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Elections au Gabon : le clan Bongo dénonce des « hackers ivoiriens »

Publié par MaRichesse.Com sur 6 Septembre 2016, 10:22am

Catégories : #AFRIQUE, #VIDEO, #INSOLITE, #POLITIQUE

C’est une étrange vidéo tournée par une télévision gabonaise, et qui fait le buzz en Afrique francophone. On y voit un jeune homme au regard apeuré et portant un tee-shirt défraîchi en train de se livrer à un exercice de «  confession  » manifestement forcé.

Un bandeau au bas de l’image nous indique qu’il s’agit du «  témoignage exclusif  » d’un jeune Ivoirien, Sihifowa Yéo, «  trafiquant de données électorales  ».

Un «  témoignage  » qui fait « pschitt  » en réalité, et qui ne confirme pas les graves accusations proférées par la voix «  off  », laquelle survend son affaire au point d’illusionner de nombreux internautes.

Au fait, c’est quoi un «  trafiquant de données électorales  »  ? Pour comprendre ce qui se joue dans cette vidéo, il faut disposer de certains éléments de background.

  • Le 27 août dernier, se tenait une élection présidentielle au Gabon, «  pauvre pays riche  » d’Afrique centrale tenu pendant 42 ans par Omar Bongo Ondimba, figure tutélaire de la Françafrique, qui a transmis à son fils Ali le pouvoir et le goût des scrutins dont on connaît toujours le résultat avant le vote.
  • Face à Ali, se trouvait Jean Ping, ex compagnon de sa sœur Pascaline et baron revanchard du «  bongoïsme  » première génération.
  • Comme souvent au Gabon, le président sortant a été déclaré élu, et de violentes protestations de l’opposition, tout aussi violemment réprimées, ont «  salué  » son sacre douteux. Il est vrai que le temps est dur pour les adeptes de ce qu’on a surnommé sur le continent «  la technologie électorale  ». 
  • Officiellement, Ali Bongo a été élu sur le fil, avec 6000 voix de plus que son adversaire. Pour pouvoir y arriver, il a fait le plein de voix dans son fief du Haut-Ogooué. Il y aurait obtenu 95,46% des suffrages, avec un taux de participation de 99,93%. En gros, même les morts ont voté.
  • Puisque la meilleure défense, c’est l’attaque, les «  spin doctors  » du président gabonais ont choisi d’accuser leurs adversaires d’avoir mis en place des instruments de triche électorale via une équipe de «  hackers  » et de spécialistes du «  dark web  » venus de l’étranger (de la Côte d’Ivoire) et soutenue par un gouvernement étranger (celui de Côte d’Ivoire). 
  • Après des écoutes téléphoniques où l’on entend un collaborateur d’Alassane Ouattara, le numéro un ivoirien, conseiller à l’adversaire de Bongo de faire démissionner des membres de la Commission électorale pour «  mettre la pagaille totale  », la vidéo de Sihifowa Yéo est censée boucler la boucle et prouver un complot maléfique ourdi contre le Gabon.

Et si le pouvoir gabonais, par ses actions d’agit-prop rondement menées, essayait en réalité de masquer les batailles féroces menées par ses hackers à lui pour saboter toute tentative de surveillance du processus électoral par la société civile et l’opposition  ?

En tout cas, sa communication officielle attribue à des «  cybercriminels ivoiriens  » la paternité d’une application dénommée REGAB (c’est-à-dire Regardez les Elections au Gabon), pourtant développée par Pierre-Desthin Soghe, un ingénieur gabonais vivant au Canada que nous avons contacté (et qui assure ne pas connaître du tout le jeune Ivoirien brandi à la télé).

L’application qu’il nous décrit est en réalité un dispositif de vigilance citoyenne. En principe, elle devait permettre aux observateurs de la société civile et aux scrutateurs des différents partis de publier les résultats de chacun des bureaux de vote en temps réel, et d’envoyer en fichier attaché les procès-verbaux de dépouillement des urnes. Mais REGAB a été piratée par des «  cybercriminels  » dès le jour du scrutin.

« Ils ont surmené mon serveur en effectuant jusqu’à 6 millions de requêtes à la seconde. L’objectif était d’empêcher que les requêtes standard soient interprétées correctement  », explique Soghe.

En gros, empêcher un décompte parallèle et citoyen des votes, au fil de l’eau. L’application est «  down  » pendant deux jours. Mais les contributeurs continuent de faire parvenir, via Whatsapp ou d’autres moyens, leurs précieuses «  datas  » au promoteur de REGAB, qui se charge de les introduire dans son système. Il tente de sauver les meubles, en dépit de la «  campagne négative  » qu’il subit. Et Sihifowa Yéo  ?

« Je ne sais pas s’il est une victime ou un complice du pouvoir gabonais. Je ne le connais pas. »

En tout cas, un autre Ivoirien, Yao N’Cho, expert en sécurité informatique, est retenu contre son gré au Gabon, selon des proches.

Pour sortir de la crise post-électorale gabonaise, la «  communauté internationale  » suggère que les résultats du scrutin soient publiés, «  bureau de vote par bureau de vote  ». C’est un peu ce qu’entendait faire REGAB. Bien entendu, le pouvoir d’Ali Bongo s’y refuse.

«  Autant des résultats région par région peuvent paraître acceptables après les ajustements mis en place pour permettre à un “ perdant ” de gagner, autant des données plus détaillées pourraient laisser apparaître des bureaux de vote où il y a plus de votants que d’inscrits et où même les scrutateurs de l’opposition ont “ voté ” pour le pouvoir  », s’amuse un observateur, qui rappelle que de telles aberrations avaient été relevées lors de la présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire, durant laquelle l’opposant Ouattara contrôlait la Commission électorale par le jeu des accords de sortie de crise.

A l’époque, la France, les Nations unies et Jean Ping, qui était alors le président de la Commission de l’Union africaine, avaient rejeté catégoriquement la proposition de recomptage des votes émise par le président sortant, Laurent Gbagbo, qualifié de «  mauvais perdant  »…

En Afrique, les démocraties se distinguent des «  démocratures  » par un point.

  • Dans les premières, comme le Sénégal et le Ghana, les envoyés spéciaux des radios et télévisions indépendantes annoncent les résultats détaillés des scrutins, centre après centre, sans problème. 
  • Dans les secondes, la publication de résultats partiels non officiels est rigoureusement interdite, et les médias publics diffusent des documentaires animaliers en lieu et place des soirées électorales, avant de laisser la place face à la caméra à des dignitaires de la haute administration divulguant des scores électoraux dont personne ne sait vraiment s’ils sont avec ou sans «  valeur ajoutée  ».

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