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Conseils, science, sante et bien-être


Ce que la surconnexion fait à notre cerveau

Publié par MaRichesse.Com sur 6 Septembre 2016, 09:35am

Catégories : #CERVEAU, #INTERNET, #SANTE-BIEN-ETRE

Ce que la surconnexion fait à notre cerveau

Notre incapacité à se concentrer avec nos écrans commence à devenir un marronnier. Mais à en croire le succès du récent article que nous avons posté « Des millions d’heures sont juste volées à la vie des gens », c’est un sentiment profondément partagé - et confirmé par plusieurs travaux de chercheurs.

Un documentaire à revoir sur Arte a rencontré plusieurs de ces chercheurs et dresse un état des lieux inquiétant de l’évolution de nos capacités d’attention.

L'avenir de nos capacités d'attention ?
L’avenir de nos capacités d’attention ? - RabunWarna / Flickr

Au travail : stress et temps perdu

Cindy Felio, de l’université Bordeaux-Montaigne, a étudié l’effet des technologies d’information et de communication sur les cadres.

Elle souligne l’intense pression éprouvée par un grand nombre de cadres, qui parlent du « burn-out » comme d’une menace familière et réelle. Ils éprouvent aussi un « sentiment de déqualification » du travail, envahi par la gestion des communications numériques :

  • en moyenne, un cadre est interrompu toutes les 6 minutes
  • 30 % de la journée d’un salarié se passe à gérer des mails
  • 1 cadre sur 2 ne s’autorise pas à déconnecter

Si les cadres sont particulièrement affectés par cette surconnexion, toutes les catégories de métier sont touchées.

Diminution du temps moyen de concentration

C’est ce qu’affirme la chercheuse américaine Gloria Mark, qui étudie depuis longtemps les interactions entre les hommes et les machines, et notamment la façon dont l’attention humaine est affectée par nos technologies. Dans toutes ses études, elle a observé deux tendances :

  • une diminution de la durée moyenne de concentration ininterrompue sur une tâche :

3 minutes en 2004 contre 1 minute et 15 secondes en 2012, et 45 secondes environ chez des étudiants nés dans les années 1980 et 1990 (aussi appelés « millenials », la première génération à avoir grandi avec les nouvelles technologies).

  • le lien entre l’augmentation du nombre des emails et la baisse de la productivité 

et ce quel que soit le poste : manager ou agent, chercheur ou ingénieur.

Surcharge cognitive

Face à l’augmentation sans précédent du volume et de la vitesse de l’information, nous sommes en situation de « surcharge cognitive. »

Comme le dit le médecin militaire Stéphane Buffat, qui travaille avec des pilotes de l’air, la multiplication des écrans et des sollicitations a alourdi la « charge mentale » qui pèse sur nous.

La « charge mentale » peut se définir comme l’ensemble des opérations mentales qu’effectue un travailleur. Le concept, large, englobe autant les efforts de concentration, d’adaptation, d’attention... que les pressions psychologiques découlant des impératifs de rapidité, de qualité ou encore des relations avec la hiérarchie.

Les emails, les appels, les textos, les notifications et toutes les sollicitations et demandes qu’elles charrient ont fait exploser notre « charge mentale », au travail comme dans la vie privée.

Et notre concentration en pâtit.

Les piètres performances du multitaskeur

Les chercheurs ont aussi démontré l’invalidité d’un autre mythe : celui du multitasking, le fait de faire plusieurs choses à la fois.

Plusieurs études le montrent : lorsqu’on fait plusieurs choses à la fois (écrire et répondre au téléphone, participer à une réunion en lisant des textos etc), on obtient de plus mauvais résultats dans les deux activités.

Et c’est d’autant plus vrai que ces activités sont proches, comme l’explique la chercheuse en neuroscience Aurélie Bidet-Caulet. Ainsi, il est très difficile de répondre au téléphone et d’écrire en même temps, car ces deux activités sollicitent le réseau du langage.

« Le réseau va alors saturer et l’une des activités va forcément en pâtir. »

Le réseau neuronal par défaut

Par ailleurs, cette sollicitation permanente pourrait aussi à terme endommager la mémoire. Francis Eustache, chercheur en neuro-psychologie, décrit l’existence d’un réseau neuronal particulier, qui s’active précisément lorsque nous ne sommes pas surstimulés.

« Le réseau par défaut s’active quand le cerveau est au repos – ce qui ne correspond pas pour autant à être endormi ou somnolent. C’est une forme d’attention diffuse : s’il y a danger, on réagira tout de suite »

Ce réseau par défaut joue un rôle fondamental dans la construction et la consolidation de la mémoire.

« Le travail de synthèse de la mémoire, c’est aussi savoir se ménager des moments à soi qui permettent à notre cerveau de synthétiser, de réfléchir, de ne pas être simplement à la merci des stimulations externes. »

Pas une addiction mais une question sociale

On ne peut pas parler d’addiction car il n’y a pas de dommages physiques ou psychologiques graves. L’effet des technologies sur nos cerveaux et nos capacités d’attention, de stress, de présence au monde et de fatigue est cependant bien réel.

Mais si les neurosciences permettent de les mettre en lumière, ce n’est pas d’elles que viendront les solutions. Comme le dit la jeune chercheuse Cindy Felio :

« Est-ce une problématique sociale ? Familiale ? Quoi qu’il en soit, il faut ouvrir un espace de discussion sur ces sujets-là. »

Ce documentaire est à revoir sur Arte jusqu’au 10 septembre, 22 heures. 

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