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Conseils, science, sante et bien-être


Trop de robots, trop d’écrans : où sont passés les casseurs de machines ?

Publié par MaRichesse.Com sur 29 Août 2016, 09:55am

Catégories : #TECHNOLOGIE, #INTERNET

Trop de robots, trop d’écrans : où sont passés les casseurs de machines ?

C’était il y a quelques mois. En sortant du film « Ex Machina », dans lequel un robot humanoïde (attention spoiler) met une raclée à deux humains, Pierre Haski a énoncé cette question profonde, les yeux dans le vague :

« Je me demande quand émergera un vrai mouvement néo-luddite. »

Le luddisme. Un mot un peu sale, longtemps oublié, qui a ressurgi en 2006, avec la publication simultanée de trois livres sur le sujet. Trois livres inspirés de ce Ned Ludd, chef légendaire des artisans du textile qui, en Angleterre, au début du XIX e siècle, protestaient contre la mécanisation de leur métier en cassant les machines.

Associé à une peur irrationnelle des technologies ou au dernier soupir des perdants de l’histoire, le terme a été utilisé ces derniers mois pour qualifier la lutte des taxis contre l’application Uber.

François Jarrige est historien à l’université de Bourgogne. Son livre – « Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences » – ressort en poche ces jours-ci à La Découverte. Nous avons profité de son passage à Paris pour lui demander où sont, aujourd’hui, les casseurs de machines.

François Jarrige, à Paris, le 10 mars 2016
François Jarrige, à Paris, le 10 mars 2016 - Audrey Cerdan/Rue89

Rue89 : Comme pour les ouvriers luddites de 1811, notre monde est transformé par les machines. Pourquoi ne rencontrent-elles pas plus de résistances ?

François Jarrige : Personne n’aime se faire traiter de « réactionnaire » et être à contre-courant de son temps. L’imaginaire du progrès par la science et la technique, l’idée qu’il y a un sens positif de l’histoire, reste très structurant.

On martèle que la technique est la réponse aux « défis qui nous attendent » – que ce soit le terrorisme, le chômage ou l’environnement. Et du fait de la complexification du monde et du règne des experts, les gens ne se sentent pas légitimes dans leurs critiques, contrairement aux ouvriers du XIXe .

Mais cette angoisse face au déluge numérique est bien présente  ?

Je ne sais pas ce que pensent les gens, mais il y a des indices. Beaucoup ressentent un décalage entre la logorrhée de l’innovation permanente et le sentiment de vacuité que distillent ces gadgets.

Prenez l’enthousiasme délirant du gouvernement sur le numérique et l’enseignement. L’université dans laquelle je travaille est numérisée à vitesse grand V au nom de « l’innovation pédagogique », au nom des étudiants qui seraient tous désormais des « natifs du numérique ». Mais seule une petite minorité d’entre eux considère que l’université devrait être dématérialisée. Beaucoup veulent juste avoir affaire à des profs de chair et d’os.

Nous ne faisons que grommeler chacun dans notre coin  ?

Il y a tout de même des mouvements sociaux qui s’opposent aux trajectoires du gigantisme technologique et au déferlement actuel. Je pense à Notre-Dame-des-Landes. On peut aussi penser au mouvement de la décroissance et de la simplicité volontaire, aux Amap, à une multitude d’expérimentations par en bas, à la remise au goût du jour d’auteurs comme Jacques Ellul, à des initiatives comme l’Atelier paysan, qui tente de développer des machines agricoles non productivistes...

Plein de gens essayent de bricoler. Je lisais ce matin un article sur le téléphone équitable. Le fabricant tente d’améliorer les conditions de travail des ouvriers et son empreinte écologique. C’est une autre manière de résister : essayer de développer des trajectoires alternatives.

La porte d’entrée dans la technocritique reste donc l’environnement  ?

Les enjeux environnementaux sont devenus centraux, bien sûr. Mais on peut identifier trois grands motifs de critique :

  • le discours environnemental, donc, qui voit dans le gigantisme technicien une cause de dégradation de la Terre ;
  • une critique morale et politique, fondée sur la défense de la liberté et la quête d’autonomie ;
  • et enfin une critique sociale de la machine déshumanisante et « tueuse de bras ».

En fonction des contextes, l’un de ces enjeux prend le pas sur les autres, parfois les trois aspects se réunissent.

En ce moment, la question de la surveillance et de la liberté est aussi prégnante, on le voit avec les enjeux liés aux puces RFID, au Big Data, à la loi renseignement, etc.

Et le travail  ?

C’est moins visible, c’est vrai. Ce qui est paradoxal dans une société où il y a 10% de chômeurs et où l’on parle beaucoup d’automatisation, notamment des métiers de service. Mais là aussi, on pourrait y rattacher des mouvements comme l’agroécologie. C’est une forme de mouvement technocritique au moment où le Salon de l’agriculture regorge de drones et d’outils de gestion intelligente des récoltes.

Qu’est-ce que propose l’agronome Marc Dufumier ? La dé-mécanisation de l’agriculture et sa re-densification en travail humain. C’est habile. Car s’il se contentait de pester contre l’agriculture conventionnelle, on le traiterait de « réac », de « pétainiste » prônant le retour à la terre.

Y a-t-il eu des résistances à l’informatisation dans les années 80  ?

Il y a eu des grèves. Celle des clavistes de Nice Matin en 1980 qui s’opposent au « contrôle informatique des rendements ». Celle des dactylo-codeuses de l’Insee en 1981 contre le travail sur écran et d’autres qui ont eu lieu dans les banques, les assurances, les PTT, etc.

Elles n’ont pas été soutenues par les centrales syndicales. Des études montrent aussi que beaucoup de gens manifestaient un désintérêt ordinaire pour l’ordinateur, sans s’opposer frontalement : « Qu’est ce qu’ils nous emmerdent avec leur informatique  ? »

Et puis il y a eu l’action de micro-groupes actifs, qui font de l’ordinateur un symbole. Aux Etats-Unis, Kirkpatrick Sale détruit un ordinateur en public, en 1995, et tente de réinventer la figure du luddisme. En France, un mystérieux groupe, le Comité liquidant ou détournant les ordinateurs (le Clodo), incendie des entreprises d’informatique, dans la région de Toulouse, entre 1980 et 1984.

Cela reste très marginal...

Il ne faut jamais oublier que la période précédente a été un grand moment technocritique. La critique post-68 s’est articulée à une remise en cause du productivisme et du gigantisme technologique dont le nucléaire a été le symbole. Il y a alors eu une profusion d’expériences alternatives autour des « technologies démocratiques » ou « conviviales ».

Mon hypothèse c’est que l’informatique a été un formidable bain de jouvence technologique qui a permis de dépasser les contestations. Le nucléaire est retranché derrière des murs et des militaires, contrôlé par un pouvoir centralisé. L’ordinateur apparaît comme un outil démocratique, émancipateur et écologique. En 1977, Jacques Ellul, grand critique de la technique, se dit  : « Peut-être que je me suis planté et l’ordinateur va permettre de façonner un monde meilleur. » Il en reviendra par la suite, lorsque l’informatique sera de plus en plus reprise en main par des multinationales prédatrices.

On peut ainsi suivre le parcours de figures comme Stewart Brand, de la contre-culture à la cyberculture. Et cette croyance dans les bienfaits du numérique est encore très présente, même s’il y a eu quelques fissures dans les années 2000 autour des OGM.

Confrontés à cet optimisme, certains rappellent que les ordinateurs, les téléphones, sont des objets fabriqués dans les pires conditions d’exploitation...

Si le coût d’achat d’un ordinateur ou d’un téléphone a pu diminuer si vite, c’est parce que leur fabrication et leur diffusion sont contrôlées par quelques multinationales qui profitent de la mondialisation. Ainsi, la baisse très rapide du prix doit être rattachée à des formes d’organisations économiques, à des rapports sociaux inégalitaires, à la surexploitation de matières premières limitées.

La question fondamentale est donc  : l’ordinateur peut-il exister sans toute l’infrastructure socio-industrielle qui rend possible son fonctionnement  ? Je suis un peu bas du front mais je n’arrive pas à voir comment. On peut parler autant que l’on veut de la société de la connaissance, tout cela repose sur de la matière. Sur des mines. Des tuyaux. Des usines. Des data centers.

Vous ne pensez pas que l’économie circulaire permettra de dépasser cette « surexploitation des matières premières » ?

On aura toujours besoin d’extraire des matières premières. Alors on s’en remet à des scénarios de science-fiction. Je lisais l’autre jour dans le journal du CNRS le texte d’une spécialiste des métaux qui contestait l’idée que nous allions nous heurter à la finitude des ressources. Et elle défendait très sérieusement l’idée d’aller chercher des métaux dans les astéroïdes... C’est une sorte d’aveu. Les analyses de l’ingénieur Philippe Bihouix sur la raréfaction des métaux et les impasses de la trajectoire high tech contemporaine me paraissent plus réalistes.

Que vous inspire la « glamourisation » des « startupeurs » ?

Chaque époque a sa figure héroïque qui canalise l’espoir des masses. Jusqu’à la révolution industrielle, l’innovateur était globalement perçu avec méfiance, comme une menace. A partir du XVIIIe siècle, ça commence à se retourner. Le héros est l’« inventeur génial ».

« Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences » par François Jarrige, éd. La Découverte, février 2014

En France, c’est Joseph Marie Jacquard, inventeur du métier à tisser semi-automatique, qui l’incarne. Entre 1835 et 1860, des dizaines de biographies inventent son mythe. On le décrit comme ayant été « persécuté » par les Canuts, ces ouvriers de la soie. Comme les start-up sont supposées être persécutées par les réglementations tatillonnes et les corporatismes... On raconte que Jacquard a failli être jeté dans le Rhône par des ouvriers mécontents. Sauf que ce n’est pas vrai.

Dans la deuxième moitié du XIXe, c’est le « savant », qui prend le relai. C’est le moment où s’invente la science, le positivisme. Pasteur devient le bienfaiteur des masses. Mais après la Première Guerre mondiale puis avec la bombe nucléaire, ça devient plus compliqué.

On voit alors émerger la figure de « l’entrepreneur », dont Henry Ford sera l’un des symboles aux Etats-Unis. Il ne s’agit plus simplement d’inventer une machine ou de faire une découverte scientifique, mais aussi d’être capable de construire des marchés, de reconfigurer les rapports économiques, d’inventer des formes de commercialisation.

Le héros de start-up est une sorte de mixte de tout ça : il a des compétences techniques, mais c’est aussi un entrepreneur. Tous ont leur biographie officielle sur le modèle des biographies héroïques de Jacquard. Et de la même façon on y occulte certains aspects tout en insistant sur des anecdotes. On sait bien que l’informatique est née des besoins militaires, mais plein de gens sont persuadés que c’est l’œuvre du cerveau génial de gamins bricoleurs et matheux.

Comment en vient-on à accepter ces nouvelles technologies dans nos vies ?

On pense parfois que l’innovation qui est adoptée est celle qui fonctionne le mieux, qui est la plus efficace. Ça ne se passe pas comme ça. Ce qu’on appelle « innovation » est la condensation de rapports de force et de représentations culturelles. Toute innovation s’accompagne d’institutions, de discours, qui contribuent à créer du désir et des marchés.

Il a fallu un siècle pour que la machine à vapeur soit réellement adoptée. Au début, personne n’en voulait. Ça ne marchait pas, ça pétait tout le temps, ça puait. Mais les institutions vont se mettre en place pour l’acclimater. Aujourd’hui, ces outils d’acclimatation sont beaucoup plus efficaces. Entre la découverte des usages du pétrole et la généralisation des usages, il n’a fallu que cinquante ans. Ça s’est accompagné de la création de grands groupes multinationaux, de politiques publiques, de journaux, comme Pétrole-Progrès, créé en 1950 par la multinationale Esso.

Et la pénétration du téléphone portable a été fulgurante. Le portable répondait à des aspirations construites depuis des décennies, notamment la mobilité généralisée. Il arrive après l’émergence des idéologies de la communication. Alors que l’on promeut la société de la connaissance, dans laquelle la richesse serait produite par notre capacité à faire circuler l’information. Avant même son arrivée, la vie bonne est la vie connectée.

Pour les luddites, la technique est un lieu de pouvoir, qui nous modèle. Pourtant, on entend souvent que la technique est « neutre », qu’elle n’est qu’un « outil »...

En simplifiant, on peut dire que c’est le point commun entre les libéraux et les marxistes. Pour les premiers, c’est le marché qui permet d’organiser le plus rationnellement possible la production. Pour les seconds, l’outil de production peut être réglementé et sera à terme réapproprié par les travailleurs. Il est donc idiot de casser les machines.

Le socialisme et le mouvement ouvrier ont été de formidables outils historiques de domestication de l’industrialisation. Les classes populaires ont conquis des droits sociaux, ont imposé des lois pour réglementer le marché du travail, indemniser les victimes d’accidents, redistribuer les richesses. Mais cela s’est payé par une surexploitation des ressources naturelles, par l’impérialisme et le creusement des inégalités à l’échelle mondiale.

C’est ce compromis historique qui est en train de se fissurer avec la mondialisation néolibérale, la crise écologique globale, la remise en cause des Etats sociaux. Alors qu’un monde nouveau émerge, on reste dans ce schéma ancien. Une partie de la gauche parle de régulations mondiales. Elle souhaite rejouer à une autre échelle ce qui s’est passé à la fin du XIXe dans le cadre des Etats-nations. Socialiser le monde numérique en évitant, par exemple, que les « géants du Web » puissent échapper à l’impôt.

Sauf que le cadre mondial reste très incertain et ne résout pas le problème de la surconsommation de ressources. Et l’horizon d’un gouvernement technocratique européen puis mondial ne me semble pas très enthousiasmant.

On parle beaucoup du burn-out, comme si c’était un phénomène nouveau. Or cela ressemble diablement au « surmenage » décrit à la fin du XIXe...

Le capitalisme entend maîtriser le temps et de l’espace. Un temps, cela passe en Europe par le taylorisme. Les sonneries, les chronomètres, la dissection des gestes par des ingénieurs. Tout cela s’inscrit dans la chair du travailleur.

Aujourd’hui, on réinvente cette maîtrise. Par le travail « par projet », par les e-mails. C’est d’autant plus pernicieux que cette maîtrise se drape dans la rhétorique de l’autonomie. Elle apparaît comme l’antithèse du taylorisme. Et pourtant, les sociologues étudient les stratégies de contournement des cadres (ne pas répondre aux mails) comme ils le faisaient avec les ouvriers dans les usines.

Bref, on retrouve un stress. A toutes les époques, il est décrit avec les mêmes expressions, les mêmes inquiétudes. Que ce soit sur la déqualification du travail, la dépossession des anciens savoir-faire, l’accélération du monde ou le bouleversement des modes de vie.

Dès le début du XIXe, on a des textes sur la déshumanisation par la machine. Michelet écrit ainsi sur l’ouvrier, esclave de la machine.

Et puis le corps et le cerveau s’habituent...

C’est une façon de voir les choses, de dire  : « Inutile de le prendre au sérieux, regardez ces gens qui avaient peur du train  ! » On peut aussi penser que chaque génération ressent cette souffrance. Je ne vois pas en quoi le renouvellement de son expression en invaliderait l’existence.

François Jarrige, à Paris, le 10 mars 2016
François Jarrige, à Paris, le 10 mars 2016 - Audrey Cerdan/Rue89

On a l’impression que les deux attitudes de fuite sont « je me casse dans le Larzac » et « je me mets à l’ébénisterie ». On peut aussi faire l’histoire de cette attitude  ?

Au XIXe, comme aujourd’hui, l’envie d’un travail lent et d’un contact immédiat avec le monde vivant séduisent ceux qui ont le sentiment d’exercer une activité vide de sens. Les expériences de vie communautaire à l’écart de la civilisation industrielle n’ont cessé de resurgir à chaque génération.

On peut en identifier une trace dans le mouvement Arts and Crafts, en Angleterre. Artiste converti au socialisme, William Morris considère que l’industrialisation appauvrit à la fois les savoir-faire et la qualité des objets. Les désillusions face au progrès aboutissent aussi, à la fin du siècle, à l’apparition de mouvements qui prêchent le retour à la nature. L’expression la plus extrême en est le mouvement dit naturien qui s’intéresse aux « peuples sur lesquels l’abominable pieuvre civilisatrice n’a point encore déployé ses suçoirs ».

Aujourd’hui, le mouvement Arts and Crafts, c’est Matthew Crawfordet peut-être le mouvement Maker...

Je ne sais pas si Crawford est le Morris du XXIe siècle, mais ses écrits sont intéressants. Le mec avait un « job à la con » dans un think-tank et se met soudain à réparer des motos. Le bricolage est aussi un concept fascinant à observer. Qu’est-ce donc si ce n’est la création d’un marché pour répondre à cette insatisfaction, à la mise à distance du corps au travail  ?

Ceux qui construisent le discours sur le progrès technique sont convaincus qu’il faut nous émanciper du corps et de la matière. Pour eux, le travail manuel est une souffrance. Là aussi, c’est très ancien. Dans « Voyage en Icarie », en 1840, Etienne Cabet décrit une société communiste idéale, où l’ouvrier se transforme, grâce aux machines, en une pure intelligence. 

C’est aussi porté par tout un pan de l’extrême gauche. Certains parlent même de « communisme de luxe entièrement automatisé »...

Oui, c’est un vieil idéal. Et nous n’aurions plus besoin de travailler grâce au revenu inconditionnel d’existence. Chacun ferait chez soi son potager et ses activités manuelles, qui auraient disparu du travail, cantonnées dans des usines automatisées. Je ne peux pas m’empêcher de trouver cette vision très étrange...

Et l’imprimante 3D  ?

C’est vendu comme un objet miracle, alors que franchement on ne peut pas faire grand-chose de plus que des porte-clefs pour le moment. Et ça fonctionne sur cette tension entre l’utopie de l’automatisation intégrale et le désir de maîtriser les processus productifs : créer quelque chose chez soi, en artisan, mais le faire sans contact avec la matière, en le robotisant...

Comment ne pas tomber dans l’idéalisation du passé  ?

Nous serions coincés entre le monde numérique et le retour à la bougie, les OGM et la faim dans le monde, le téléphone portable et l’isolement social. C’est l’une des pirouettes rhétoriques classiques pour disqualifier les technocritiques.

L’autre élément, c’est la folklorisation du passé. La vision misérabiliste. On continue de croire que l’on est au sommet de l’évolution. L’autre jour, un économiste bien comme il faut me dit  : « On va pas revenir au XIXe, les gens mourraient à 25 ans, les rues étaient très sales. »

Sauf que l’alternative n’est pas entre le retour au passé et le futur vanté par les publicitaires. Elle est entre divers chemins possibles à emprunter dès maintenant. Et il faut comprendre le récit historique qui sous-tend la robotisation si l’on veut produire des contre-récits.

Le message de mon bouquin, c’est que les grincheux sont importants. Certes, les technocritiques ont tendance à idéaliser le passé, mais ça n’en fait pas des pétainistes. 

Bon, nous n’avons pas parlé du plus important. Comment casser les machines aujourd’hui ? On ne peut plus « saboter » en balançant un sabot dans le mécanisme...

Qu’est-ce que vous voulez casser aujourd’hui ? A partir du moment où l’appareil devient gigantesque, que voulez-vous briser ?

Des data centers, les tuyaux ? Dans une vieille chronique de Libé, un syndicaliste CFDT expose des méthodes  : « Lancer de la limaille de fer, très fine, dans les armoires des unités centrales. » Vous l’avez dit, la dématérialisation s’appuie tout de même sur des choses très physiques...

Essayez de vous approcher d’un data center, ou d’aller au fond de l’Atlantique pour couper un câble !

Il y a eu les fauchages d’OGM. Quelques personnes ont essayé de détruire des bornes biométriques dans un lycée à Gif-sur-Yvette. Pour le reste, la situation semble difficile. Même la figure du hacker, qui pourrait saboter le monde numérique avec les outils du monde numérique, est très ambivalente. Elle semble sans cesse réappropriée par les Etats et entreprises du secteur.

Comment les populations rendues superflues par le capitalisme technologique peuvent-elles se soulever ? Pièces et main d’œuvre , l’un des rares collectifs qui se revendique du luddisme, a récemment tentéde répondre à cette question. 

Pour ma part, je suis déprimé par l’ampleur des idéologies techniciennes et leur déferlement. Mais en même temps, j’observe de l’insatisfaction partout, une grande floraison d’expériences par en bas. Le surgissement de l’inattendu est toujours possible. 

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