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Comment Facebook pourrit le débat politique aux Etats-Unis

Publié par MaRichesse.Com sur 9 Septembre 2016, 05:56am

Catégories : #FACEBOOK, #POLITIQUE, #ETATS-UNIS

Comment Facebook pourrit le débat politique aux Etats-Unis

La première campagne de Barack Obama en 2008 avait frappé par le rôle que le numérique y avait tenu, notamment pour organiser les militants. La seconde avait confirmé la nécessité d’une stratégie numérique, dans les deux camps. Mais aujourd’hui, quelque chose a changé… C’est le New York Times qui l’a raconté il y a quelques jours dans une enquête passionnante, en allant fouiller dans Facebook, et en décrivant les évolutions toutes récentes du paysage informationnel dessiné par la plateforme.

Le journaliste John Herrman y décrit l’apparition ces derniers mois d’une foule de contenus très partisans, très agressifs et très partagés par les habitants de Facebook ; des contenus émanant de médias qui ont pour nom Occupy Democrats, The Angry Patriot, US Chronicle, Addicting Info, et des centaines d’autres, des médias qui partagent une caractéristique : ces médias politiques sont fabriqués dans et pour Facebook. Ils n’existent pas ailleurs.

Un T-shirt représente Donald Trump en boxeur mettant KO Hillary Clinton, le 30 août 2016 près d'un meeting de Trump à Everett (Etat de Washington)
Un T-shirt représente Donald Trump en boxeur mettant KO Hillary Clinton, le 30 août 2016 près d’un meeting de Trump à Everett (Etat de Washington) - CITIZENSIDE/Teri McClain/citizenside

Ils font un usage très savant des statistiques que Facebook met à disposition de tout utilisateur – et qui sont complétés par d’autres outils de métrique – pour atteindre le plus d’internautes possible. Leur but n’est pas, comme pour les médias traditionnels, d’attirer les internautes vers des articles, mais de faire en sorte que le plus grand nombre de facebookiens partagent ce contenu.

Privilégier ce qui choque

Pour ce faire, ils se sont affranchis de toutes préventions : aucun souci pour la prudence, la mesure, la véracité de l’information. Ils s’en moquent, ils n’ont pour règles que celles de Facebook. Comment s’y prennent-ils ? Ils privilégient ce qui choque : la prétendue folie d’Hillary Clinton, le terrorisme, l’immigration. Ils copient et diffusent la moindre rumeur complotiste, ils fabriquent des mèmes (c’est-à-dire des motifs que les internautes vont utiliser, détourner, partager. Ça peut être par exemple, une vidéo de la mèche de Trump, ou d’un rire forcé d’Hillary Clinton).

Ils usent à outrance de la vidéo, de schémas lisibles en un coup d’œil, des couleurs qui flashent. Ils incitent les internautes à partager, systématiquement. Et n’hésitent pas à payer Facebook pour la mise en avant de leur contenus.

Ce qui est fou, c’est que ces nouveaux médias ne poursuivent pas tous un but politique ; bien souvent, il s’agit simplement d’attirer le chaland, pour qu’il clique vers un site bourré de publicités, qui rapportent beaucoup d’argent à ces propriétaires de site (Rue89 racontait il y a deux semaines l’histoire très drôle d’une ville de Macédoine qui s’est spécialisé dans la création de sites pro-Trump, qui rapportent beaucoup d’argent en racontant les pires horreurs au sujet d’Hillary Clinton.) Se mêlent donc une propagande très sale à visée politique, et une myriade d’acteurs.

Quelle influence ?

On pourrait se rassurer en disant que ce n’est pas grave, que ça n’est que dans Facebook. Sauf qu’aux Etats-Unis, Facebook est devenu LE lieu principal de l’accès à l’information. Les chiffres et études à disposition amènent à penser que c’est là que se tient une grande part de la conversation politique aux Etats-Unis. Et dans cette conversation, ces pages font beaucoup de bruit, plus que les médias journalistiques si on additionne leur chiffre de partage.

Evidemment, la lecture de cette enquête pose de multiples questions : quelle influence a tout cela sur le débat politique dans son ensemble ? Dans quelle mesure cela peut-il influer sur un vote ? A quel candidat cela profite-t-il ? N’est-pas la violence de Trump qui, d’une certaine manière, permet l’apparition de ces contenus ? Est-ce que tout cela ne profite pas en dernier recours à Facebook ?

Je suis évidemment incapable de répondre à ces questions, qui sont toujours complexes ; mais juste une chose. Pour avoir l’esquisse d’une réponse, il faudrait bien comprendre ce que signifie le fait de partager un contenu sur Facebook, à quel type d’engagement cela correspond vraiment. Et ça, on ne sait pas bien.

Est-ce qu’on partage parce qu’on y croit, parce qu’on est d’accord, ou parce qu’on trouve ça drôle, bête ? N’est-il pas possible d’imaginer qu’une grande part des gens qui partagent ces contenus entretiennent avec eux le même rapport qu’on peut avoir avec une couverture de France Dimanche ? On ne sait pas. Le problème, c’est que c’est la première fois qu’un tel phénomène a lieu, et qu’on va devoir attendre novembre pour avoir la réponse. 

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