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Jacques Chirac, une paresse si française

Publié par MaRichesse.Com sur 22 Septembre 2016, 07:29am

Catégories : #POLITIQUE, #FRANCE

Jacques Chirac, une paresse si française

Il paraît que dans les dernières années de sa présidence (1995-2007), Jacques Chirac avait hérité d’un surnom: le «roi fainéant». Deux mots accolés, à la fois clin d’œil à l’histoire du Moyen Age et aux deux principaux travers de ses douze années passées à l’Elysée: un sentiment d’étiolement progressif de la monarchie républicaine à la française, et une incapacité chronique à prendre les décisions douloureuses qu’exigeait alors la situation de l’Hexagone. 

 

Un bilan contrasté

Dix ans plus tard, le bilan apparaît plus contrasté. Certes, la présidence Chirac ne fut pas celle du renouveau. Alors que le monde changeait profondément sous l’impulsion des bouleversements liés à la chute du mur de Berlin en 1989, la France est un peu trop restée elle-même: étatiste, dominée par une culture sociale de l’affrontement, heureuse des difficultés d’une Allemagne que le monde entier percevait, à cette époque, comme l’homme malade de l’Europe. Une France bloquée lors des grandes grèves de 1995-1996, puis saluée internationalement après le refus chiraquien d’accompagner les Etats-Unis et le Royaume-Uni dans le bourbier irakien, en 2002-2003. Une France entre deux mondes: secouée par la mondialisation de l’économie, mais capable, encore, de prétendre incarner une alternative. 

 

Ce que Chirac a légué aux candidats à la prochaine présidentielle

L’on voit toutefois bien, en examinant les candidats actuels à la prochaine présidentielle, ce que Jacques Chirac leur a légué. Ou ce qui, chez lui, continue de les inspirer.

La première leçon du chiraquisme est une forme de populisme. Charles de Gaulle, figé dans son cliché d’homme du 18 juin, était inatteignable pour l’électeur moyen. Georges Pompidou, son successeur, se retranchait, en bon Auvergnat et en bon banquier, derrière un paravent de secrets. Valéry Giscard d’Estaing incarnait le triomphe d’une bourgeoisie installée aux commandes du pays. François Mitterrand vivait dans l’ombre de l’histoire. Elu en 1995 sur le thème gagnant de la «fracture sociale», Jacques Chirac a été le premier à faire descendre l’Elysée de son piédestal monarchique. Il aime les campagnes électorales. Il raffole d’expressions argotiques. Il est amateur d’art populaire asiatique. Il a été, de ce point de vue, le premier «président normal». 

 

La hantise d’une France fracturée

Le second enseignement de ses douze années de présidence est la hantise d’une France cassée, fracturée. On oublie trop combien le lieutenant Chirac fut marqué par la guerre d’Algérie, où il combattit. On sait aussi combien le blocage du pays, en raison du projet de réforme des retraites défendu par son premier ministre Alain Juppé, lui gâche d’emblée son premier septennat. On pourrait dire, en résumé, que Jacques Chirac a peur de ces Français qu’il connaît si bien. Les bons séducteurs ne sont pas les meilleurs dompteurs. Le modèle perdure… 

 

L’ambiguïté face à la mondialisation

La troisième leçon porte sur l’ambiguïté française vis-à-vis de la mondialisation. Comme de Gaulle ou Mitterrand, Chirac puise son discours sur l’universalisme de la France aux racines d’un nationalisme romantique. Il est, comme ses deux prédécesseurs, l’anti-Jean Monnet. Hostile à tout projet fédéraliste européen. Persuadé que la France, avant d’importer les bonnes recettes d’ailleurs, doit d’abord exporter son modèle. Il y a, chez Chirac, du Gallieni ou du Lyautey dans son amour des arts premiers et sa passion des terres lointaines. Il demeure, de ce point de vue, un produit d’une certaine idéologie coloniale qui fait une différence entre les cultures et les hommes. Oui au dialogue des civilisations. Non au métissage des sociétés. 

 

Une leçon de diplomatie

Reste, enfin, la leçon de diplomatie que fut la présidence chiraquienne. Diplomatie du «non» à l’aventurisme guerrier de George Bush en Irak, après s’être rangé sans faille aux côtés des Etats-Unis après le 11-Septembre. Mais aussi, diplomatie des contrats d’armement – avec leur lot de rétrocommissions et d’affaires politico-financières consécutives – d’un alignement problématique entre Paris et les capitales du golfe Persique aux poches bien remplies, et d’une Francafrique cadenassée. Le tout, saupoudré d’un scepticisme permanent envers l’Union européenne, dominée par une Allemagne envers laquelle cet élu de Corrèze, puis maire de Paris, n’avait aucune affinité. Deux faces d’une pièce à la même effigie: une France enviée, dont la crédibilité est simultanément minée par son clientélisme.

La classe politique française peut se gausser, aujourd’hui, du «roi fainéant» Chirac. En réalité, cette paresse élyséenne n’était, dans bien des domaines, que le reflet d’une problématique paresse française. 

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