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Bordeaux est-elle vraiment l'eldorado des cadres ?

Publié par MaRichesse.Com sur 12 Septembre 2016, 07:15am

Catégories : #TRAVAIL, #FRANCE

Bordeaux est-elle vraiment l'eldorado des cadres ?

Selon la dernière enquête de Cadremploi.fr, 80 % des cadres parisiens sont prêts à déménager dans les prochaines années pour trouver un autre cadre de vie en région. Pas moins de 56 % des 3.689 sondés choisissent Bordeaux comme destination professionnelle préférée. Un plébiscite, et une nouvelle médaille d'or qui vient se rajouter à la longue liste de breloques accumulées par la préfecture de la Gironde. Ces derniers mois, les sondages placent systématiquement Bordeaux en tête des métropoles françaises les plus attractives. Alors, tendance durable ou "hype" temporaire poussée en avant par les sphères médiatiques et politiques ?

"J'exerce depuis 14 ans et je constate que Bordeaux a toujours beaucoup attiré", note Tony Lourenço, dirigeant bordelais du cabinet de recrutement Territoires RH. "En revanche le marketing et la communication autour n'étaient pas aussi présents."

Des propos confirmés par Danielle Sancier, déléguée Nouvelle-Aquitaine de l'Apec, l'association spécialisée dans l'emploi des cadres :

"Ce phénomène n'est pas nouveau et dure depuis plusieurs années, certifie-t-elle. Il est justement intéressant de constater que la population des cadres croît régulièrement à Bordeaux et plus rapidement qu'au plan national, + 1,9 % annuellement contre + 0,9 %. Il y a certainement un effet lié à la communication autour de ces sondages mais aussi le bouche-à-oreille qu'il ne faut pas sous-estimer. Bordeaux est désormais réputée pour son dynamisme et sa qualité de vie."

Deux fois plus vite

La part des cadres atteignait 26 % de la population active à Bordeaux en 2013, contre 25 % à Nantes et 28 % à Toulouse, deux villes également situées sur la façade atlantique. Mais la dynamique bordelaise est intéressante. "Sur les cinq dernières années, le nombre de cadres à Bordeaux augmente deux fois plus vite que dans d'autres métropoles françaises", souligne le directeur territorial de Pôle Emploi Gironde, Benoît Meyer.

Danielle Sancier estime que "la région ne s'est pas si mal sortie de la grosse période de crise", notamment en raison de son économie diversifiée. Capitale de la région Nouvelle-Aquitaine formée en début d'année, Bordeaux concentre pas moins de 50 % des cadres de ce nouvel ensemble. Le sondage réalisé par l'Apec fin 2015 auprès d'un petit millier d'entreprises prévoyait autour de 4.000 recrutements externes de cadres dans la métropole bordelaise en 2016. "La bonne nouvelle est que le tissu local crée de l'emploi cadre, poursuit Danielle Sancier. Sur cette prévision de 4.000 recrutements, on comptabilise environ 800 créations nettes de poste." Des chiffres qui ne sont pas neutres mais néanmoins "pas à la hauteur du flux migratoire", constate Danielle Sancier.

Benoît Meyer avance une autre tendance : Bordeaux est bien plus touchée par le chômage des cadres que le reste de sa métropole. A l'échelle de la métropole bordelaise, 8 % des demandeurs d'emploi inscrits à Pôle Emploi sont des cadres contre 8,2 % pour la métropole toulousaine et 9,1 % à Nantes. Mais ils sont 10,4 % à l'échelle de la ville de Bordeaux (respectivement 8 % pour Toulouse et 9,7 % pour Nantes).

L'eldorado des Parisiens ?

Comme le montre la dernière enquête de Cadremploi.fr, on entend régulièrement que Bordeaux est le nouvel eldorado des cadres parisiens. Réalité ou fiction ? Et bien les chiffres semblent prouver que cette assertion repose sur autre chose que du sable. Si 78 % des cadres qui trouvent un emploi vivent en Gironde, la 2e source de provenance est bien Paris, devant... Toulouse puis Nantes, encore. Il est d'ailleurs intéressant de souligner que peu de cadres bordelais s'installent à Nantes ou Toulouse. La Loire-Atlantique et la Haute-Garonne attirent peu les Girondins visiblement, alors que la réciproque est vraie.

Autre point à mentionner : le cadre néo-bordelais est significativement jeune. La moyenne d'âge de ceux qui s'inscrivent à Pôle Emploi est de 40 ans, assez loin des 44 ans constatés en moyenne dans les autres métropoles bordelaises. Un chiffre qui colle bien avec l'idée d'un changement de vie à l'orée de la quarantaine. 51 % de ces nouveaux inscrits sont des hommes et 49 % des femmes, parité donc.

Pas de retour en arrière

Visiblement, l'implantation de ces nouveaux arrivants est durable même si les débuts sont peu évidents : dans la moyenne des autres métropoles, 38 % des cadres bordelais inscrits à Pôle Emploi sont au chômage depuis plus d'un mois.

"Les conditions d'installation sont souvent compliquées, estime Tony Lourenço. Certaines filières sont totalement embouteillées. Beaucoup arrivent à Bordeaux sans avoir trouvé un poste, voire deux dans le cas des couples. Et même s'ils sont ravis et jugent immédiatement la ville et le département géniaux, pour l'un des conjoints au moins cela signifie un an et demi à deux ans de recherche. L'intégration professionnelle est compliquée."

Le patron de Territoires RH est pourtant catégorique :

"Je n'ai jamais entendu parler de gens qui seraient repartis à Paris par exemple. Quand on fait l'effort de tout plaquer pour s'installer ailleurs, on ne repart pas.Dès que les nouveaux arrivants ont trouvé leur logement, ils ne bougent plus. Au pire, l'un des conjoints travaille en semaine à Paris et revient chaque week-end à Bordeaux."

A l'Apec comme à Pôle Emploi, on observe deux tendances de fond : lorsqu'un conjoint cadre lui aussi peine à trouver un emploi, il finit par créer sa propre structure, le plus souvent de conseil ou de formation. "Sans forcément avoir fait une étude de marché sérieuse et mesuré que ces secteurs sont saturés", glisse Benoît Meyer. "Nous constatons effectivement une évolution des formes d'emploi, avec des cadres qui recherchent un CDI et qui finissent par créer leur activité sous une autre forme", ajoute Danielle Sancier.

Reste à savoir si la ligne à grande vitesse (LGV) qui mettra Bordeaux à deux heures de Paris en juillet prochain est susceptible de changer la donne. Le premier impact direct attendu est l'arrivée de nouvelles entreprises, et notamment des sièges de filiales de grands groupes, dans le centre de la métropole. Au-delà, "la LGV risque de changer la façon dont les cadres vont gérer leur localisation, estime Danielle Sancier. On peut penser que certains envisagent d'habiter quelque part et de travailler ailleurs." Sans imaginer des allers-retours Bordeaux - Montparnasse chaque jour, il est effectivement imaginable que des cadres aillent chercher un job à Angoulême ou Poitiers par exemple, qui sera desservie, tout en continuant à vivre dans la métropole. "Plus la mobilité sera aisée et plus les cadres bordelais pourront se tourner vers des marchés moins compliqués", résume Benoît Meyer. Rendez-vous dans quelques années pour vérifier si ces perspectives se confirment. 

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