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Comment devenir diplomates quand on n'est pas né riche

Publié par MaRichesse.Com sur 11 Septembre 2016, 05:38am

Catégories : #POLITIQUE, #MONDE

Comment devenir diplomates quand on n'est pas né riche

Les analyses de sociologues démontrent que le Quai d'Orsay n'est pas très en pointe sur la promotion des jeunes, des femmes, et des milieux défavorisés.

Cela vous a peut-être échappé mais, fin août-début septembre, le ministère des Affaires étrangères organisait sa 24e semaine des ambassadeurs. Débats ouverts au public, témoignages, «social room» en ligne pour faire participer les internautes… Depuis quelques années, la grand-messe de rentrée du Quai d’Orsay ouvre plus largement ses portes aux curieux.

Une initiative parmi d’autres pour mettre en lumière ce ministère méconnu, et casser les fantasmes qui y restent souvent associés. Parmi eux, l’idée d’un corps diplomatique traditionnellement aristocratique, temple de la reproduction des élites. Pourtant, le recrutement s’y effectue par concours; gage, en théorie, d’égalité des chances. Mais si tous les candidats sont soumis aux mêmes épreuves, tous n’ont pas les mêmes chances de les réussir. Et une fois le prestigieux ministère intégré, les carrières n’évoluent pas à la même vitesse.  

 

L’importance du capital culturel

Pour le sociologue Marc Loriol, auteur de Splendeurs et misères du travail des diplomates, le concours ne permet pas de gommer complètement les différences d’origines sociales. L'épreuve du grand oral, présente aux concours de l’ENA et du Quai d’Orsay, constitue notamment une barrière difficile à franchir pour les candidats qui ne sont pas du sérail:

«On a constaté que si les étudiants d’origine plus modestes réussissaient seulement un petit peu moins bien à l’écrit, ils réussissaient par contre beaucoup moins bien à l’oral. En effet, ce ne sont pas que des compétences qui sont évaluées, mais également un savoir-être, et ce savoir-être est unhabitus des classes supérieures.»

 

 

 

Admissible plusieurs fois à l’ENA et au concours de secrétaire des Affaires étrangères, Bastien[1] a échoué à l’oral. Issu d’un milieu aisé (ses parents ont financé ses études ainsi qu’une année supplémentaire de préparation aux concours), il nuance: «Ce n’est pas tant une question d’origine sociale que de capital culturel. Personnellement, c’est de ce capital que j’ai eu l’impression de manquer. Je pense que j’aurais eu plus de chance en étant fils de prof, par exemple. Même si évidemment, les plus à l’aise restent les enfants des hauts fonctionnaires eux-mêmes.»

 

500 euros par mois

Pas forcément besoin, toutefois, d’être né dans une chancellerie pour en acquérir les codes. Une expérience comme un volontariat internationale en administration (VIA) au sein d’une ambassade peut être un bon moyen de se familiariser avec ce milieu particulier. Problème, ces contrats, prévus à l’origine pour les jeunes juste sortis d’école, sont si demandés qu’ils finissent souvent par échoir à des candidats ayant déjà une expérience professionnelle, perdant leur vocation initiale d’insertion.

Diplômée de Sciences Po, Rachel a postulé à plusieurs VIA durant sa dernière année de master, sans jamais être retenue. Déterminée à acquérir une expérience solide en diplomatie ou en coopération culturelle, elle a finalement accepté un stage au sein d’un institut français dans une capitale africaine, rémunéré environ 500 euros par mois. «Nous étions six stagiaires, et cinq étaient diplômés», explique-t-elle. «On a tous magouillé pour avoir des conventions de stage alors qu’on avait terminé nos cursus, mais comme nous n’étions pas étudiants, nous ne touchions plus de bourses. Ceux qui le pouvaient étaient aidés par leurs parents, mais moi, je me suis retrouvée en grande difficulté.» Elle a donc abandonné au bout de cinq mois un stage qui aurait dû en durer neuf, et accepté un emploi au Goethe Institut, l’organisme de coopération allemand, qui l’a recrutée en contrat local. À peine installée, elle apprend qu’elle est présélectionnée pour un VIA dans une ambassade en Asie, auquel elle avait postulé quelques semaines plus tôt: 

«Ils m’ont demandé de venir à Paris pour passer un entretien. J’ai proposé de le faire par Skype, en raison de mes difficultés financières. Je venais de commencer mon nouveau travail, je n’avais pas encore remboursé les 700 euros de découvert que j’avais creusés pendant mon stage. Ils n’ont pas accepté, j’ai donc dû renoncer. C’était un risque financier beaucoup trop important pour un résultat vraiment incertain.»

 

Une faible autonomie

Bastien avait lui aussi effectué un stage avant de passer le concours. Comme c’était un contrat de deux mois, il n’était pas payé du tout (l’indemnisation n’est obligatoire qu’à partir de trois mois de stage). «Clairement, je ne l’aurais pas fait si mes parents ne m’avaient pas financé», explique-t-il. La situation est encore plus délicate pour les stagiaires des organisations internationales, au sein desquelles une première expérience peut aussi être un atout pour intégrer les métiers de la diplomatie. La plupart ne rémunèrent en effet pas du tout leurs stagiaires, qui sont pourtant souvent contraints de déménager à l’étranger pour l’occasion. L’année dernière, le happening de David Hyde, un stagiaire néo-zélandais de l’ONU à Genève qui dormait dans une tente au bord du lac Léman, avait fait beaucoup de bruit, mais la situation ne semble pas avoir évolué depuis.

Toutefois, précise Marc Loriol, «le stage n’est pas forcément un atout indispensable pour rentrer dans la carrière». Ainsi Clément, reçu au concours de secrétaire des Affaires étrangères il y a deux ans, n’avait aucune expérience dans la diplomatie. «Une grande partie des candidats admis aux concours externes n’ont jamais mis les pieds en ambassade ou au Quai d’Orsay», précise-t-il, assurant que «le grand oral permet vraiment de valoriser d’autres expériences professionnelles ou associatives»«Il faut également souligner que des progrès ont été faits sur ces questions de stages», indique de son côté Marc Loriol.«Lorsque je faisais mon travail d’enquête sur le quai d’Orsay, entre 2008 et 2012, les stagiaires des ambassades n’étaient pas indemnisés du tout, même si ça durait un an», rappelle le sociologue. Les 500 euros d’indemnisation obligatoires aujourd’hui n’assurent certes pas l’autonomie des étudiants, mais ils constituent déjà une amélioration. Par ailleurs, les VIA sont quant à eux confortablement rémunérés, et les candidats retenus voient leurs déménagements pris en charge par le ministère. 

 

De plus en plus de femmes aux postes-clés

Pour la sociologue Johanna Edelbloude, enseignante-chercheuse à l’ESC-Pau, il est très difficile de dresser un profil sociologique des diplomates, en raison de l’absence de données statistiques. Ce qui est en revanche possible à évaluer, en matière d’égalité des chances, c’est la situation des femmes. Et si celles-ci restent soumises, selon la sociologue, «à un plafond de verre», force est de constater que leur condition au sein du ministère s’est considérablement améliorée au cours des dernières années. «Autrefois, les femmes n’étaient presque jamais nommées ambassadeurs», confirme Marc Loriol. Suzanne Borel, la première a avoir obtenu ce poste, en 1972, avait été envoyée au Panama, «une ambassade très peu valorisée», selon le chercheur. Quarante ans plus tard, le réseau diplomatique français compte trente-neuf ambassadrices, dont certaines à des postes-clés, comme Sylvie Bermann à Londres ou Catherine Colonna à Rome.

Si elles restent minoritaires sur les 181 ambassadeurs en poste, les dernières nominations semblent traduire une vraie volonté politique d’ouvrir aux femmes les fonctions d’encadrement. L’association Femmes et diplomatie a beaucoup œuvré dans ce sens, en contribuant à faire adopter des mesures concrètes, comme l’abolition des réunions après 18h, de manière à ne pas exclure du circuit les diplomates mères de famille. En pratique, ces carrières restent toutefois difficilement conciliables avec une vie familiale traditionnelle. «Culturellement, le fait qu’une femme suive son époux en poste à l’étranger reste mieux  accepté que l’inverse», résume Marc Loriol. «Sur les 14 femmes ambassadeurs à l’époque où je faisais mon enquête, une seule vivait avec son mari.» Car si les institutions évoluent, encore faut-il que la société suive. 

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