Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Le grand méchant Blanc contre le racisme

Publié par MaRichesse.Com sur 24 Septembre 2016, 18:09pm

Catégories : #RACISME, #SCIENCE

Peut-on modifier les apriori à l’encontre d’un autre groupe humain cachés dans notre esprit? Une équipe internationale de psychologues y travaille. Réponses nuancées…

Le grand méchant Blanc contre le racisme

Prenez un groupe d’individus lambda, appartenant à la population blanche d’un pays tel que les Etats-Unis. Mesurez leurs «préjugés implicites» à l’encontre de leurs concitoyens noirs. Ayez à l’esprit le fait qu’on ne traque pas ici les idées racistes qui s’afficheraient consciemment et à haute voix; on recherche les biais automatiques, qui fourmillent dans les sous-bois de l’esprit et qui s’expriment à l’ombre de la volonté; on jauge tout cela à l’aide d’associations d’idées rapides entre des images et des mots. Enfermez les sujets ainsi évalués dans un laboratoire et soumettez-les à une série de procédures de psychologie expérimentale conçues pour extirper, ou du moins pour réduire, ces préjugés.

Comment s’y prendre? Essayez tout. Aiguillez leur empathie, poussez-les à s’identifier, faites-leur imaginer qu’ils «interagissent avec un Noir inconnu dans un environnement détendu, positif et confortable». Rappelez-leur l’inestimable contribution des sportifs noirs au succès de la nation, demandez-leur d’évoquer des exemples flagrants d’injustice raciale. Eveillez en eux, à l’aide de vidéos inspirantes, le sentiment que nous partageons tous une humanité commune. Faites-leur chanter les louanges des valeurs égalitaires. Gorgez-les d’émotions élevées en les faisant assister à des «actes de bonté, de gratitude ou de générosité». Ensuite, mesurez à nouveau, pour voir si le biais implicite a baissé. Alors? Non. Rien n’y fait. 

 

Imaginez l’apocalypse

Changez de tactique: ne vous contentez plus de montrer à votre sujet des Noirs vaillants et gentils; montrez-lui maintenant des Blancs méchants. Faites lui lire «une histoire évocatrice, narrée à la deuxième personne, dans laquelle un homme blanc agresse le participant et un homme noir vient à son secours». Ou placez-le dans une équipe de dodgeball dont tous les coéquipiers sont noirs, et faites-le jouer contre une équipe blanche dont les membres trichent éhontément. Ou encore, embarquez-le dans un récit apocalyptique dans lequel ses alliés sont noirs et ses ennemis sont blancs. Eureka! Cette fois, ça bouge. Le biais inconscient se réduit.

Constat troublant (ou pas): il faut apparemment assombrir l’image de son propre groupe, la comparer défavorablement à celle de l’autre, pour réduire les préjugés inconscients à l’égard d’autrui. C’est en tout cas ce que suggère une étude signée par 24 auteurs, menée dans 14 universités dans 5 pays (Etats-Unis, Italie, Chine, Irlande, Royaume-Uni)*.

Brandir le grand méchant Blanc est semble-t-il la stratégie la plus efficace, mais il existe selon les auteurs d’autres approches qui fonctionnent. Résumer et commenter un texte prônant le multiculturalisme, c’est-à-dire «l’idée que les différences raciales devraient être reconnues et célébrées» conduit par exemple à réduire ces biais implicites… Mais tout ça, on le savait déjà: l’équipe a commencé à publier ses résultats en 2012. On attendait une suite, livrée cette année. Et là, on déchante un peu.

Les interventions efficaces mises en évidence dans l’étude précédente «réduisent immédiatement les biais implicites», notent les auteurs; «cependant, aucune d’entre elles ne se révèle efficace après un délai de quelques heures à quelques jours». Autrement dit, «la malléabilité des biais implicites à court terme ne conduit pas nécessairement à un changement à long terme». Le préjugé inconscient revient au galop. 

 

Cinq minutes pour changer une vie?

«Qu’une intervention de cinq minutes suffise à changer des conceptions qui se sont mises en place au cours de toute une vie… Ce serait en effet beaucoup demander», commente Calvin K. Lai, chercheur à Harvard, auteur de contact pour l’étude, joint via Skype. A-t-on essayé une intervention plus longue? «À l’Université du Wisconsin à Madison, on a testé une version qui dure une heure au lieu de quelques minutes. Selon des résultats non encore publiés, la réduction du biais implicite s’annule également au bout de quelques semaines.» Et si on rallonge encore?

«Il y a une étude réalisée dans des conditions quasi-expérimentales, où des étudiants blancs de première année sont placés au hasard sur le campus avec un colocataire blanc ou noir. Ceux qui sont dans le deuxième cas de figure montrent un biais implicite réduit. Cela suggère qu’une expérience continue et d’une certaine durée est efficace.»

Malgré les résultats mitigés de ces expériences, la quête d’une modalité d’intervention ciblée, en mesure de réduire les préjugés implicites et les comportements discriminatoires qui en découlent, n’est pas abandonnée. «Dans un autre domaine, celui des préjugés à l’encontre des personnes homosexuelles, une recherche conduite entre 2006 et 2013 a montré que le biais implicite s’est réduit de 13-14% au cours de la période, alors que les préjugés explicites se sont réduits, eux, de 26%. On voit que sur le plan conscient, ça bouge deux fois plus vite qu’au niveau inconscient. On constate aussi que les choses ne sont pas immobiles: elles évoluent graduellement sur les deux plans. Mais observer la lenteur de ce mouvement peut être assez déprimant. C’est pourquoi il y a toujours ce rêve de découvrir un moyen pour produire du changement d’un seul coup. Jusqu’ici, nous ne l’avons pas trouvé…» 

 

Vacciner les policiers

L’injection qui enlève les préjugés raciaux: on en rêverait, en effet. On ne peut s’empêcher de se demander combien de vies seraient sauvées si on pouvait administrer un tel vaccin aux forces de police états-uniennes. Dans des situations de tension, où l’on est amené à prendre des décisions rapides, les préjugés implicites risquent en effet plus fortement de déterminer les actions… En fait, plusieurs centaines de départements de police travaillent sur la question en introduisant un programme de formation appelé Fair & Impartial Policing, destiné précisément à réduire les biais inconscients, financé par le département de la Justice et mis au point par la criminologue Lorie Fridell, de l’Université de Floride du Sud.

Qu’en dit Calvin K. Lai? «Il existe quelques résultats scientifiques sur la façon dont la formation a des effets (ou pas) dans ce domaine chez les agents de police. Mais modifier directement les biais implicites pour l’instant n’est pas une chose faisable. On en sait beaucoup plus sur comment changer les politiques et les procédures qui s’attaquent à ce problème.»

Que conclure? Comme l’antiracisme moral de «Touche pas à mon pote» ou d’Ebony and Ivory (le tube un peu niais de Stevie Wonder et Paul McCartney de 1982), et comme les arguments scientifiques qui pulvérisent les fondements du préjugé racial, les tentatives d’éliminer les préjugés en parlant directement à nos cerveaux ont des limitations sérieuses. Impossible, donc, de faire l’économie d’un antiracisme politique, qui agit sur le cadre et sur les règles plutôt que seulement sur les esprits. 

 Source

Commenter cet article

Archives