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Deux poupées, une petite boîte et la mémoire de la Shoah

Publié par MaRichesse.Com sur 18 Septembre 2016, 04:20am

Catégories : #FAITSDIVERS

Deux poupées, une petite boîte et la mémoire de la Shoah

En 2014 et 2015, équipée d’ordinateurs et de scanners, une équipe du Mémorial de la Shoah a parcouru la France, et récolté auprès des familles de déportés de nombreux documents  : lettres, journaux intimes, photos... Tous les documents ont été numérisés.

Selon le choix des survivants ou des descendants, les originaux leur ont ensuite été rendus ou ont été archivés au Mémorial.

Vitrines de l'exposition au Mémorial de la Shoah (vue partielle)
Vitrines de l’exposition au Mémorial de la Shoah (vue partielle) - T. Noisette/Rue89

Ce dimanche 18 septembre, le Mémorial expose une partie des documents privés ainsi récoltés, dans le cadre des Journées européennes du patrimoine.

Ce labeur entamé depuis des décennies permet, au-delà de la sécheresse des nombres, de rendre un visage et une histoire aux 76 000 juifs déportés de France et assassinés dans les camps nazis (2 500 seulement ont survécu).

« Une forme d’urgence »

« C’est un travail infini, qui ne peut venir que des familles, et aussi des archives départementales », explique à Rue89 Lior Lalieu-Smadja, responsable de la photothèque et chargée de l’opération :

« Il y a une forme d’urgence, car on est en train de perdre tout cela  : c’est la fin de la première génération, celle qui est née avant la fin de la guerre. C’est pourquoi nous essayons de convaincre les gens de donner leurs documents, et dans tous les cas nous les scannons ou photographions les objets. »

Violon et partition d'un déporté membre de l'orchestre d'Auschwitz
Violon et partition d’un déporté membre de l’orchestre d’Auschwitz - T. Noisette/Rue89

Le Mémorial conserve les originaux donnés par les familles (survivants ou descendants), ou leur copie scannée (même lorsque le document original est donné, une copie numérique est réalisée). S’il s’agit d’objets, une photo est systématiquement prise et légendée avec l’histoire de l’objet.

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La tenue de déporté de Jacques Modiano, rescapé des camps revenu avec la valise qu’il avait lui-même fabriquée : « Avant, c’était seulement quelques mots sur le Mur des Noms, maintenant nous avons son portrait et ses objets » - T. Noisette/Rue89

L’équipe de quatre ou cinq personnes qui a sillonné la France en 2014 et 2015 a interrogé 665 donateurs  : «  Chaque personne sur chaque photo, chaque papier est identifié  ; tout tourne autour de la personne qui nous donne les documents.  »

Les fiches d’un résistant

A Nancy et à Dijon, les archivistes ont rencontré les enfants de Jean Tenenbaum, qui ont prêté plusieurs documents venus de leur père. Ce jeune résistant juif (né en 1921) a fabriqué avec son frère près de 2 000 faux papiers – carte d’identité, actes d’état-civil – et visitait des juifs cachés dans les Alpes, pour leur apporter argent et faux documents.

Il tenait des fiches détaillées, à l’écriture soignée, sur ces clandestins  : nom, origine (il y avait beaucoup de juifs réfugiés de l’étranger), date de naissance, adresse, famille les abritant, dates de ses passages, sommes données etc.

Les fiches clandestines de Jean Tenenbaum, qui répertoriaient les juifs cachés qu'il visitait
Les fiches clandestines de Jean Tenenbaum, qui répertoriaient les juifs cachés qu’il visitait - Mémorial de la Shoah

Ce qui fait frissonner a posteriori  : et si la police avait mis la main dessus  ? Son fils Denis nous raconte :

«  Elles étaient toutes rangées dans une boîte pour cartes de visite, tenue par un ruban et accrochée à une fenêtre, à l’extérieur. Il y avait une paire de ciseaux juste à côté, et une rivière passait en dessous. S’il avait fallu, un coup de ciseaux et la boîte aurait disparu...  »

Pédiatre à Dijon, Denis Tenenbaum n’avait vu qu’une fois, enfant, ces fameuses fiches :

« Mon père n’en faisait pas état, mais je savais qu’elles existaient. A sa mort, en août 2014, je les ai revues pour la première fois depuis une cinquantaine d’années. Je les ai gardées surtout pour montrer à mes petits-enfants qui était leur arrière-grand-père, ce qui les intéresse beaucoup. »

« J’ai versé une larme »

« Ensuite, lorsque je les ai montrées au Mémorial, ils m’ont expliqué que l’on peut faire beaucoup d’études avec ces documents, les recouper avec d’autres, retrouver des personnes, des parcours. Je leur ai prêté les fiches pour la numérisation – c’était un an après la mort de mon père, je ne vous cache pas que j’ai versé une larme –, et maintenant à nouveau pour l’exposition du 18 septembre.  »

Photos prises par un soldat français qui a participé à la campagne de l'Est de l'armée américaine en 1944-45. Certaines montrent la libération du camp de Dachau
Photos prises par un soldat français qui a participé à la campagne de l’Est de l’armée américaine en 1944-45. Certaines montrent la libération du camp de Dachau - T. Noisette/Rue89

Mené par des archivistes, tout ce travail de collecte rend chair et visage aux victimes des nazis et de leurs complices, et à ceux qui ont combattu les génocidaires. Lior Lalieu-Smadja :

«  Une photo de mariage, est-ce que c’est passionnant  ? Mais oui, parce qu’il y a des destins derrière  !  »

Deux poupées

Les documents donnés ou prêtés font l’objet d’un contrat avec les donateurs, qui donnent tous les droits (de publication, diffusion etc.), ou les restreignent à la consultation en interne (qui permet par exemple aux historiens de les utiliser, en salle de lecture)  :

«  Quelquefois il y a des choses très intimes, dans des correspondances par exemple, que nous filtrons de nous-mêmes parce que nous les jugeons trop personnelles.  »

Un journal intime
Un journal intime - T. Noisette/Rue89

L’exposition du 18 septembre porte principalement sur des documents écrits et des photos, mais on y voit aussi des objets. Parmi les plus poignants  : deux poupées qui ont appartenu à des fillettes, Denise et Micheline, 9 et 8 ans, raflées avec leurs parents en février 1944 dans un village de Côte-d’Or, Gemeaux  :

« Ces poupées ont été jetées par un gendarme, et récupérées par une commerçante. Les petites filles et leurs parents ont été déportés sans retour, et les poupées ont été transmises de génération en génération à des enfants, avec leur histoire. Quelqu’un nous les a données, et un historien a retrouvé plus tard la photo des enfants. »

Les poupées de Micheline et Denise
Les poupées de Micheline et Denise - Mémorial de la Shoah (page Facebook)
Déclaration de non-judéité, obligatoire sous l'Occupation, pour l'ouverture d'un livret d'épargne
Déclaration de non-judéité, obligatoire sous l’Occupation, pour l’ouverture d’un livret d’épargne - T. Noisette/Rue89 

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