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Facebook collabore avec le gouvernement israélien ?

Publié par MaRichesse.Com sur 21 Septembre 2016, 00:00am

Catégories : #FACEBOOK, #ISRAEL

Facebook collabore avec le gouvernement israélien ?

Ce qui suit est la traduction d'un article paru sur The Intercept le 12 septembre 2016 et rédigé par le journaliste Glenn Greenwald. Il traite de la collaboration active (et visiblement quelque peu forcée) entre Facebook et le gouvernement israélien, dans le but de supprimer certains contenus considérés - avec toute les nuances que cela suppose - comme incitant à la violence ou à la haine. Sous couvert de respect des conditions d'utilisation de Facebook, cette censure s'applique-t-elle en outre pour tout le monde de la même manière ? Pas si sûr.

 

 

 

 

a semaine dernière, une polémique majeure concernant la censure a éclaté quand Facebook a commencé à supprimer tous les messages contenant la photographie emblématique de la Vietnamienne « Napalm Girl » au motif que cela violait l'interdiction imposée par l'entreprise d'exposer « la nudité de l'enfant ». Facebook a même supprimé un message du Premier ministre de la Norvège, qui a affiché la photographie pour protester contre la censure. Comme l'indignation a fait tâche d'huile, Facebook a en fin de compte fait marche arrière - en reconnaissant « l'histoire et l'importance mondiale de cette image témoignant d'un moment particulier dans le temps » - mais cet épisode a illustré un grand nombre des dangers que j'ai déjà soulignés à avoir des sociétés technologiques privées comme Facebook, Twitter et Google devenant les arbitres de ce que nous pouvons et ne pouvons pas voir.

Ayant tout juste solutionné cet effort de censure, Facebook semble vigoureusement en courtiser un autre. L'Associated Press rapporte aujourd'hui depuis Jérusalem que «  le gouvernement israélien et Facebook ont ​convenu de travailler ensemble pour déterminer la façon de contrer l'incitation à la violence sur les réseaux sociaux. » Ces réunions prennent place alors que « le gouvernement va de l'avant avec des mesures législatives destinées à forcer les réseaux sociaux à maîtriser le contenu affirmant qu'Israël incite à la violence. » En d'autres termes, Israël est sur le point de contraindre législativement Facebook à censurer le contenu considéré par les responsables israéliens comme étant inconvenant, et Facebook semble désireux d'apaiser ces menaces en travaillant directement avec le gouvernement israélien pour déterminer quel contenu doit être censuré.

Inutile de dire que les efforts conjoints de censure Facebook-Israël seront dirigées vers les Arabes, les musulmans et les Palestiniens qui s'opposent à l'occupation israélienne. L'article de l'AP le dit clairement : « Israël a soutenu qu'une vague de violence des Palestiniens au cours de l'année écoulée a été alimentée par l'incitation à la violence, en grande partie répandue sur les réseaux sociaux  ». Comme Alex Kane l'a rapporté dans l'Intercept de juin, Israël a commencé à surveiller activement les Palestiniens pour le contenu de leurs messages Facebook, et même arrêté certains compte tenu de leur discours politique sans équivoque. L'obsession d'Israël pour le contrôle de l'utilisation des réseaux sociaux par les Palestinien est motivée par la façon dont ils [les réseaux sociaux] ont permis l'organisation politique des opposants à l'occupation ; Kane a écrit : « Une manifestation contre l'occupation israélienne peut être organisée en quelques heures, tandis que le contrôle des Palestiniens est facilité par les traces numériques qu'ils laissent sur leurs ordinateurs portables et les téléphones mobiles. »

Israël était spécialement représenté à cette réunion avec Facebook par la ministre de la Justice Ayelet Shaked, une extrémiste convaincue qui a précédemment dit qu'elle ne croyait pas à un Etat palestinien. Shaked a « un projet de loi qui vise à forcer les réseaux sociaux à supprimer le contenu qu'Israël considère comme incitant à la violence », et elle s'est récemment félicitée que Facebook est déjà extrêmement complaisant vis à vis des exigences de la censure israélienne : « Au cours des quatre derniers mois, Israël a soumis 158 demandes à Facebook pour supprimer des contenus incitant à la violence. », dit-elle, et Facebook a accepté ces demandes dans 95 pour cent des cas.

Tout cela souligne les graves dangers d'avoir notre discours public outrepassé, réglementé et contrôlé par un petit nombre de géants de la technologie irresponsables. Je suppose que certaines personnes sont réconfortées par l'idée que les dirigeants bienveillants de Facebook comme Mark Zuckerberg vont tous nous protéger des « discours de haine » et « incitation à la violence », mais - comme le « terrorisme » - aucun de ces termes n'a de signification précise, ils sont entièrement malléables, et ils sont fortement sujets à des manipulations à des fins de propagande. Faites-vous confiance à Facebook - ou au gouvernement israélien - pour évaluer quand un message d'un Palestinien opposé à l'occupation israélienne et à l'agression mérite la brave-censure du « discours de haine » ou de « l'incitation à la violence » ? Bien que l'accent est mis ici sur « l'incitation à la violence » des Palestiniens, il est en fait très commun pour les Israéliens d'utiliser Facebook pour encourager la violence contre les Palestiniens, y compris en exhortant les colons à la « vengeance » quand il y a une attaque contre un Israélien. En effet, comme le Washington Post l'a récemment noté, « les Palestiniens ont également alerté les plates-formes des réseaux sociaux, en disant qu'ils incitent à la violence et favorisent un discours israélien fait de haine, de racisme et d'attitudes discriminatoires envers les Palestiniens. » 

En 2014, des milliers d'Israéliens ont utilisé Facebook afin d'envoyer des messages « appelant à assassiner des Palestiniens. » Quand un soldat de l'armée de défense d'Israël (NDT : IDF, Tsahal) a été arrêté pour avoir tiré dans la tête et tué à bout portant un Palestinien blessé l'année dernière, les soldats de Tsahal ont utilisé Facebook pour faire l'éloge du meurtre et justifier cette violence, avec une foule d'Israéliens rassemblés en ligne en soutien. De même, la ministre de la Justice Shaked elle-même – qui fait maintenant partie de l'équipe gouvernementale aidant Facebook à déterminer ce qu'il faut censurer - a utilisé Facebook pour poster sa stupéfiante rhétorique extrémiste incitant à la violence contre des Palestiniens. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et ses autres ministres proches ont fait la même chose. Comme Al Jazeera en Amérique l'a détaillé en 2014 :

Le discours de haine contre les Arabes qui prenait de l'ampleur sur Facebook et Twitter s'est bientôt répandu dans les rues de Jérusalem tandis que les extrémistes israéliens incitaient à la violence et causaient le chaos. Cette violence a ensuite fait son retour en ligne : des videos sur YouTube et Facebook montrent des foules de centaines d'Israéliens en colère courant et scandant « Mort aux Arabes », à la recherche de Palestiniens à attaquer. Une vidéo d'un Juif israélien attaquant un Palestinien dans un bus public criant, « Arabes crasseux, arabes crasseux assassins d'enfants », est venue de Tel Aviv. Ou encore une séquence vidéo montrant les forces de sécurité israéliennes utilisant une force excessive sur un garçon americano-palestinien menotté a plus tard appelé à s'interroger sur qui incitait vraiment à ce chaos.

Peut-on imaginer Facebook supprimer les messages d'éminents Israéliens appelant à une violence ou à une oppression accrue contre les Palestiniens ? De même, est-il même possible d'imaginer Facebook supprimer les messages d'Américains ou d'Ouest-Européensqui appellent à des guerres d'agression ou d'autres formes de violence contre les pays à majorité musulmane, ou à l'encontre des critiques de l'Occident ? Poser la question est déjà y répondre. Facebook est une société privée, avec une obligation légale de maximiser les profits, et donc elle va interpréter des concepts très flous comme les « discours de haine » et « l'incitation à la violence » dans le sens qui sied à ceux qui exercent la plus grande puissance. Il est ainsi inconcevable que Facebook n'ait jamais rêvé de supprimer ce type de plaidoyer ou d'incitation à la violence pourtant authentiques :

Hebergeur d'image

(NDT : ci-dessus, le titre de l'opinion du jour chez Newsweek : « Pour montrer notre détermination, nous pourrions devoir couler un bateau iranien ». Parce que - évidemment - la politique étrangère d'Obama souffre de quelques faiblesses face aux « ennemis de l'Amérique »...)

 

Hebergeur d'image

(NDT : ci-dessus, Michael Grunwald, auteur, journaliste et correspondant du Time, affirme : « Je n'en peuplus d'attendre pour rédiger un plaidoyer en faveur de la frappe de drone qui bousillera Julian Assange. » Tout un porgramme là encore...)

 

(NDT : sur cette video, Bob Beckel, commentateur de Fox News, appelle lui aussi ouvertement à abattre ce traitre et « fils de pute » de Julian Assange)

 

Facebook est confronté à une pression extrême pour censurer le contenu non désiré par différents gouvernements. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont lancé conjointement une campagne pour calomnier les entreprises de la Silicon Valley comme support des terroristes ou sympathisants de l'Etat Islamique pour avoir refusé de prendre des mesures plus énergiques afin d'interdire le contenu de ceux que ces gouvernements considèrent comme des « terroristes ». Israël a été particulièrement agressif en essayant d'accuser Facebook de violence et ainsi le contraindre à censurer. Les membres des familles d'Israéliens tués par des Palestiniens poursuivent Facebook en revendiquant que l'entreprise a contribué à faciliter ces attaques, tandis que certains Israéliens se sont effectivement plaints que Facebook a un parti pris contre Israël dans ses pratiques de censure.

 

A propos de tout cela, The Intercept a soumis les questions suivantes à Facebook, qui n'a pas encore répondu ; nous mettrons à jour cet article s'il le fait :

  1. Est-ce que FB a déjà rencontré les dirigeants palestiniens dans le but d'identifier et de supprimer des messages d'Israéliens qui incitent à la violence ? Est-il prévu de le faire ?
  2. Si un Israéliens recommande que les Palestiniens soient attaqués et / ou bombardés, est-ce que ces messages violant les conditions d'utilisation de FB seraient supprimés ? Cela a-t-il déjà été le cas ?
  3. Quel est le rôle exactement joué par le gouvernement israélien quand il aide FB à identifier les contenus qui devraient être interdits ?
  4. FB a dit qu'il « accédé à quelque 95% des demandes » émanant des responsables israéliens afin de supprimer du contenu. Quel est le pourcentage des demandes des Palestiniens afin de supprimer du continu qui a été accepté ?
  5. Si quelqu'un dit que l'occupation israélienne est illégale et doit être combattue par tous les moyens, cela serait-il autorisé ?

 

Il est vrai que ces sociétés ont la capacitéen tant qu’acteurs privés, de censurer tout ce qu'ils veulent. Mais cette proposition ignore le contrôle sans précédent que ce petit groupe de sociétés exerce aujourd'hui sur les communications mondiales. Que cette censure fasse partie de leurs bons droits ne doit pas éluder le grave problème que la conduite de cette corporation soulève, pour des raisons que j'exposais ici en décrivant l’immense influence qu’elle a acquise dans l'élaboration de notre discours (voir ici pour un fait divers troublantsur la façon dont Twitter a interdit un groupe pro-indépendance écossais après qu’il ait critiqué un article d'une journaliste d’un tabloïde, qui se plaignait alors qu'elle était « harcelée »). 

Il n’est pas exagéré de dire que Facebook, à ce stade, est de loin la force qui domine le journalisme. Il est extrêmement significatif de le voir fonctionner avec un gouvernement afin de censurer le discours des adversaires de ce gouvernement. Mais comme cela est souvent le cas avec la censure, les gens sont satisfaits de son application jusqu'à ce qu'elle soit utilisée pour supprimer des points de vues qu'ils acceptent ou apprécient. 

L'une des premières promesses de l'Internet, un avantage potentiel déterminant, était sa capacité à niveler les disparités, afin de permettre aux démunis de communiquer aussi librement et avec le même écho que les puissants, et d’organiser politiquement des moyens beaucoup plus efficaces. Ceux qui appellent sans cesse les entreprises telles que Facebook et Twitter à censurer du contenu mettent sérieusement en danger ces valeurs, aussi nobles puissent être leurs motivations. Il est difficile d'imaginer un scénario plus en contradiction avec la promesse de l'Internet que la réunion qui s’est tenue entre les dirigeants de Facebook et le gouvernement israélien afin de décider ce que les Palestiniens seront et ne seront pas autorisés à dire.

 

Article original by Glenn Greenwald, The Intercept, 12/09/2016

 

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