Intelligence pointue»

C'est donc de là que lui viennent ces textes qui ont fait sa légende. Mais c'est aussi de sa lecture du Prince de Machiavel que lui vient son autre nom de scène, qu'il utilisera notamment dans son groupe The Outlawz: Makaveli (Les membres du groupe auraient d'ailleurs fumé ses cendres.«Bien avant qu'il ne devienne célèbre, Tupac possédait une intelligence pointue et observait rigoureusement le monde autour de lui», raconte Michael Eric Dyson. Et s'il a arrêté l'école très tôt, c'était pour laisser libre court à ses talents artistiques, pas à ses talents de voyou. La comédie donc, le rap évidemment, mais aussi la poésie: il écrit des poèmes,dont les plus connus restent «In The Depts Of Solitude» et «The Rose That Grew Up From Concrete».


L'influence des lectures de Tupac sur ses lyrics est criante. Tout d'abord, celle d'ouvrages féministes comme Sisterhood Is Powerful: An Anthology Of Writings From The Women's Liberation Movement, édité par Robin Morgan, ou de recueils de poèmes féminins comme Black Sister: Poetry By Black American Women, 1746-1980. Voilà, avec l'héritage Black Panthers familial, les bases de ses textes liés à la féminité et aux mères. Ainsi, dans «Keep Ya Head Up», il rappe:

«Je me demande pourquoi nous prenons à nos femmes / Pourquoi nous violons nos femmes, nous haïssons nos femmes / Je crois qu'il est temps de tuer pour nos femmes / Temps de guérir nos femmes, d'être vrai envers nos femmes / Et si nous ne le faisons pas, nous aurons une race de bébés / Qui haïra les dames, qui font les bébés / Et à moins qu'un homme ne puisse en faire un / Il n'a aucun droit de dire à une femme quand et où en faire un / Alors, les vrais hommes vont-ils se lever ? / Je sais que vous en avez assez, mesdames, mais gardez la tête haute.»

Un texte qui tranche avec la tendance rap américaine de l'époque, celle de ses potes Snoop Dogg et Suge Knight, qui n'étaient franchement pas féministes, loin de là.


L'Art de la guerre de Sun Tzu a aussi beaucoup influencé les textes de Tupac. Tout d'abord, il faut savoir que ce livre a en partie contribué à l'introduction de l'imagerie traditionnelle asiatique dans le hip-hop américain, des moines shaolins aux samouraïs, même si ces différentes entités n'ont pas grand chose à voir les unes avec les autres (c'est le principe de l'imagerie). Tupac se voit parfois comme un guerrier zen. Dans «Secretz Of War», il scande:

«Ma mélodie est de la musique aussi corrompue qu'un félon / Les armes létales vont affluer, alors appelle les niggas en enfer de ma part / Comme Sun Tzu ou Machiavel / Les secrets de la guerre, l'art du combat ne me trahiront jamais.»


«Changes», son texte le plus étudié

Dernier exemple, peut-être le plus évident: son enfance pauvre bercée par les combats pour les droits civiques, combinée à certaines de ses lectures, a contribué à faire de lui l'un des rappeurs les plus impliqués dans les problèmes sociaux des Noirs américains. Certes, Public Enemy, N.W.A. et bien d'autres noms étaient passés par là. Mais Tupac le fait avec une conscience philosophique élevée, comme le prouve la liste des ouvrages logés dans sa bibliothèque et son esprit. Racines,d'Alex Haley, conte la vie d'une génération d'une même famille, esclave puis libre au XVIIIe siècle. All God's Children, de Fox Butterfield, réfléchit à la manière dont le système judiciaire américain (new-yorkais notamment) traite ses mineurs avec une extrême sévérité. Le recueil de poèmes And Still I Rise de Maya Angelou fait de son auteur une activiste phare de la cause noire américaine...

 

En résulte plusieurs textes qui feront la force et la portée du rappeur dans les ghettos de tous les États-Unis, abolissant régulièrement la frontière fictive East Coast–West Coast, imposant le respect des deux côtés. Point d'orgue de ce que beaucoup appellent maladroitement le «rap conscient» de Tupac Shakur, son titre «Changes» offre le texte plus étudié de sa discographie.

«Je ne vois aucun changement, je me réveille le matin et me demande / “Est-ce que la vie est digne d'être vécue? Devrais-je me tirer une balle?” / Je suis fatigué d'être pauvre et, encore pire, je suis noir / Mon estomac me fait mal alors je cherche une bourse à voler / Les flics se foutent des négros / Il presse la détente, shoote un nigga, c'est un héros / “Donnez du crack aux gamins, qui s'en occupe? / Une bouche en moins à nourrir pour l'assistance sociale”.»


«Ses interviews et ses textes étaient truffés d'allusions à d'anciens philosophes, à des écrits mystiques, aux cultures africaines et européennes, à des manuels de cuisine équilibrée, à de la littérature noire et à la pop culture», résume Michael Eric Dyson dans son livre. La légende de Tupac est là: pouvoir allier l'imagerie gangster à des textes engagés, profonds, parfois à l'opposé des clichés west coast de l'époque. Et ses très nombreuses lectures y sont pour beaucoup. 

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