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Conseils, science, sante et bien-être


Culpabilités mal placées : les comprendre, les déjouer

Publié par MaRichesse.Com sur 4 Septembre 2016, 02:13am

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #CERVEAU

Culpabilités mal placées : les comprendre, les déjouer
Parfois, on bat sa coulpe sans avoir commis la moindre faute. S'intéresser à ce malaise peut être libérateur.

 

C'est probablement le sentiment que les psychothérapeutes entendent le plus fréquemment s'exprimer durant les séances: la mère qui se reproche les mauvais résultats scolaires de son enfant ; l'époux qui n'accepte pas son impuissance face à la maladie de sa femme… Et même cette jolie jeune fille qui réussit brillamment dans ses études, vit harmonieusement dans une famille aimante et déclare «s'en vouloir d'être ainsi trop gâtée par la vie».

Ces crises de culpabilité qu'on pourrait penser «inappropriées», parce que non liées à un acte délictueux précis, à une véritable faute, nous en connaissons tous. Pour la psychanalyste Virginie Megglé, auteur du Bonheur d'être responsable, vivre sans culpabiliser (Odile Jacob), elles expriment une souffrance induisant un sentiment d'infériorité ou d'impuissance en lien avec unehyperémotivité, et tissent même comme une «toile de fond» à la plupart des cures analytiques. «Les patients affirment: “Je ne peux m'empêcher de me sentir coupable.” En réalité, dès qu'ils se sentent fragilisés, mal à l'aise, ils “collent” de manière abusive ce mot à leurs ressentis émotionnels. Et se demandent “qu'est-ce que j'ai fait de mal?”, alors même que la question à se poser serait plutôt “qu'est-ce que je peux faire de mieux pour me sentir bien, pour m'apaiser?”.»

Culpabilité sans motif réel

Une des premières racines de cette tendance est liée, selon la psychanalyste, au réflexe ancestral de «chercher le fautif». «Nous sommes toujours pris dans une dualité: soit c'est moi, soit c'est l'autre qui a tort, explique Virginie Megglé. Pourtant, le plus souvent, il n'y a ni victime ni bourreau. Juste des sentiments pénibles qu'on souhaite maîtriser au plus vite au lieu de se demander ce qu'ils viennent nous dire.»

Ces montées de culpabilité sans motif réel ne sont pas qu'individuelles. Elles peuvent aussi être collectives, quand c'est tout un pays qui bat sa coulpe après avoir été agressé, d'où la sensation de «marcher sur la tête» qu'on peut éprouver à la lecture de certaines informations: ainsi le tueur néonazi Breivik a réussi à faire condamner l'État norvégien, pour «traitement  inhumain à son égard». Lui avait traqué 600 jeunes piégés dans une île, en avait froidement achevé 77 d'une balle dans la tête et blessé plus de 150. «Pourtant, la Norvège, victime de cette barbarie, s'est reconnue complaisamment coupable d'avoir infligé au meurtrier un régime carcéral “inhumain”, en violation de la Convention des droits de l'homme!» s'étonne le psychanalyste Moussa Nabati, qui nomme ce mécanisme quelque peu absurde «l'inversion de la culpabilité», ou «culpabilité de l'innocent». Un mécanisme d'ailleurs très connu des pervers narcissiques et autres abuseurs qui savent, pour mieux museler leurs victimes, appuyer sur ce bouton de la culpabilité. Les psychologues anglo-saxons ont un terme pour nommer ce procédé de diffuser l'impression de faute, comme l'encre noire du poulpe, sur celui qui, pourtant, a été lésé ou agressé: il s'agit de «guilt trips».

Comme un poison

Souvent, malheureusement, ces techniques manipulatoires s'apprennent dans les familles les mieux intentionnées. Quel enfant ne s'est pas entendu dire de la part de sa mère agacée: «Quoi, tu ne manges pas ton plat alors que je me suis coltinée des heures à le cuisiner?» L'enfant se soumet et avale son assiette sans culpabilité apparente, mais il en gardera le ressentiment de s'être ainsi fait manipuler pour ingérer quelque chose qu'il n'aime pas. «Étrangement, jusqu'à l'âge de 21, 22 ans, les jeunes semblent ne pas éprouver de culpabilité, observe Virginie Megglé. Puis soudain, celle-ci émerge. Le mot seul convoque le sentiment: premier échec amoureux, professionnel… Et c'est comme si tout un héritage de culpabilisation ressortait de manière tout à fait inopportune.»

Voici donc ce qu'il y a à comprendre de ces crises de culpabilité sans motif: elles signent le déplacement d'une culpabilité très ancienne, inconsciente car depuis toujours refoulée, sur un fait mineur du quotidien. Ainsi, enfant, vous avez imaginé un jour la mort de votre petit frère parce que vous en étiez jaloux, ou vous n'aviez pu consoler votre mère dépressive… Et alors à la moindre remarque banale d'un collègue de bureau, vous perdez pied!

«Ce sentiment de malaise vient nous signaler que quelque chose en nous qui existe insidieusement se manifestera à travers ce poison de la culpabilité, tant que nous ne l'aurons pas conscientisé, et accepté, avant de changer quelque chose dans nos relations ou comportements», explique la psychanalyste. Connaître ces mécanismes est donc essentiel pour s'en libérer. Car alors il devient possible d'apprendre à mieux s'aimer et passer à la réparation. Un défi certainement plus enthousiasmant et plus créatif que la rédemption. 

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