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A Fréjus, le Front national s'approprie la «France libre»

Publié par MaRichesse.Com sur 18 Septembre 2016, 17:39pm

Catégories : #POLITIQUE, #FRANCE

A Fréjus, le Front national s'approprie la «France libre»

Ce n'est pas encore le slogan présidentiel officiel de Marine Le Pen pour la présidentielle de mai 2017. Mais à l'évidence, la candidate déclarée du Front national a décidé avec audace, et malgré les origines historiques de son parti - issu de la lutte contre l'indépendance de l'Algérie combattue à l'époque par son père Jean-Marie - d'en faire son thème de campagne.

«La France Libre», ce terme indissociable de la résistance gaulliste durant la Seconde Guerre mondiale, s'est retrouvé dimanche au coeur de son discours lors des Estivales du FN à Fréjus. Avec ce qu'il faut d'allusions aux «témoins de l'ombre» et autres «héros anonymes» de sa formation qui, selon elle, ont défendu cette «France qui n'est pas à vendre». Le Général de Gaulle et son ministre de la Culture André Malraux sont même cités et applaudis, tandis que les drapeaux bleu-blanc-rouge flottent sur la salle pleine à craquer. Une OPA politique en règle, à l'image des deux visages que le FN conjugue désormais pour ratisser le plus large possible. D'un côté, une formation toujours aussi nationaliste et xénophobe, illustrée par le slogan «On est chez nous !» ressassé à l'envi par les milliers de sympathisants présents, et par le rejet de «la religion immigrationiste, cette insulte». De l'autre, une formation en mode séduction, dont le discours économique commence à prendre un tournant plus libéral, moins étatiste et moins anti-euro, tout en dénonçant «l'inacceptable ingérence de l'Union européenne».

Dans les travées de l'espace nautique de Fréjus ? Des militants et des électeurs convaincus qu’ils devront se battre contre «l'establishment» et contre la probabilité d'un «Front républicain» au second tour des prochaines présidentielles françaises. «Ils nous ont fait le coup lors des élections régionales de décembre dernier. Ils vont le refaire l'an prochain pour les présidentielles» rumine Anne Kessler, avocate, candidate du Front national à Cannes, élue fin 2016 conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte-d'Azur avec 41 autres collègues frontistes.

 

 
 

Ambiance à l'américaine. Photos des principaux leaders frontistes en vente à 10 euros l'unité. Stands pour chacune des régions de France où le parti d'extrême-droite est fortement représenté. Mais toujours le même problème: aucune victoire décisive à brandir. En décembre 2015, le retrait de la gauche dans les régions Nord-Pas-de-Calais-Picardie (aujourd'hui rebaptisée «Hauts de France») et Provence-Alpes-Côte d'Azur a empêché ses candidats de l'emporter au second tour. Le «plafond de verre» qui continue de séparer le FN du pouvoir exécutif n'a pas encore cédé. 

 

Rassembler pour rassurer, la nouvelle stratégie du FN

Ils veulent pourtant y croire. Et le changement d'ambiance, d'une année sur l'autre, montre que la confiance règne dans les rangs des sympathisants du Front national. Au Congrès de Lyon, en novembre 2014, Marine Le Pen avait dû batailler pour s'imposer face à son père Jean-Marie, fondateur du parti, aujourd'hui exclu et complètement absent des débats malgré de beaux restes de popularité. L'an dernier à Marseille, les universités d'été du FN étaient encore centrées sur la contestation des partis de gouvernement, de droite comme de gauche. Virage en épingle cette année à Fréjus.

 

 

Sur les affiches, la présidente du Front national figure au dessus d'un slogan étonnant pour ce parti de droite dure connu pour ses thèses xénophobes: «La France apaisée». Marine Le Pen n'a toutefois pas fait d'allusion, cette fois sur la «compatibilité» de l'Islam avec la République comme elle l'a dit récemment. La confrontation qu'elle s'efforce de gommer devant les caméras était de retour dans son discours prononcé «Au nom du peuple». Mais le rassemblement reste le mot d'ordre. Cap sur le second tour de la présidentielle que lui promettent les sondages. Alain, 43 ans, est pâtissier dans le Vaucluse, le département de Marion Maréchal Le Pen, benjamine de l'Assemblée nationale et nièce de Marine: «L'objectif, c'est que plus personne n'ait honte de voter FN, nous explique-t-il. Moi-même, je votais auparavant socialiste. Et je n'ai pas encore complètement décidé pour 2017. C'est des gens comme moi que Marine doit convaincre pour l'emporter». 

 

«Ne jamais oublier que l'Etat concentre la plupart des pouvoirs en France»

Fréjus est à l'image de ce Front national sûr de lui, peut-être trop d'ailleurs. La ville portuaire du Var, jadis dirigée par le libéral François Léotard dans les années 80, porte désormais la marque du FN rajeuni incarné par son maire, David Rachline, plus jeune sénateur de France, adoubé ce samedi comme directeur de la campagne présidentielle de «Marine». L'homme a été, dans le passé, proche du gourou extrémiste de la fachosphère française Alain Soral. Son action est toutefois moins caricaturale que son itinéraire personnel. Les effectifs de la police municipale de Fréjus ont été accrus. L'accent y est mis sur l'ordre, sur les associations sportives, sur la communication touristique. L'attribution des logements sociaux est passée au peigne fin pour favoriser les familles françaises. Un arrêté municipal anti-burkini a été pris en août, puis invalidé par le Conseil d'Etat. Bref, une posture de municipalité identitaire, où le mot patriote revient dans presque tous les discours et les projets. Des changements largement cosmétiques: «Il ne faut jamais oublier que l'Etat concentre la plupart des pouvoirs en France, explique la cannoise Anne Kessler. Il faut savoir aussi qu'au sein du Conseil régional, l'administration dicte la plupart des textes soumis au vote. Nous ne sommes qu'au début de notre processus de conquête du pouvoir réel».

 

 
 

La Suisse citée en exemple

Seule différence, et de taille: le FN peut maintenant, grâce aux leçons apprises dans la dizaine de mairies qu'il contrôle, parler d'expérience. Ce dimanche matin, le maire de Hénin-Beaumont (Nord) Steeve Briois - cheville ouvrière du collectif des maires opposés à l'accueil de migrants - a détaillé, une par une, les failles entre l'Etat et les municipalités dans la lutte contre le terrorisme. Sur les entreprises, le discours a aussi changé. Oublié les diatribes anti-euro de Jean-Marie Le Pen, qui faisaient peur aux entrepreneurs. L'heure est au pragmatisme économique. La Suisse est citée plusieurs fois en exemple pour l'apprentissage. Même l'Allemagne, que Marine Le Pen voue souvent aux gémonies, est désormais économiquement saluée. L'évocation des multinationales françaises cotées en bourse ne provoque plus de huées. «Le milieu des affaires français doit comprendre que le Front national fait partie de ses amis» lance Bernard Monnot, député européen et responsable des questions économiques.

Les sympathisants du Front national, toujours prêts à rugir contre les immigrés, sont priés de se conformer au discours sur la «France apaisée». Et à Fréjus, cela a plutôt bien marché. Le parti a serré les rangs et, entre deux «Marseillaises» chantées à plein poumons, ses cadres se sont montrés souriants, rassurants. Pour ce parti anti-système habitué à surfer sur la colère populaire tricolore, la conquête du pouvoir, tous le savent, sera seulement possible si la volonté de rupture s'avère convaincante sans faire peur.

D'où l'OPA frontiste éhontée sur la «France libre» et son héritage, pierre jetée avec cynisme dans le jardin des primaires de la droite et du centre pour lesquelles Nicolas Sarkozy, Alain Juppé ou François Fillon se disputent l'héritage gaulliste.

D'où, pour un parti longtemps fréquenté par d'anciens collaborateurs durant la guerre, l'éloge tardive et cynique de la Résistance.

D'où le souci de séduire plutôt que d'éructer.


Commentaire politique: Pour le FN, l'adversaire est à droite

Marine Le Pen a choisi ce dimanche son adversaire. Persuadée qu'elle se qualifiera pour le second tour de la présidentielle française le 7 mai 2017, la présidente du Front national estime qu'elle se retrouvera alors opposée au candidat issu de la primaire et du centre. Le duel se jouera donc à droite, résolument. Avec en arrière plan, l'héritage du gaullisme, toujours revendiqué - mais très différemment interprété - par les quatre favoris du scrutin: Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire. 

Son choix tactique est dès lors celui de l'offensive. Puisque De Gaulle s'invitera à coup sûr, la patronne du premier parti de France a décidé de tirer ce dimanche de tirer la première en se drapant, non sans cynisme, dans «La France libre». Dans un étonnant chassé-croisé, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy se retrouvent dès lors tous les deux à chasser sur les terres électorales de l'autre. Elle, en faisant fi des racines de son mouvement enraciné par son père dans la lutte pour l'Algérie française et longtemps embrumé par les nuages de la collaboration sous Vichy. Lui, en se faisant le chantre de mesures radicales contre les islamistes, comme l'emprisonnement préventif de toutes les personnes fichées pour radicalisation...

Habile dans le cas d'un tel duel au second tour, cette stratégie risque en revanche de s'avérer beaucoup plus difficile à tenir si son adversaire devait être, le 7 mai, Alain Juppé ou le candidat issu de la gauche...par exemple François Hollande. Le premier, parce qu'il se situe en droite ligne d'un gaullisme historique, incarné par celui qui lui céda la mairie de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas. Le second, parce qu'il peut compter sur l'appui de toute l'intelligentsia de gauche pour rappeler les sombres collusions passées de Jean Marie Le Pen, avec lequel sa petite-fille Marion Maréchal affiche une bien plus grande connivence que Marine.

«La France libre» est, de la part d'une Marine Le Pen contrainte de tout faire pour briser le plafond de verre électoral du second tour, une OPA politique audacieuse. Mais comme toutes les OPA, elle peut aussi se retourner avec fracas, le jour venu, contre son émettrice. (R. W.) 

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