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Conseils, science, sante et bien-être


Infecter les moustiques pour éradiquer Zika

Publié par MaRichesse.Com sur 8 Septembre 2016, 09:32am

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #INFOGRAPHIE

Infecter les moustiques pour éradiquer Zika
Une bactérie rend ces insectes incapables de transmettre la dengue, ainsi que d'autres virus.

 

Sans hésiter, le jeune chercheur plonge ses bras nus dans deux petites cages en toile fine dans lesquelles se débattent des centaines de moustiques. Il les laisse pendant une dizaine de minutes, se laissant volontairement piquer une centaine de fois sur chaque bras. Ce postdoc en blouse blanche n'est pas victime d'une forme particulièrement sadique de bizutage: il est volontaire pour nourrir les femelles moustiques, heureusement non porteuses de virus, au laboratoire des maladies à transmission vectorielle de l'université de Monash, à Brisbane (Australie).

«Nous avons une crème apaisante qui marche très bien», nous assure avec un grand sourire Nichola Kenny, responsable de cet élevage un peu particulier. Les moustiques «élevés» dans ces deux cages sont un peu spéciaux: de l'espèce Aedes aegypti, principal vecteur de la dengue, duchikungunya, mais aussi de Zika, ils sont porteurs de la bactérie Wolbachia. Ce n'est pas le cas dans la nature. Les chercheurs de Monash ont passé une décennie avant de réussir à infecter un premier œuf sans le détruire, donnant naissance au premier moustique de cette espèce porteur de la bactérie. «Cela revenait à percer un ballon de baudruche avec une aiguille à tricoter sans le faire exploser», explique Scott O'Neill, doyen de la faculté des sciences de l'université de Monash, à l'origine de ces travaux.

Empêcher le virus de se répliquer

Pourquoi tant d'efforts pour contaminer des moustiques? À l'origine, pour réduire leur espérance de vie et donc limiter la propagation des maladies qu'ils transmettent. Mais la technique s'est avérée une bien meilleure arme que prévue: elle empêche le virus de la dengue de se répliquer, rendant le moustique inoffensif pour l'homme (en laboratoire, tout du moins). La dengue est une maladie qui touche 390 millions de personnes par an dans le monde, dont près de 100 millions contractent une forme sévère (hémorragique). Des recherches plus récentes ont aussi démontré la même efficacité contre le chikungunya et Zika.

Le mécanisme à l'origine de cet effet n'est pas parfaitement clair. Première hypothèse: comme Wolbachia utilise les mêmes ressources que les virus et qu'elle est la première installée, elle gagne la compétition. Deuxième hypothèse, la bactérie déclenche une réponse immunitaire dont la «mémoire» se révèle utile pour combattre les virus.

Quelle que soit la raison, l'idée qui en découle est simple: et si on faisait en sorte de répandreWolbachia dans cette espèce? Lorsqu'une femelle infectée se reproduit, elle transmet en effet la bactérie à toute sa descendance. Et si un mâle infecté se reproduit avec une femelle saine, la descendance de cette dernière ne sera pas viable. La première expérimentation de terrain menée en 2011 dans le Queensland, dans le nord-est de l'Australie, a été un succès. En déposant une cinquantaine de moustiques infectés par semaine dans une maison sur quatre de la ville de Cairns, les chercheurs ont réussi à infecter 80 % des insectes après dix semaines. Deux ans plus tard, ce taux n'avait pas diminué.

Des expériences comparables à petite échelle ont été menées en Colombie, au Brésil, au Vietnam et en Indonésie, dans le cadre d'un vaste programme baptisé «Eliminate Dengue». Toutes avec succès. L'objectif était notamment de s'assurer qu'il était possible de convaincre les populations locales du bien-fondé de cette stratégie et de son innocuité. Il reste désormais à démontrer qu'il est possible d'étendre le procédé à plus grande échelle.

Plutôt que de libérer des moustiques adultes infectés, ce qui nécessite une logistique assez lourde, l'idée serait désormais de placer des boîtes contenant des œufs infectés dans les foyers qui l'acceptent. Semblables à des boîtes en carton pour pâtes chinoises, elles contiennent 200 œufs chacune et de quoi nourrir les larves. Il suffit de mettre un peu d'eau dedans pour lancer la culture. «Ici, en Australie, nous avons 25.000 moustiques qui nous permettent de produire 500.000 œufs par semaine», explique Nichola Kenny. C'est le nombre nécessaire pour mettre en œuvre cette stratégie à Townsville, en Australie, et vérifier que cela fonctionne. Les études préliminaires vont être étendues à Yogyakarta, en Indonésie. Deux autres sites (probablement au Brésil et au Vietnam) doivent également faire l'objet d'études à plus grande échelle. L'annonce sera faite dans les semaines à venir.

Ne reste plus qu'à démontrer que cette stratégie induit effectivement une diminution du nombre de cas de dengue. À Cairns, aucun cas de dengue n'a été signalé depuis le début de l'expérimentation, mais la maladie n'est pas endémique. Même dans les lieux où elle est plus présente, l'incidence de la dengue est très fluctuante dans le temps et dans l'espace. Et les pays où elle sévit ont peu de moyens pour contrôler finement sa présence. Des dizaines de milliers de prises de sang seront donc nécessaires dans les zones d'expérimentations et dans des zones «contrôle» (sans moustiques infectés et où l'incidence de la maladie est supposée équivalente en temps normal) pour s'assurer de l'efficacité réelle de cette stratégie.

S'il existe de bonnes raisons de croire à l'efficacité de la stratégie Wolbachia, une crainte subsiste: chez des espèces de moustiques naturellement contaminées par d'autres souches de la bactérie, l'effet sur la réplication des virus n'est pas le même. Il se pourrait donc que les virus s'adaptent et contournent cette nouvelle arme. 

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