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« C’est quoi, Alep ? » : aux Etats-Unis, le candidat libertarien creuse encore

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Septembre 2016, 05:19am

Catégories : #POLITIQUE, #INSOLITE, #ETATS-UNIS

« C’est quoi, Alep ? » : aux Etats-Unis, le candidat libertarien creuse encore

Gary Johnson, l’ancien gouverneur républicain du Nouveau-Mexique et candidat à la présidence pour le Parti libertarien, n’a aucune chance de gagner le scrutin. Les intentions de vote en sa faveur oscillent entre 8 % et 13 %, selon les différents sondages. Il lui en faudrait 15 % pour prétendre participer aux débats entre candidats, dont le premier se tiendra à la fin du mois.

Il fait quand même partie du jeu politique. Il était l’invité de l’émission matinale de la chaîne MSNBC, jeudi 8 septembre, où il a offert aux téléspectateurs une scène irréelle.

Voici la traduction de son échange avec un invité régulier de l’émission, le journaliste politique Mike Barnicle.

« – Que feriez-vous, si vous étiez élu, au sujet d’Alep ?

– Au sujet de… ?

– Alep.

– Et c’est quoi, Alep ?

– Vous plaisantez ?

– Non.

– Alep est une ville de Syrie. C’est l’épicentre de la crise des réfugiés.

– Ah, d’accord, d’accord. »

M. Johnson a ensuite tant bien que mal développé son point de vue sur la crise syrienne : pour lui, la meilleure solution serait de s’allier avec la Russie. Un autre journaliste lui demande alors s’il pense qu’un candidat à l’élection présidentielle peut se permettre d’ignorer où se trouve Alep, et pourquoi cette ville est importante dans les questions internationales aujourd’hui. « Je comprends Alep », répond le candidat non interventionniste et expert en esquive.

« Mais quand on s’implique militairement dans ces questions humanitaires on finit avec une situation qui n’est pas meilleure, et souvent même pire. »

Lire le portrait :   Gary Johnson, l’autre candidat qui embarrasse Trump

Le « Titanic » de l’interview en direct

A première vue, on pourrait penser qu’il s’agit d’une provocation de la part d’un candidat qui prêche l’isolationnisme et ne veut donc pas placer la Syrie au cœur du débat. « C’est quoi, Alep ? » serait donc une manière de dire « ça n’intéresse pas les électeurs ». Mais le regard perdu de M. Johnson semble dire autre chose. Il ne semble vraiment pas savoir ce qu’est Alep.

« Il est possible qu’il ait simplement eu un trou en entendant ce mot, qu’il n’ait pas fait la transition dans sa tête suffisamment vite », commente le Washington Post.Et c’est déjà arrivé. Un journaliste du New Yorker qui consacrait en juillet un long portrait à Gary Johnson a raconté que la situation s’était déjà présentée au sujet de l’abolitionniste et ancienne esclave Harriet Tubman. A la fin d’un meeting, M. Johnson a demandé « qui est Harriet Tubman ? », avant de se souvenir quelques instants après qu’elle devait bientôt figurer sur les billets de 20 dollars.

Mais la théorie du trou de mémoire semble un peu indulgente. « C’est une façon – très généreuse – de lire cette séquence », juge le Washington Post, qui considère que tout candidat à la fonction politique suprême aux Etats-Unis devrait savoir, d’une part, qu’Alep est une ville, mais aussi où elle se trouve.

« La langue anglaise manque de mots pour décrire quelque chose qui allait déjà vraiment mal et qui, en quelque sorte, devient d’un coup bien pire. C’est comme si le “Titanic” avait explosé après avoir commencé à couler ».

Après l’émission, Gary Johnson a été interpellé à sa sortie du bâtiment de la chaîne par le journaliste Mark Halperin. Le candidat a précisé qu’il était mécontent de sa prestation, et qu’il reconnaissait avoir besoin de devenir « plus malin » sur certains sujets. « Personne ne me prend plus au sérieux que moi-même. Je me sens mal. » Il a ensuite précisé dans un communiqué :

« J’ai pensé à un acronyme. J’ai eu un trou de mémoire. Ça arrive, et ça arrivera encore au cours de cette campagne. Devrais-je connaître toutes les villes en Syrie ? Non. Devrais-je avoir identifié Alep ? Oui. Est-ce que je comprends la différence ? Oui. »

 

En ligne, les blagues, les jeux de mots plus ou moins rigolos et les tweets scandalisés – sur le niveau de la campagne et sur la vie politique en général – sont vite apparus, regroupés sous le hashtag #whatsaleppo. L’équipe de campagne de Gary Johnson a essayé de minimiser les dégâts. « C’était un hoquet », a commenté son porte-parole, cité par PoliticoCertains ne se sont pas privés de faire le rapprochement avec l’une des marottes de Gary Johnson, la légalisation de la marijuana, dont il assume être un consommateur régulier et assumé.

L’arroseur arrosé

Tout le monde ou presque est tombé sur Gary Johnson, mais certains s’y sont mieux pris que d’autres. Le New York Times a voulu le corriger, et c’est là que le drame s’est noué. Alep est en fait le théâtre d’événements complexes et fluctuants depuis le début de la guerre, il y a plus de cinq ans. On dit donc vite des bêtises :« Alep est de facto la capitale de l’Etat Islamique », écrit d’abord le New York Times dans un article qui se moque quand même beaucoup de la faute du candidat. Manque de chance, la capitale « de facto » de l’Etat Islamique en Syrie est Raqqa.

Moqué par les lecteurs, le journal s’est empressé de publier un erratum.

 

not just gary johnson who is deeply confused about Aleppo

 
 

Puis ils ont ensuite publié le très rare « erratum de l’erratum », car ils avaient écrit, dans leur correction, qu’Alep était « la capitale de la Syrie » en lieu et place de Damas. Vraiment, pas de chance.

 

A la question « c’est quoi, Alep ? », voici quelques éléments de réponse factuels :

  • Alep est la deuxième ville de Syrie, dans le nord du pays, où vivent toujours 1 million de civils.
  • Une partie de la ville est tenue par les rebelles depuis 2012. La ville est divisée en deux depuis cette date.
  • Cette « zone rebelle » située dans l’est est encerclée par l’armée syrienne depuis octobre 2015, appuyée au sol par des forces iraniennes et des miliciens chiites étrangers, et dans les airs par l’aviation russe. Plus de 300 000 civils vivent dans ces quartiers.
  • La violence des combats s’intensifie depuis la fin du mois de juillet, les rebelles cherchant à percer le siège, rétabli depuis peu par l’armée loyaliste.
  • La situation humanitaire y est catastrophique. La situation de siège empêche l’acheminement de nourriture et de soins pour les civils. L’aviation russe détruit les hôpitaux et pilonne systématiquement toutes les infrastructures civiles dans les quartiers rebelles. Selon l’opposition, des barils de chlore ont été largués sur le quartier de Sokari, le 6 septembre.
  • Les négociations internationales pour une trêve en Syrie sont dans l’impasse.Elles doivent reprendre, notamment entre les Etats-Unis et la Russie, les 8 et 9 septembre. Dans l’urgence, des cessez-le-feu sont réclamés pour pouvoiracheminer l’aide humanitaire et évacuer les habitants.

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