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Conseils, science, sante et bien-être


La Suisse plante son drapeau XL à San Francisco

Publié par MaRichesse.Com sur 24 Septembre 2016, 05:06am

Catégories : #TECHNOLOGIE, #ETATS-UNIS, #SUISSE

La Suisse plante son drapeau XL à San Francisco

Il y a des touristes encanaillés, des otaries, et maintenant des Suisses. A San Francisco, le long des jetées de l’ancien port, les piers, les représentants de la Suisse inaugurent ce week-end le Pier 17, vaste espace dédié à la défense et à l’illustration du pays. Plus loin s’ébattent les fameuses otaries du Pier 39, les plus anciennes résidentes du coin. Peu à peu, la cité reconvertit les entrepôts de son rivage, du côté intérieur du Golden Gate, sur la baie. Des espaces précieux, qui font naître de nouveaux quartiers au bord de l’eau, avec quelques enseignes de prestige: l’agence d’information financière Bloomberg, le géant du logiciel de conception Autodesk… Et depuis trois ans, l’Exploratorium, vaste musée dédié à la science et aux technologies. A côté, sur sa parcelle – la Confédération lui sous-loue le terrain –, le Pier 17, là où la Suisse plante son drapeau.

 

Sur 1700 mètres carrés divisés en deux parties se trouvent désormais le consulat de Suisse pour la côte Ouest, des antennes de Suisse Tourisme et de la promotion économique nationale (Swiss Business Hub), ainsi que Swissnex, le lieu de l’innovation et des chercheurs, structure qui doit accroître les liens entre les créateurs suisses et américains.

 

Une consécration pour le concepteur du réseau

Il parle de «nouvelle aventure». Toutefois, Christian Simm vit une forme de consécration. L’année prochaine, il y aura 20 ans que ce physicien de formation est à San Francisco. Naguère responsable du transfert de technologie à l’EPFL, Christian Simm est venu à l’ouest comme attaché scientifique au consulat. Il a monté un réseau de chercheurs suisses et américains qui a constitué l’embryon des Swissnex. Au début des années 2000, son collègue Xavier Comtesse ouvre le premier Swissnex à Boston; cette fois, c’est en dur, des murs, des bureaux, un lieu de rencontre. A San Francisco, Swissnex inaugure sa première demeure au centre-ville en 2003. Actuellement, le réseau compte cinq implantations, avec Shanghai, Bangalore et Rio.

 

Dans la ville qui surplombe la Silicon Valley, Swissnex change désormais d’échelle. L’effectif total des employés passe de 14 à une vingtaine de personnes, dont trois à charge de la Confédération – le dispositif veut que les Swissnex se financent par des projets sponsorisés. Surtout, la jetée sur le port accueille 14 résidents, des institutions venues installer leurs avant-postes dans la «capitale mondiale de la technologie», comme le proclame le maire, Edwin M. Lee, présent aux côtés des Suisses pour l’inauguration.

 

14 résidents, Nestlé en première ligne

Nestlé possède le plus gros bataillon, 14 personnes. Sont aussi parties prenantes l’Ecole hôtelière de Lausanne, l’Université de Genève, une start-up active dans l’usage de données pour l’urbanisme… Les hautes écoles suisses utilisent aussi la structure, qui possède de nombreux postes volants. Le tout dans un espace ouvert, qui rappelle le passé portuaire de cette zone: «Je suis profondément convaincu de l’impact d’un bâtiment sur les gens», lance Christian Simm, qui égrène la liste des prochains rendez-vous. A l’étroit dans son ancien écrin, Swissnex va pouvoir proposer des expositions, des rencontres à plus forte fréquentation, des activités simultanées dans des volumes séparables par des parois…

 

En volume, le repère suisse de l’innovation occupe davantage de place que le consulat, son voisin. Normal, assure le consul, Hans-Ulrich Tanner: «Ici, à San Francisco, Swissnex est l’acteur majeur, c’est normal dans cet environnement de technologie.» L’activité consulaire n’est pourtant pas négligeable. Mardi matin cette semaine, neuf personnes patientent devant les guichets. Depuis la fermeture du bureau de Los Angeles, le consulat de la ville du nord chaperonne 32 000 Suisses de l’Ouest américain. 

 

Quelle utilité?

A quoi sert un Swissnex? La question, qui prend valeur de polémique récurrente à Berne, a été relancée fin août par le Contrôle fédéral des finances. Celui-ci n’a pas ménagé le réseau, parlant d’une structure «incontrôlable», d’objectifs «pas mesurables et pas mesurés», de nombreux «doubles emplois» avec d’autres institutions telles que Pro Helvetia. Fureur au Secrétariat d’Etat à la formation, la recherche et l’innovation (Sefri), tutelle formelle des Swissnex, où l’on fustige un audit mené sans aucune compréhension du système. Celui-ci n’est pourtant pas simple. Tenant du Sefri mais aussi des Affaires étrangères, les Swissnex dansent sur deux pieds qui ne valsent pas toujours sur le même air. 

 

Du soft power pour une Suisse peu habituée

Alors, à quoi sert un Swissnex? A San Francisco, le directeur tente de répondre à cette question depuis 15 ans. Réseauteur et réservé à la fois, enthousiaste et logisticien, Christian Simm ressemble à sa créature: une somme de contradictions apparentes qui doit faire étincelle. Swissnex ne soutient pas financièrement les chercheurs ou les startupers; l’instance les aide à explorer les terrains, et les tendances. Lorsqu’on lui demande ce qui est né de ces échanges depuis une grosse décennie, Chrstian Simm cite des entreprises devenues fameuses qui ont transité par Swissnex. Il y a déjà longtemps, la toute première, SVOX, a été prise dans le giron de Nuance, le leader mondial de la dictée vocale. Valorisée à 1 milliard de dollars, Mind Maze, qui utilise la réalité virtuelle pour les accidentés, est passée par là.

Cependant, le directeur s’empresse lui-même de relativiser: «Quelle est la part jouée par Swissnex? Nous ne pouvons pas la quantifier…» D’autant que le dispositif ne peut pas se limiter à faire de la promotion de la Suisse technoïde. Pour attirer des Californiens harcelés par le monde entier désireux de comprendre leurs secrets, il faut leur offrir une réciproque. «Venir ici pour se faire porte-voix est une illusion totale. Il faut aussi servir les gens ici. Ils ne viendront pas juste pour la suissitude d’un intervenant.» Là réside la difficulté à faire rentrer les Swissnex dans une case. Ils poussent très loin la notion de soft power, pour une petite Suisse qui n’en a pas la pratique. 

 

La «vitalité unique» de la région

Et pour les Suisses? Grand sourire d’ado éternel, Markus Hodel, recteur de la Haute Ecole spécialisée de Lucerne, tapote sur sa tablette dans l’espace qui fait face à la baie. Il passe deux semaines ici, une en mission d’observation solitaire, une autre avec des responsables des HES et écoles pédagogiques de toute la Suisse. «Swissnex nous a préparé l’ensemble du programme. Je profite de leur infrastructure, et ils nous permettent d’avoir un contact avec des entreprises auxquelles nous ne pourrions pas accéder. Nous voulons étudier la scène des start-up ici, qui demeure d’une vitalité unique.»

Non loin, Laura Buffard a son bureau fixe, à l’enseigne de Sicpa. Oui, les encres de billets. La discrète entreprise vaudoise s’est lancée dans les techniques de traçabilité de produits sensibles ou taxés, des médicaments aux cigarettes, et elle vise le marché de l’alimentaire, pour le suivi des produits. Elle aussi a soif de technologie. «Mais pas seulement», lance la jeune femme: «Nous avons besoin de croiser les regards, par exemple de travailler avec des designers. Outre le fait que notre présence ici est moins coûteuse qu’avec un bureau isolé, Swissnex offre cet environnement, où l’on est plus en éveil, plus réceptif.» 

 

Un programme pour le design

Les designers, c’est le défi de Sophie Lamperter, directrice adjointe. Elle compose l’un des programmes que Swissnex lance à l’occasion de son inauguration. Avec l’appui de Swisscom, Migros et Pro Helvetia, l’antenne de San Francisco accueillera huit designers en une année, pour leur permettre de «questionner leur pratique, leur développement. Certains créateurs ont des besoins comparables à ceux des start-up. Ici, on mesure la force du marché, et comment jouer avec.»

Est-ce une forme de triomphe? Swissnex lui-même devient objet d’étude. Giulia Bottarini travaille pour la Fondazione Agire, l’organisme tessinois de soutien à l’innovation. Elle sourit si l’on parle d’espionnage, mais c’est un peu cela: «Pour nous, ce secteur est nouveau, mais nous avons un fort intérêt, songez aux fintechs… Nous voulons nous inspirer de ceux qui mènent ces démarches depuis longtemps, donc de Swissnex. Pas pour faire la même chose ensuite, mais pour nous en inspirer. Voir, aussi, comment entrer sur le marché américain.» 

 

Une stratégie, regrouper les représentations

La création de Pier 17 a été voulue depuis Berne, au nom du regroupement des instances qui représentent la Suisse. Hans-Ulrich Tanner raconte à quel point des collègues de certains grands pays amis suivent et jalousent l’expérience. Il illustre la stratégie: «Le futur de la diplomatie réside dans de telles démarches. Plus seulement par la seule diplomatie classique, mais dans des lieux-carrefours mêlant représentation du pays, promotion économique, innovation et culture.»

Sur la terrasse de Swissnex, Christian Simm décrit le paysage. Juste en face brille sous le soleil l’île artificielle de Treasure Island, où se développe un grand incubateur consacré à l’alimentation. Encore des possibilités de nouer des liens avec les Suisses – le responsable viendra saluer l’ouverture de Pier 17. Plus loin, sur la rive est de la baie, l’Université de Berkeley. Marié et père de deux enfants désormais éloignés par leurs études, Christian Simm aime à dire qu’il ne restera pas toujours à San Francisco. Mais il est là, et parle de fédérer le voisinage immédiat de Pier 17, Autodesk, Bloomberg, des médias rassemblés dans un complexe situé juste en face… Au loin, d’immenses tankers attendent de pouvoir gagner le port d’Oakland, le plus grand de la région. Histoires d’échanges. 

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