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La Corée du Nord a-t-elle les moyens de lancer une attaque nucléaire ?

Publié par MaRichesse.Com sur 11 Septembre 2016, 05:17am

Catégories : #COREE, #GUERRE, #MONDE

La Corée du Nord a-t-elle les moyens de lancer une attaque nucléaire ?

La question de la réalité de la dissuasion nucléaire nord-coréenne fait débat depuis plusieurs années. S’il est maintenant établi que la Corée du Nord est capable de faire exploser une bombe atomique, les doutes portent désormais sur sa capacité à lancer une tête nucléaire sur une cible éloignée.

Lire aussi :   La Corée du Nord annonce avoir mené un nouvel essai nucléaire

Les ambitions nucléaires de la République démocratique de Corée du Nord remontent aux années 1950. Son programme nucléaire clandestin bénéficiera par la suite de l’aidedu père de la bombe atomique pakistanaise, Abdul Qadeer Khan. Le démantèlement du réseau Qadeer Khan en 2004 démontrera que ce dernier a fourni entre autres les plans de construction de têtes nucléaires miniaturisées à la Corée du Nord ainsi qu’à la Libye de Mouammar Kadhafi.

Lire aussi :   70 ans d’hostilité entre les Corées résumés en cartes

Cinq essais nucléaires de faible puissance

Le 9 octobre 2006, la Corée du Nord procède à son premier essai nucléaire, dans le nord-est du pays. L’Institut d’études géologiques des Etats-Unis (USGS) ayant fait état d’un séisme de magnitude 4,3, la puissance estimée de cette première bombe reste très faible : moins de 1 kilotonne, ce qui correspond à la puissance dégagée par 1 000 tonnes de TNT (soit quinze fois moins que Little Boy, la bombe américaine larguée sur Hiroshima le 6 août 1945).

 

Trois autres essais nucléaires suivront : en 2009, 2013 et 2016. A chaque fois, les relevés sismologiques ont confirmé la nature atomique de l’explosion, celles-ci ayant dégagé une puissance faible allant de 2 à 9 kilotonnes, soit toujours moins que les premières bombes américaines.

Les quatrième et cinquième essais du 6 janvier et du 9 septembre 2016 ont été plus puissants, atteignant respectivement 6 à 8 kilotonnes et 8 à 10 kilotonnes. Une puissance suffisante pour que le régime nord-coréen prétende avoir la maîtrise de la bombe H, une bombe nucléaire plus puissante, d’un type différent puisqu’elle utilise l’énergie libérée par la fusion d’atomes d’hydrogène au lieu d’une réaction en chaîne de fission d’atomes lourds.

Les experts en armement estiment cependant que la puissance développée par ces deux essais est trop faible pour être le fruit d’armes thermonucléaires, il s’agit plus probablement de bombes atomiques « classiques » (c’est-à-dire des bombes à fission).

Une bombe thermonucléaire est bien plus compliquée à produire, notamment parce que les atomes d’hydrogène ne peuvent fusionner qu’à une température extrême (de plusieurs dizaines de millions de degrés Celsius), que seule une bombe atomique est capable d’atteindre. Une bombe à hydrogène ne peut donc être amorcée qu’avec une bombe atomique à fission.

Lire aussi :   Le Conseil de sécurité « condamne fermement » le tir de fusée de la Corée du Nord

Des capacités balistiques limitées mais en progression

Depuis le milieu des années 1990, la Corée du Nord tente de développer ses propres missiles balistiques intercontinentaux capables d’emporter une lourde charge utile sur une longue distance. Les Taepodong sont la série de missiles balistiques la plus avancée et la plus performante développée par le pays, le Taepodong-3 (plus souvent appelé Unha-3) étant le dernier représentant de cette série.

Ce missile d’une trentaine de mètres de haut est composé de trois étages et a un rayon d’action estimé à 12 000 kilomètres, une portée stratégique suffisante pour frapper le territoire américain, situé à plus de 8 000 kilomètres de la péninsule coréenne.

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Simulation de trajectoires de vols de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) mis à feu depuis la Corée du Nord.
Simulation de trajectoires de vols de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) mis à feu depuis la Corée du Nord. David Wright, Google Earth

Unha-3 a été lancé pour la première fois le 13 avril 2012, mais le lancement fut un échec puisque la fusée explosa environ 80 secondes après le décollage. Une seconde tentative quelques mois plus tard, en décembre 2012, fut un succès et envoya le premier satellite nord-coréen dans l’espace. Le tir du 7 février, un mois après le quatrième essai nucléaire, fut donc le troisième essai de ce lanceur. La fusée à trois étages a placé avec succès un petit satellite d’observation terrestre appelé KMS-4 (d’environ 200 kg) sur une orbite basse, stabilisée depuis le lancement.

L’Unha-3 tiré le 7 février a visiblement été amélioré depuis le tir de décembre 2012. Après une analyse des débris et du combustible tombé en mer, le ministère de la défensesud-coréen a estimé à l’époque que la charge utile du missile pouvait atteindre 500 à 600 kg. Cette fois, les données rassemblées laissent à penser qu’Unha-3 peut emporterjusqu’à une tonne de charge utile dans sa coiffe.

Lanceur civil ou missile intercontinental ?

Un lancement réussi ne prouve pas que les Nord-Coréens maîtrisent suffisamment la technologie des lanceurs au point de disposer d’une force de frappe nucléaire. Frapperune cible lointaine avec une charge nucléaire est très différent du lancement d’un satellite léger sur une orbite basse. Bien qu’une fusée et un missile balistique soient technologiquement proches, ils répondent à des besoins très différents.

Le lancement d’une fusée civile est préparé pendant plusieurs semaines et la fusée est alimentée en carburant quelques jours avant le lancement. Ce dernier est précédé de longues phases de vérifications et totalement conditionné par les conditions météo. A l’inverse, un missile intercontinental a une visée militaire et doit pouvoir décollerimmédiatement, dans toutes les conditions météorologiques possibles sans perte de précision ni de fiabilité.

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Cette image, diffusée par la télévision officielle nord-coréenne le 7 février 2016, montre le leader Kim Jong-un assistant au décollage de la fusée Unha-3 transportant le satellite Kwangmyongsong-4.
Cette image, diffusée par la télévision officielle nord-coréenne le 7 février 2016, montre le leader Kim Jong-un assistant au décollage de la fusée Unha-3 transportant le satellite Kwangmyongsong-4. Image de la télévision nord-coréenne/Yonhap/AFP

Si Unha-3 est parvenu à placer son satellite à une orbite de 450 kilomètres, il n’est pas configuré pour frapper une cible lointaine. Selon une analyse de Michael Elleman de l’Institut international pour les études stratégiques, les second et troisième étages de l’Unha-3 ne peuvent fournir la poussée nécessaire pour une trajectoire balistique. Le second étage est un missile soviétique Scud modifié, tandis que le troisième étage n’est équipé que de moteurs d’appoint. La poussée totale d’un Unha-3 ne lui permettrait pas d’atteindre l’altitude moyenne d’un missile intercontinental (environ 1 000 kilomètres) avant de retomber sur Terre.

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Différence de trajectoire entre la fusée Unha-3 tirée le 12 décembre 2012 et un missile balistique intercontinental (MBI).
Différence de trajectoire entre la fusée Unha-3 tirée le 12 décembre 2012 et un missile balistique intercontinental (MBI). David Wright / Union of Concerned Scientists

Une maîtrise de la technologie limitée

S’il en était capable, deux obstacles technologiques se posent encore : celui de la miniaturisation de la charge et celui du guidage du missile.

Les renseignements et observations récoltés sur le programme nucléaire nord-coréen sont peu nombreux. Les experts en armement estiment que le pays pourrait avoir réussi à se doter d’une dizaine de charges nucléaires opérationnelles. Si l’on estimait jusqu’à mi-2016 que les Nord-Coréens n’avaient pas encore réussi à miniaturiser leurs armes atomiques suffisamment pour les loger dans la coiffe d’un missile balistique, les progrès récents et la multiplication des tirs de missile depuis quelques mois indiquent aux chercheurs que cette hypothèse n’est désormais plus à exclure« Il faut maintenant présumer du plus mauvais scénario », analyse Matthew Cottee, chercheur à l’Institut international pour les études stratégiques (IISS), pour qui les récents progrès technologiques de la Corée du Nord donnent du crédit à l’hypothèse selon laquelle ils auraient ou seraient sur le point de pouvoir lancer eux-même une ogive nucléaire. Washington et Séoul ont annoncé le 8 juillet dernier le déploiement d’une batterie du système antimissiles américain THAAD dans la partie sud de la péninsule. Pour Matthew Cottee, « le risque de ne pas les en croire capables est que cela pourrait les inciter à faire un test grandeur nature qui mènerait potentiellement à de promptes réactions militaires ».

Les ingénieurs de la Corée du Nord s’atellent aussi à résoudre la seconde difficulté majeure qu’est le guidage des missiles intercontinentaux. Le guidage électronique requis pour frapper une cible de quelques kilomètres carrés après un voyage de 10 000 kilomètres doit être extrêmement précis. Un missile intercontinental doit être capable de se géolocaliser dans l’espace afin de calculer lui-même sa trajectoire de vol, ce qui requiert une technologie et des calculs complexes.

Unha-3 n’ayant été lancé avec succès que deux fois, sa précision n’est pas connue. On estime que la précision de son prédécesseur, le Taepodong-2, était faible : seuls 50 % des missiles pouvaient frapper leur cible avec une précision inférieure à quelques kilomètres (de 2 500 à 5 000 mètres). Un autre missile, le Musudan, est en cours de test. Lancé six fois entre avril et juillet 2016, ce missile de portée intermédiaire a connu quatre échecs complets avant d’être correctement lancé à deux reprises le 22 juillet dernier. Il est probable que des lancements ultérieurs amélioreront la fiabilité du Musudan, auquel cas le pays disposera d’un vecteur potentiellement fonctionnel pour rendresa dissuasion nucléaire efficace.

Pour les pays occidentaux, obtenir des renseignements fiables sur les technologies employées par ces missiles devient de plus en plus difficile. Les images satellites indiquaient en février 2014 que les Nord-Coréens développaient plusieurs structures souterraines dans leur centre spatial de Sohae. Plusieurs routes partant des bâtiments d’assemblage ont également été construites, et un onzième étage a été ajouté à la tour de lancement, permettant théoriquement à des lanceurs de 50 mètres d’être lancés depuis ce site.


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