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Guangzhou Evergrande, le roi du football chinois

Publié par MaRichesse.Com sur 12 Septembre 2016, 07:14am

Catégories : #CHINE, #FOOTBALL

Guangzhou Evergrande, le roi du football chinois

Un voile gris enveloppe le terrain, un mélange de smog et d’humidité. L’arène, située au cœur de Guangzhou, au sud de la Chine, est écrasée par la chaleur poisseuse: les 47 000 spectateurs vêtus de rouge ruissellent de transpiration. Mais ils rugissent malgré tout, créant un mur de son constant. Sur la pelouse, les stars du Guangzhou Evergrande Taobao FC affrontent en ce dimanche de juillet la modeste équipe de Chongqing Lifan. C’est le trio de Brésiliens engagés par Guangzhou qui donne le rythme de la rencontre: le milieu Paulinho, à Tottenham jusqu’en 2015, combine avec les attaquants Alan Carvalho, ancien du Red Bull Salzburg et de Fluminense, et Ricardo Goulart, venu de Cruzeiro. Les 19 autres joueurs les observent. Très vite, à la 5e minute, ils font mouche une première fois. Un but signé Alan Carvalho.

Mais le match ralentit ensuite. L’attaquant argentin du Chongqing Lifan, Emanuel Gigliotti, un ancien de Boca Juniors, égalise sur une tête. Sur le banc de touche, l’entraîneur star Felipe Scolari n’en croit pas ses yeux. L’homme aux traits crapuleux lance un flot de rugissements en Portugais. Un traducteur sis à ses côtés transmet ses instructions, plus timidement, en chinois.

Roi incontesté

La Chine étend de plus en plus son influence sur le football mondial. Ses hommes d’affaires reprennent des clubs européens, son président rêve d’une équipe nationale qui remporte la Coupe du monde et ses clubs locaux enrôlent à coups de millions des joueurs étrangers pour faire progresser son championnat, tout en investissant massivement dans la formation locale. Et dans ce contexte, le Guangzhou Evergrande Taobao FC est le roi incontesté du football chinois.

Le club a remporté les cinq dernières éditions de la Chinese Super League. Aujourd’hui, après 24 matches de championnat – dont le niveau est souvent comparé à celui de la seconde division espagnole – l’équipe est première du classement, avec six points d’avance sur son dauphin, le Jiangsu Sainty. Sa domination dépasse les frontières chinoises: le club a remporté deux des quatre dernières éditions de la Ligue des champions asiatique. Et sa suprématie est aussi financière: la valeur du club, selon une estimation basée sur des actions vendues en bourse, s’élève à 3,3 milliards de francs – plus que Manchester United, qui vaut 2,3 milliards.

Retour au stade: le trio brésilien décide de passer aux choses sérieuses, et marque trois buts en vingt minutes. Résultat final: 4-1. La foule jubile, agite une quinzaine de gigantesques drapeaux aux couleurs du club. Et chante «Happy Birthday», en anglais, pour Alan Carvalho qui célèbre ce soir son 27e anniversaire, en lançant une myriade de cadeaux sur le terrain – des peluches, des fleurs, des drapeaux ou des écharpes.

Une équipe innovante

Le Guangzhou FC a toujours été un club à l’avant-garde du football chinois, constituant le premier club municipal de Chine en 1954, et signant le premier contrat de sponsoring du pays en 1984.

Dans les années 1990, lors des premières années de la ligue professionnelle chinoise, le club finit souvent en haut du tableau. «C’était la belle époque, se rappelle, nostalgique, Mai Zaisi, le directeur de la 12e Garde de Guangzhou, un groupe de fans. J’allais voir les matches avec mon père, le stade était bien plus petit, mais toujours plein. Les joueurs venaient tous de la province de Guangzhou, nous en étions très fiers.» Mais le club périclite vers la fin de la décennie, notamment à cause du départ de son entraîneur fétiche et de joueurs clés comme le milieu Peng Weiguo et l’attaquant vedette Hu Zhijun. En 1998, l’équipe termine quatorzième du championnat – une humiliation. Mais le coup de grâce arrive en 2001, lorsque le club se fait amender et reléguer en seconde division à cause d’un scandale de matches truqués.

Mais, en 2010, tout change. L’Evergrande Real Estate Group, une société immobilière, rachète le club pour 100 millions de yuans (14 millions de francs). Le milliardaire Xu Jiayin, son CEO, annonce aussitôt son intention d’y faire venir les plus grandes stars chinoises du ballon rond: le défenseur Feng Xiaoting, le «Sergio Ramos chinois», le milieu Zheng Zhi, l’«Andrea Pirlo chinois», et l’attaquant Gao Lin, «le Jürgen Klinsmann chinois», font immédiatement leur arrivée. Cette année-là, Guangzhou Evergrande FC remporte le championnat.

En 2012, le club passe à la vitesse supérieure: le mythique entraîneur italien Marcello Lippi rejoint l’équipe, avec un salaire d’environ 15 millions d’euros par an. «Lippi et ses assistants ont révolutionné l’équipe, estime Michael Church, un expert du football chinois. Il a professionnalisé les infrastructures du club, les séances d’entraînement et les équipes médicales.» En 2013, le Guangzhou Evergrande FC gagne pour la première fois de son histoire la Ligue des champions asiatique.

Xu Jiayin réalise un grand coup en 2014, en faisant venir Felipe Scolari, le célèbre entraîneur brésilien qui a gagné la Coupe du monde en 2002. Celui-ci amène avec lui toute une génération de joueurs brésiliens de talent. Il décroche la Ligue des champions asiatique et le championnat chinois dès sa première saison.

Aujourd’hui, malgré une domination sans équivalent du championnat chinois, l’équipe dépend trop de ses trois joueurs étrangers – le nombre maximum autorisé par la ligue chinoise. Et cela peut leur jouer des mauvais tours: l’hiver dernier, le transfert de Jackson Martinez pour la somme record en Asie de 42 millions d’euros a été un véritable flop. Le Colombien n’a joué que cinq matches depuis son arrivée.

La plus grande académie du monde

Pour réduire cette dépendance, le propriétaire Xu Jiayin a lancé dès son arrivée l’Evergrande Football School. A trois heures de route au nord-ouest de Guangzhou, dans une énorme zone industrielle, une série de bâtiments en forme de châteaux qui semblent tout droit sortis de Disneyland ou de Poudlard s’étendent à perte de vue. Il s’agit de la plus grande académie de football au monde: 3200 jeunes s’y exercent sur près de 50 terrains. Son objectif: faire en sorte que le prochain Ronaldo ou Messi soit chinois.

En cette journée grise de juillet, plusieurs centaines de jeunes joueurs chantent l’hymne national sur le terrain principal de l’école. Le club a organisé un tournoi lors duquel s’affrontent une soixantaine d’équipes, afin d’exhiber le talent de ses équipes juniors.

L’école a l’ambition de transformer l’enseignement du football en Chine. Pour cela, ses dirigeants ont conclu un partenariat avec le Real Madrid, qui lui fournit 26 entraîneurs. Ceux-ci voyagent aux quatre coins de la Chine, Tibet et Xinjiang compris pour dénicher les meilleurs joueurs chinois et ils appliquent exactement le même curriculum d’entraînement que dans la capitale madrilène.

Il s’agit d’un changement radical pour le football chinois, dont la formation sportive était jusqu’ici calquée sur le modèle soviétique, qui met l’accent sur la préparation physique et la rigueur. Ici, les entraîneurs se concentrent sur la créativité des jeunes pousses: «Les coaches chinois ont l’habitude de crier sur les enfants pour les forcer à suivre leurs consignes à la lettre, explique Sergio Zarco, l’un des entraîneurs du Real dépêchés à Guangzhou. Mais cela détruit leur sens de l’initiative, ils ont constamment peur de faire des erreurs et jouent comme des robots. Notre objectif principal est de leur apprendre à prendre des décisions par eux-mêmes.»

A quelques mètres de là, une équipe d’étudiants de l’académie âgés de 14 ans affronte ceux d’une école rivale située à Shenzhen. Assis au bord du terrain, ils ont l’air terrifiés par la taille des joueurs de l’équipe adverse: une bande de géants qui fait le double du poids des crevettes de l’Evergrande FC. «On va perdre», ruminent-ils.

La partie commence. Les petits vêtus de rouge prennent le ballon, le font tourner. Les lourdauds de Shenzhen courent après la balle. Un premier but est inscrit sur coup franc, un deuxième sur corner puis un troisième sur une action individuelle. Trois buts marqués par des joueurs chinois de l’académie du Guangzhou Evergrande. 

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