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Comment l’économie libanaise pousse les jeunes à émigrer

Publié par MaRichesse.Com sur 19 Septembre 2016, 07:42am

Catégories : #LIBAN, #ECONOMIE, #JEUNESSE

Comment l’économie libanaise pousse les jeunes à émigrer

Face à la baisse des prix du pétrole et les tensions sécuritaires régionales, l'inquiétude sur le niveau des remises des expatriés – déjà en baisse de 3,3 % sur un an à 7,16 milliards de dollars en 2015 – ne cesse de croître. Une inquiétude qui souligne en arrière-plan le rôle prépondérant que joue la diaspora dans le financement de l'économie libanaise. Pour autant, ce rôle positif comporte un revers : la fuite des cerveaux qui prive chaque année l'économie d'une main-d'œuvre très qualifiée.

Un phénomène dont d'ampleur ne se dément pas : entre 2010 et 2014, 14,4 % de la population libanaise résidente a émigré, soit le taux le plus haut du monde arabe, rappelle une étude du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) sur la jeunesse libanaise, publiée en juin dernier. Une tendance qui concerne en majorité les jeunes qualifiés : 77 % des émigrés entre 2004 et 2009 avaient moins de 35 ans et 47,2 % détenaient un diplôme universitaire, selon une étude de l'Administration centrale des statistiques publiée en 2011. Et ce sont principalement les pays du Golfe qui en profitent : selon le rapport du Pnud, 40,5 % de ceux qui ont émigré entre 2010 et 2014 se sont installés dans les pays arabes.

 

Coûts élevés, revenus faibles
Si ce phénomène est appelé à s'accentuer avec la conjoncture morose, c'est avant tout certaines caractéristiques structurelles de l'économie et de la société libanaises qui créent les conditions propices à cette fuite des cerveaux. « Une des plus grandes sources de pression pour les individus au Liban, y compris les jeunes, reste l'insuffisance des revenus pour couvrir les dépenses nécessaires permettant de maintenir un niveau de vie décent », note d'abord l'étude du Pnud. Selon un sondage publié par le Centre de recherche arabe en politiques économiques en 2013, 71 % des Libanais interrogés évoquaient l'amélioration de leur situation financière comme principale motivation à quitter le pays.

Une situation financière surtout plombée par la faiblesse des rémunérations : selon le rapport Miles de la Banque mondiale (BM) publié en décembre 2012, le salaire médian d'un diplômé de l'enseignement supérieur de moins de 34 ans au Liban atteignait 733 dollars par mois. « Pour des études d'ingénieur de quatre ans dans une université privée, il faut débourser entre 8 000 et 20 000 dollars par an, donc pour rentabiliser cet investissement, il faut travailler au minimum dix ans... », souligne Jad Chaabane, professeur d'économie à l'Université américaine de Beyrouth et co-auteur de l'étude du Pnud. D'autant qu'aux frais universitaires il faut ajouter le coût du logement. Par exemple, à Beyrouth, le prix d'un appartement en construction au premier étage varie entre 2 148 et 8 500 dollars le m², selon une étude du cabinet de conseil en immobilier Ramco publiée en juin. Idem pour les loyers : selon le rapport du Pnud, un appartement d'une chambre au Liban coûtait en moyenne 497 dollars par mois (hors centre-ville), soit 65 % du salaire médian des jeunes qualifiés. « Les jeunes restent dépendants de leurs familles jusqu'au mariage, et la décision de se marier est quasi certainement retardée en raison des coûts élevés », note le rapport.

 

Cercle vicieux
La situation se complique d'autant plus que les chances de trouver un emploi à la hauteur de ses qualifications sont faibles. « Il devient de plus en plus difficile pour un jeune diplômé de trouver un emploi, car dans cette situation morose, les entreprises recrutent désormais seulement pour effectuer des remplacements. Et s'ils recrutent, ils préfèreront toujours choisir un candidat ayant un peu plus d'expérience », explique Tania Eid, directrice de l'agence de recrutement Careers. Selon le rapport Miles, alors qu'il produit en moyenne 23 000 jeunes diplômés par an, le pays n'a créé que 3 400 emplois par an entre 2004 et 2007. Largement insuffisante, cette création d'emploi concerne en outre principalement des secteurs à faible productivité. « Les secteurs de l'immobilier et du tourisme sont structurellement les piliers de l'économie libanaise, et ces derniers embauchent majoritairement une main-d'œuvre peu qualifiée. De plus, l'économie libanaise est surtout composée de PME, ce qui ne permet pas la création d'emplois qualifiés en masse », résume l'économiste à la BM Wissam Haraké.

Au-delà de la faiblesse de l'offre d'emploi et des rémunérations, se pose aussi la question de la valorisation de ces ressources humaines. « Si les jeunes trouvent un emploi, ils se rendent vite compte que la culture de l'entreprise au Liban suit généralement une structure familiale. Lorsqu'ils voient le fils du patron parachuté à un poste managérial, cela engendre une absence de perspective d'évolution professionnelle qui les pousse à vouloir travailler à l'étranger », ajoute Jad Chaabane.
Pis, tout indique que les facteurs entretenant cette fuite des cerveaux ne semblent pas prêts de s'estomper. « Le Liban exporte une main-d'œuvre qualifiée et importe une main-d'œuvre peu qualifiée, mais cette dernière n'investit pas et crée peu de valeur ajoutée dans l'économie. Cela contribue à renforcer ce cercle vicieux qui pousse les jeunes qualifiés à quitter le pays », soupire Jad Chaabane. 

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