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Barroso chez Goldman Sachs : Juncker demande des "clarifications", et après ?

Publié par MaRichesse.Com sur 13 Septembre 2016, 03:50am

Catégories : #POLITIQUE, #EUROPE

Barroso chez Goldman Sachs : Juncker demande des "clarifications", et après ?

Il lui aura fallu deux mois pour qu'il se décide à agir. Jean-Claude Juncker a saisi lundi le comité d'éthique européen pour juger du comportement de son prédécesseur, le Portugais José Manuel Barroso, employé en juillet par Goldman Sachs comme consultant sur le Brexit. Le Luxembourgeois demande des « clarifications » sur son nouveau rôle dans la banque d'affaires américaine, dans une lettre au gendarme européen de l'éthique, l'ombudsman européen. Mardi, François Hollande a dit soutenir « pleinement » cette initiative.

Juncker ne s'arrête pas là. Il dit avoir informé son personnel afin que l'ancien président de la Commission soit traité « comme un simple représentant d'intérêt ». C'est donc la fin des honneurs envers celui qui a tenu les rênes de la Commission européenne pendant dix ans, de 2004 à 2014, et celles de son pays entre 2002 et 2004. À l'entrée du bâtiment de la Commission, Barroso devra s'enregistrer et conserver les notes de toutes les conversations tenues avec ceux qu'ils rencontrent, comme tout lobbyiste à Bruxelles. Un premier pas vers de possibles sanctions dans une polémique qui n'a cessé de rebondir en France et dans le monde anglo-saxon depuis le 8 juillet. Mais Juncker ira-t-il plus loin? 

 

Laxisme

Jusque-là, l'actuel président de la Commission s'était montré réticent à réagir, se contentant d'un faible « moi, je ne le ferai pas » dans une interview à France Télévisions. Et cela, bien que son prédécesseur l'ait pris de court. Le 8 juillet, le Portugais n'a en effet daigné l'informer de son nouvel emploi qu'après la décision rendue publique. Quant à la sortie de François Hollande jugeant la prise de poste du Portugais « légalement possible mais moralement répréhensible », elle avait laissé de marbre le président de la Commission.

Une forme de laxisme qui n'est plus de mise. Les échéances politiques se font plus pressantes. Mercredi, le Luxembourgeois doit tenir un discours au Parlement européen à Strasbourg sur l'état de l'Union, censé redonner un souffle à une Union européenne à bout. Autant dire que l'affaire fait tache. Et les défenseurs de l'éthique européenne n'ont pas lâché prise. Loin s'en faut. Le 6 septembre, la lettre du gendarme européen de l'éthique, Emily O'Reilly, fait rebondir l'affaire. L'ex-journaliste irlandaise prend directement Juncker à partie sur le respect par José Manuel Barroso des règles du code de conduite des commissaires. Le comportement de Juncker est même critiqué en interne. Des employés des institutions européennes lancent une pétition contre leur ancien patron qui atteint près de 140 000 signatures.

Fini, donc, l'argumentaire selon lequel Barroso a respecté toutes les règles du code. Même si, en principe, c'est le cas. Au-delà de 18 mois après son mandat, un responsable public européen est libre de participer aux activités d'une entreprise privée et de ne pas notifier cette décision. En juillet, cela faisait 20 mois. Cette règle n'a donc pas été enfreinte par l'ex-président. C'est d'ailleurs aussi l'argumentaire de la banque Goldman Sachs. Mais alors quid de l'intégrité et de la discrétion voulues à chaque ancien commissaire, selon l'article 245 du traité sur le fonctionnement de l'Union ? 

 

L'homme qui profite du Brexit

En matière de discrétion, on fait mieux. José Manuel Barroso a rendu publique sa décision seulement deux semaines après le référendum du 23 juillet et l'annonce du Brexit. Un comportement choquant. Carl Dolan, directeur de l'ONG Transparency International, évoque une « indiscrétion évidente ». « Il est l'homme qui profite du Brexit, alors que l'événement est vécu comme un traumatisme par ses collègues », explique-t-il.

Quant à l'intégrité, elle pose question. La banque Goldman Sachs est connue pour son implication dans la crise des subprimes, directement liée à la crise financière, et pour son rôle trouble dans le maquillage des comptes publics grecs en 2001, avant de devenir l'un des principaux spéculateurs dans la crise grecque. En avril dernier, elle a dû s'acquitter d'une amende de 5 milliards de dollars pour avoir vendu, de 2005 à 2007, des produits crédits immobiliers convertis en produits financiers toxiques.

Ainsi, Barroso pourrait bien se voir ravir ses droits à la retraite d'ancien président si jamais il ne suit pas la recommandation de la Commission. C'est en tout cas ce que demandent les fonctionnaires européens pétitionnaires. Le comité d'éthique devrait se prononcer « dès que possible », c'est-à-dire dès réception du détail du contrat avec Goldman Sachs. Et la Commission sera le dernier et seul juge.

En attendant, le principal intéressé reste emmuré dans le silence, laissant le soin à son nouvel employeur de le défendre. Contactée par Le Point, la banque d'affaires assure en effet que son employé et elle-même « ont adhéré à toutes les règles légales applicables ». Et d'ajouter que la réaction de ses clients à l'arrivée de l'ex-président a été « très encourageante ». 

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