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Conseils, science, sante et bien-être


Comment s'en sortent les adultes qui ont été harcelés enfants?

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Septembre 2016, 06:24am

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #ENFANT

Comment s'en sortent les adultes qui ont été harcelés enfants?

Une chercheuse s'est entretenue avec des centaines d'adultes victimes de harcèlement scolaire dans leur enfance et en tire une nouvelle et très intéressante théorie

Dans les établissements scolaires américains, le harcèlement est le côté obscur des bals de fin d'année, des élections estudiantines ou encore des pom-pom girls: peut-être que vous n'avez pas été directement touché, mais vous connaissez forcément une victime. Il y a cinq ans, lors d'une conférence organisée à la Maison-Blanche sur la prévention du harcèlement scolaire, le Président Obama s'était insurgé contre sa banalisation:

«Avec mes grandes oreilles et mon nom pas très local, je n'ai pas été épargné. Et je n'en suis pas sorti indemne, avait-il déclaré. Mais parce que c'est un phénomène très courant et qui semble avoir toujours existé, nous avons tendance à ignorer le problème.»

Nous savons que ce n'est pas un problème à cacher sous le tapis: des études montrent que la persécution scolaire est très dommageable au bien-être et à la santé mentale des enfants, avec des conséquences allant des troubles du sommeil à l'absentéisme, en passant par des problèmes psychiatriques –dépression, psychose, auto-mutilation, jusqu'au suicide.

 

«Bullying Scars»

Mais les dégâts ne s'arrêtent pas là. Impossible de fermer la porte sur ce vécu, affirme Ellen Walser deLara, thérapeute familiale et professeure en action sociale à l'université de Syracuse. La chercheuse s'est entretenue avec plus de 800 personnes, âgées de 18 à 65 ans, pour comprendre les effets à long terme du harcèlement, un travail de longue haleine qui lui permet aujourd'hui d'isoler un pattern spécifique aux individus gravement malmenés durant leur scolarité. Dans son livre, Bullying Scars [«cicatrices du harcèlement»], elle donne un nom à l'ensemble de symptômes les plus fréquents: il s'agit de l'APBS, l'«adult post-bullying syndrome» ou «syndrome post-harcèlement à l’âge adulte».

 

 

 

Selon deLara, plus d'un tiers des adultes ayant pris part à son enquête sont concernés par ce syndrome. Elle souligne que l'APBS est une description, pas un diagnostic –elle ne cherche pas à ce qu'il devienne un nouveau trouble psychiatrique.

«Il faut considérablement plus de recherches et de chercheurs qui se penchent sur la question pour confirmer la réalité de ces observations», explique deLara.

Aux États-Unis, c'est à peu près 1 élève sur 3 qui est victime de harcèlement scolaire. En France, entre 10 et 12% des écoliers et 3,4% des lycéens sont touchés. Les chiffres du cyberharcèlement sont beaucoup moins fiables, car le phénomène est plus récent et les méthodes employées évoluent sans cesse. Des abus quiincluent ostracisme, rumeurs, insultes et coups. Certaines victimes sont des élèves isolés, sans amis, d'autres peuvent être des enfants populaires tourmentés par des rivaux.

 

Un processus long

Des années après la fin des mauvais traitements, les individus touchés par l'APBS ont généralement des problèmes d'image et d'estime de soi, ils ont du mal à faire confiance à autrui et peuvent aussi développer des troubles psychiatriques. Certains cherchent à tout prix à se faire aimer ou se réfugient dans la nourriture, l'alcool ou la toxicomanie.

Que des gens puissent faire contre mauvaise fortune bon cœur ne veut pas dire que le harcèlement soit une bonne chose

 

À bien des égards, l'APBS ressemble au SSPT, le syndrome de stress post-traumatique, qui voit des individus ayant vécu des expériences terrifiantes développer une réponse combat-fuite dysfonctionnelle. L'APBS comme le SSPT peuvent mener à une colère et à une anxiété durable, des problèmes d'abus de substances, une estime de soi en berne et des soucis relationnels. Une différence majeure étant que les individus avec APBS semblent moins enclins aux accès de rage incontrôlables.

«Les individus avec SSPT ont tellement intériorisé leur traumatisme que cela affecte leur système nerveux, explique deLara. Ils sur-réagissent parce que, fondamentalement, leur corps leur dit de se protéger tout le temps.» 

Chez les personnes avec APBS, le processus semble bien plus long et ce qui leur cause du tort, ce n'est pas l'extériorisation d'une réaction, mais le fait de ruminer et de ressasser. Ellen Walser deLara a aussi observé une différence de taille entre l'APBS et le SSPT: parfois, le harcèlement semble avoir des conséquences bénéfiques sur les victimes.

 

Expérience bénéfique

Environ 47% des personnes avec lesquelles la chercheuse s'est entretenue déclarent avoir retiré quelque chose de positif de leur expérience, comme une force intérieure, davantage d'autonomie. D'autres semblent avoir une empathie exacerbée, ont fait le choix de s'occuper des autres ou de s'engager dans des activités donnant un sens à leur vie. Selon deLara, toutes les personnes avec APBS peuvent témoigner d'au moins un de ces bonus.

Difficile de dire si de tels bienfaits ont trait à la génétique ou au fait d'avoir été épaulé par une famille ou une communauté. «Nous ne savons pas pourquoi certains adultes qui ont été harcelés enfants considèrent que l'expérience leur a été au final bénéfique», affirme deLara.

Dans ses projets futurs, elle espère pouvoir comparer les taux de guérison des individus avec APBS et de ceux avec SSPT. Une autre différence entre les deux syndromes, c'est que les anciens harcelés ne considèrent pas le monde comme un environnement hostile, ce qui est courant chez les personnes avec SSPT.

 

Certaines personnes semblent avoir un sens inné de l'optimisme, une capacité à se focaliser sur le bon côté des choses, à se dire qu'ils ont de la chance que la période de harcèlement soit derrière eux, etc. Et si certains individus ont sans conteste une longueur d'avance, la résilience est quelque chose qui s'apprend. La chercheuse conseille d'avoir recours à des thérapies comportementales et familiales, notamment celles qui se concentrent sur la gestion des traumatismes. 

 

Sensibiliser les professionnels

Sans conteste, les coûts générés par le harcèlement surpassent largement ses bénéfices. «Que des gens puissent faire contre mauvaise fortune bon cœur ne veut pas dire que le harcèlement soit une bonne chose», insiste deLara. Et même ceux qui sont capables de voir le verre du harcèlement à moitié plein ne sont pas vaccinés contre les passages à vide.

DeLara espère qu'en ayant un nom à mettre sur leur vécu, les personnes concernées puissent plus facilement demander de l'aide. «Pour aider quelqu'un, il faut identifier précisément ce qui lui arrive», explique deLara. Qui plus est, les individus vivant avec un syndrome post-harcèlement à l’âge adulte n'ont souvent pas conscience qu'ils ne sont pas les seuls dans leur cas. Un homme a ainsi dit à deLara que le concept d'APBS l'avait aidé à comprendre que sa réaction était normale, qu'il ne s'agissait pas d'un défaut de caractère.

Le plus important, c'est que les médecins soient formés à la question du harcèlement scolaire pour pouvoir l'aborder avec leurs patients

DeLara projette aussi de poursuivre ses recherches sur les conséquences à long terme du harcèlement scolaire et sur les thérapies qui y sont le mieux adaptées.

 

Dieter Wolke, chercheur à l'université de Warwick, au Royaume-Uni, spécialistedes impacts psychiatriques du harcèlement scolaire à l'âge adulte, confirme que les persécutions peuvent laisser des traces dévastatrices et durables sur la psyché des individus. Mais il n'est pas convaincu par la nécessité d'un nouveau terme désignant ces symptômes en fonction de leur cause.

«Je ne vois pas trop l'intérêt d'inventer un nouveau nom, dit-il. Le plus important, c'est que les médecins soient formés à la question du harcèlement scolaire pour pouvoir l'aborder avec leurs patients.»

L'évidence, c'est que si certains adultes arrivent à surmonter ce qu'ils ont vécu durant leur enfance, d'autres continuent à souffrir. Les recherches sur les formes que peut prendre cette souffrance n'en sont encore qu'à leurs débuts. Que le sigle d'APBS fasse ou non souche, les individus vivant avec de tels symptômes ont tout à gagner de travaux cherchant à les guérir. 

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