Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Au Gabon, «recompter les voix ne va servir à rien»

Publié par MaRichesse.Com sur 2 Septembre 2016, 09:30am

Catégories : #AFRIQUE, #POLITIQUE

Au Gabon, «recompter les voix ne va servir à rien»

Pour Cyril Musila, chercheur associé à l'IFRI et spécialiste de l'Afrique centrale, la communauté internationale aurait dû anticiper l'élection gabonaise bien en amont afin d'éviter les irrégularités et les affrontements.

LE FIGARO. - Au regard de la campagne de 2009, déjà entachée d'irrégularités, pouvait-on prévoir le dénouement de cette élection?

Cyril MUSILA - Oui, car en général, en Afrique centrale, un gouvernement qui est en place gagne les élections. Pour la simple raison que c'est lui qui les organise. Il n'y a guère que le Bénin et le Sénégal qui échappent à cette règle. Il y a beaucoup de moyens de tricher, par exemple, au niveau de la constitution du fichier électoral: à qui donne-t-on des cartes de vote, à qui n'en donne-t-on pas? Il y a eu des aberrations dans cette élection gabonnaise. J'ai pu consulter une étude très sérieuse qui montrait, par exemple, que dans un village de 65 habitants, il y avait 65 votants, c'est-à-dire que les enfants étaient comptabilisés comme électeurs. Il est également possible de tricher au moment du dépouillement des voix, ou encore du recensement des résultats bureau par bureau. C'est un mal dont souffre l'Afrique centrale. C'est aujourd'hui le cas au Gabon, ce le sera malheureusement, si rien n'est fait, dans quelques mois, en République démocratique du Congo.

Si l'élection est a été truquée, pourquoi un résultat aussi serré (5600 voix d'écart)?

Jean Ping aurait dû gagner cette élection. Le gouvernement sait que la population attend le changement. Une famille ne peut régner ainsi sur un pays pendant plus de 50 ans. Il y a donc eu un semblant de transparence au début, avec des résultats donnant Ping en tête. Mais personne au gouvernement n'a pu se résoudre à la défaite. Il s'en est donc suivie une attente de 48 heures pour avoir les derniers résultats dans le fief du président Ali Bongo, qui l'ont finalement donné vainqueur à 95% des voix, avec une participation de 99,93%. En 2009, déjà, ces résultats étaient arrivés en dernier avec le même type de manipulation.

Il y a eu des émeutes et sans doute plusieurs morts pendant la nuit. Faut-il craindre que la situation ne dégénère?

Le Gabon a la chance d'être le seul pays à ne pas avoir connu de guerre civile ni de troubles de ce genre. Il n'y a pas de tradition de groupes armés. Le seul qui le soit, c'est le gouvernement. Il faudrait qu'un État voisin, venu soutenir le candidat perdant, intervienne pour qu'un conflit armé n'éclate. Mais je crois que Jean Ping ne veut pas entrer dans l'histoire du Gabon ainsi. Les Gabonais ont vu de nombreux exemples de guerre autour d'eux: ils savent que ce n'est pas la bonne voie à suivre. Pour autant, recompter les résultats des bureaux de vote ne va servir à rien: si l'on découvre par que c'est Ping qui a gagné, que va-t-on faire de Bongo? Dans tous les cas, il risque d'y avoir une période d'instabilité plus ou moins longue. Selon moi, Ali Bongo a les clés de la crise. Il doit faire un geste envers ses opposants.

La France, qui a longtemps été proche du Gabon, peut-elle intervenir pour stabiliser la situation?

La France et la communauté internationale ont attendu que la crise éclate pour essayer de commencer à la résoudre. Comme je l'ai dit, on savait que cela devait arriver. On aurait dû anticiper! Si la France intervient maintenant, pour quelque camp que ce soit, on va dire que c'est le retour de la Françafrique. Que l'on intervient pour préserver le pouvoir en place ou au contraire le faire changer de camp. Il ne faut pas venir seulement quand cela commence à tirer et, à chaque fois, passer à côté de l'histoire. Il faudrait que les observateurs viennent bien en amont pour préparer une élection honnête et qu'ils aident et surveillent la confection du fichier électoral. 

 Source

Commenter cet article

Archives