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Défendre l’accueil des migrants, est-ce politiquement suicidaire?

Publié par MaRichesse.Com sur 6 Septembre 2016, 03:52am

Catégories : #ALLEMAGNE, #POLITIQUE

Défendre l’accueil des migrants, est-ce politiquement suicidaire?

En Europe, les partis de premier plan qui prônent un accueil digne de ce nom pour les réfugiés se font rares.

François Gemenne: «Une incapacité à penser une politique migratoire»

 

 

François Gemenne (1980) est docteur en sciences politiques (ULg). Chercheur qualifié du FNRS membre de l’Observatoire Hugo de l’ULg, ses travaux s’intéressent aux migrations et déplacements liés aux changements environnementaux, ainsi qu’au contrôle des flux migratoires. Il enseigne la géopolitique du changement climatique et la gouvernance des migrations à sciences po Paris et à l’ULB.

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Défendre l’accueil des migrants, aujourd’hui, c’est devenu politiquement intenable ?

A part Angela Merkel, aucune autre personnalité européenne d’envergure ne tient cette ligne. Il ne faut pas surdramatiser le résultat des élections régionales de ce week-end. D’une part, le Meklenburg-Vorpommern est un tout petit Land, qui représente seulement 2 % de l’électorat allemand. D’autre part, Angela Merkel a gagné les précédentes élections régionales. Il faut donc relativiser ce dernier résultat. Il est certain que la cote de popularité d’Angela Merkel a souffert, mais elle reste aujourd’hui la dirigeante européenne avec la plus forte cote de popularité, autour de 50 % d’opinions favorables. Il n’y a donc pas de rejet massif de sa politique.

Reste que la percée du parti d’extrême droite AfD est symptomatique…

Il est clair que les dirigeants européens renoncent à tenir un discours courageux en matière de migrations par crainte de l’extrême droite. Ils renoncent à convaincre et ont tendance à se placer à la remorque de leurs opinions. C’est inquiétant. On a l’impression que les politiques n’ont plus d’idées, particulièrement sur cette question de l’immigration. Ils se contentent de suivre l’opinion. Concernant l’Allemagne, c’était une anomalie qu’elle n’ait pas de parti d’extrême droite. Mais il était malheureusement prévisible que le souvenir du nazisme s’estompe à un moment donné et qu’on assiste à un «retour à la normale».

A quoi attribuez-vous ce rejet des Européens, alors que l’Europe n’accueille qu’une infime partie des migrations au niveau mondial ?

Au fondement même de cela, il y a l’incapacité à penser politiquement cette question. Parce qu’il n’y a pas de consensus social sur cette question : veut-on plus ou moins d’immigration ? Les migrations restent considérées comme une sorte d’anomalie, de problème à résoudre. On reste prisonnier d’un schéma où l’on associe une population à un territoire. De la sorte, on se refuse – à gauche comme à droite – à accepter le caractère structurel des migrations comme phénomène de société. On reste figé dans une logique de management de «crise» et dans l’incapacité de formuler un projet politique sur cette question. Le seul projet politique cohérent en la matière, c’est celui de l’extrême droite. Cette dernière occupe le vide politique. Elle va ainsi attirer des gens – pas forcément xénophobes et racistes ! – pour qui la question de l’immigration est une priorité. L’Eurobaromètre montre que 46 % des Européens placent l’immigration comme l’un des deux problèmes prioritaires de l’Union européenne, devant le terrorisme et le chômage. Or, c’est le problème sur lequel l’UE n’a pas de réponse. C’est une véritable faillite de la classe politique, à gauche comme à droite, de ne pas être capable de parler de ces sujets. C’est comme s’il y avait un abandon complet du cosmopolitisme au profit du souverainisme.

Faire croire que l’on peut endiguer ces flux migratoires, réaliste ?

Non. L’idée qu’on puisse les maîtriser est un fantasme. Ils découlent de facteurs exogènes sur lesquels les politiques européens ont relativement peu de prise. Mais ils continuent à faire croire à leurs opinions qu’il est possible de les juguler et que la frontière, symbole fort pour l’électorat, est l’instrument qui va le permettre. Ce discours simpliste est le même que celui de l’extrême droite. C’est comme si, en termes de discours, elle avait gagné la partie en Europe.

Y a-t-il des pays que vous citeriez en exemple ?

Le Canada et la Nouvelle-Zélande. On peut discuter de ces projets politiques, mais au moins ils sont clairs. Le Canada a une politique proactive pour l’accueil des réfugiés et délivre des visas humanitaires. Les Européens refusent de le faire, parce qu’ils ont peur qu’on pense qu’ils organisent la venue des réfugiés. Plutôt que de l’organiser, ils préfèrent donc laisser le chaos s’installer. Or, en 2016, il y a déjà eu plus de victimes en Méditerranée que sur toute l’année 2015, avec près de 3.500 morts.

Sebastian Friedrich: «La candidature de Merkel pour 2017 remise en cause»

Sebastian Friedrich, 31 ans, est sociologue et politologue allemand spécialiste de l'extrême-droite. Il collabore par ailleurs à l'Institut de recherches sur le langage de Duisbourg (DISS) et à l'université de Duisbourg-Essen sur le thème du traitement médiatique du chômage en Allemagne. Par ailleurs, il est chargé de cours à l'école supérieure évangélique de Berlin sur le thème du racisme et des inégalités sociales. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l’extrême droite en Allemagne.

Sebastian

Angela Merkel a reconnu qu’elle avait une responsabilité dans cette défaite historique dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale où l’extrême droite a devancé son parti (CDU). Son choix d’ouvrir les portes aux réfugiés a-t-il été suicidaire ?

Cette décision a fini par remettre en cause sa candidature pour 2017. Le triomphe de l’extrême droite aux élections du Mecklembourg est une défaite personnelle de la chancelière. La situation se complique pour elle. Je pense néanmoins qu’elle bénéficie encore d’un soutien très important dans le parti. Il est donc encore trop tôt pour savoir si elle a perdu complètement la confiance de sa base.

Quelles sont les conséquences d’une telle politique pour l’Allemagne ?

L’émergence de l’AfD a eu une influence énorme sur l’ensemble du paysage politique allemand. Les alliances entre les partis établis seront beaucoup plus difficiles à former. La CDU de Merkel va devoir réfléchir à d’autres alliances plus larges, notamment avec les écologistes. La gauche radicale (Die Linke) a perdu son statut de parti protestataire au profit de l’AfD. Quant à Sigmar Gabriel, le ministre social-démocrate (SPD) de l’Economie et vice-chancelier, il se prépare à une candidature contre Merkel sur le thème des réfugiés. Au lieu d’insister sur la justice sociale, il a décidé de critiquer Merkel avec les arguments des ultra-conservateurs comme la limitation du droit d’asile. Le SPD risque ainsi de se placer à droite de la CDU ! Les électeurs n’y comprennent plus rien.

Qui peut barrer la route à Merkel ?

Les conservateurs bavarois (l’aile ultra-conservatrice du parti chrétien démocrate, CSU, NDLR) qui tirent à boulet rouge sur la chancelière depuis le début de la crise. S’ils ne soutenaient pas la candidature de la chancelière en 2017, ce serait la fin pour Merkel. Cette division du camp conservateur serait historique et la chancelière n’y survivrait pas. Elle serait obligée de renoncer à ce quatrième mandat.

Mais les conservateurs n’ont personne pour la remplacer…

Il faut attendre les résultats des élections de Berlin dans deux semaines. Si la CDU de Merkel était éjectée du gouvernement régional dans la capitale, la question de la candidature s’intensifierait encore. Les choses peuvent aller très vite en politique. Une solution serait de trouver un candidat issu de l’aile bavaroise.

Merkel va-t-elle maintenant changer de politique envers les réfugiés ?

Mais elle a déjà changé de politique ! Le gouvernement a fait voter plusieurs lois limitant considérablement le droit d’asile. Nous avons une législation beaucoup plus dure qu’il y a un an. Jamais l’Allemagne n’avait allongé autant la liste des « pays d’origine sûrs » pour réduire les demandes. Si l’on compare le programme de la CDU avec celui des populistes de l’AfD, les différences ne sont pas si importantes. En revanche, la rhétorique n’est pas la même.

Comment explique-t-on alors le succès d’un tel parti qui n’existait pas il y a cinq ans ?

Ces électeurs y trouvent le moyen d’exprimer un ras-le-bol du « système », celui de la démocratie parlementaire. Le parti bénéficie également de tout un réseau de soutiens avec des organes médiatiques. Tout cela forme le « projet de la droite dure » dont l’objectif est la destitution d’Angela Merkel.

L’extrême droite est-elle désormais en mesure de s’implanter définitivement dans le paysage politique ?

 

Après les élections de Berlin, dans deux semaines, l’AfD sera représentée dans 10 régions sur 16. Il est vraisemblable que le parti soit à l’assemblée fédérale (Bundestag) en 2017. Il profitera des fonds de l’Etat comme les autres partis et sera en mesure de financer des structures. Par ailleurs, la thématique des réfugiés a été remplacée par la question identitaire. L’AfD a adopté un programme proche du FN français et du FPÖ autrichien avec le rejet de l’islam comme principe fondateur. 

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