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Save, Take Eat Easy et ChicTypes... ces start-up qui chutent

Publié par MaRichesse.Com sur 25 Août 2016, 05:43am

Catégories : #ECONOMIE, #ENTREPRISE

Save, Take Eat Easy et ChicTypes... ces start-up qui chutent

C’est l’hécatombe dans l’univers restreint des start-up à forte croissance. En l'espace de quelques semaines à peine, trois d’entre elles –Save, Take Eat Easy et ChicTypes– ont été placées en redressement judiciaire. Ces trois sociétés affichaient pourtant des croissances à faire saliver d’envie n’importe quel entrepreneur. "En une année, nous avons connu une croissance mensuelle de plus de 30%, franchi le cap du million de commandes, accru notre portfolio de restaurants partenaires de 450 à 3.200 et notre base de clients de 30.000 à 350.000, rappelle Chloé Roose, cofondatrice de la start-up Take Eat Easy (livraison de plats à vélo), dans un billet publié le jour de l’annonce de son placement en redressement judiciaire.

Scénario similaire pour Save, le spécialiste des réparations d'appareils électroniques, qui est passé de 30 à près de 400 salariés en 18 mois avec un chiffre d’affaires de 100.000 euros par jour grâce à l’ouverture de 100 corners dans cinq pays. Avec cinquante salariés, l'entreprise de personnal shopping pour hommes ChicTypes tablait quant à elle sur un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros dès 2018, contre seulement 2 millions d’euros en 2014.

Soutenues par de nombreux investisseurs de renom (360 Capital Partners, Kernel, Xavier Niel ou encore Rocket Internet, etc.), ces pépites ultra-médiatisées semblaient détenir toutes les cartes en main pour emporter la mise sur des marchés très concurrentiels. Si bien qu’érigés en "héros" des temps modernes, leurs fondateurs se sont cru pousser des ailes… jusqu’à les brûler. Ces entreprises évoluent bien sûr dans des secteurs très différents. Leurs déroutes respectives présentent toutefois de nombreuses similitudes dont on peut tirer au moins trois enseignements.

1. Un modèle de "cashburn" à double tranchant

"Dans ces domaines d’activité, toute la question est de savoir combien vous êtes prêts à mettre pour conquérir le marché. Or, pour devenir leader mondial, la rapidité de prise de marché passe par des pertes importantes", analyse Jean-David Chamboredon, président exécutif du fond d’investissement Isai (Blablacar, Hopwork…). Pour Morgann Lesné, associé chez la banque d’affaires Cambon Partners, "vous avez là le profil-type de start-up ayant adopté un modèle de 'cashburn'. Sur des marchés ultraconcurrentiels, elles n’ont d’autre choix que d’investir massivement dans le marketing, les recrutements, etc. Et perdent ainsi beaucoup d’argent pour grandir le plus rapidement possible. Certaines finissent par trouver l’équilibre, d’autres pas. Et lorsque leurs tentatives de levée de fonds échouent, tout s’arrête." Une situation d’autant plus complexe lorsque la start-up en question n’est pas dans une position de leader sur son secteur.

Ce qui fut en particulier le cas de Take Eat Easy qui, après avoir récolté 16 millions d’euros, a échoué au printemps 2016 à clôturer sa troisième levée de fonds. "En mars 2016, après avoir été rejeté par 114 fonds de capital-risque, nous avions signé un pré-contrat avec un groupe de logistique, appartenant à l'État français, pour un investissement de 30 millions d’euros. Après 3 mois de discussions intenses, leur conseil a finalement rejeté l'accord et ils ont retiré leur offre. Nous négociions avec eux en vertu d'un accord d'exclusivité, nous n’avions pas de plan B, et avions seulement quelques semaines pour trouver une alternative", détaille son cofondateur et CEO, Adrien Roose, dans un autre billet. Faute de rentabilité et de plan de sauvetage, décision est finalement prise de mettre la clé sous la porte en laissant la place libre aux Foodora et Deliveroo, qui lèvent, eux, des millions à tour de bras.

Les dirigeants de ChicTypes se sont eux aussi retrouvés dans un schéma similaire. "Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une activité comme ChicTypes implique la maîtrise d’une chaîne de valeurs extrêmement complexe: marketing, IT, logistique, stylisme, achats etc. les coûts fixes sont très importants", explique son cofondateur Etienne Morin dans uneinterview accordée à Maddyness sur son placement en redressement judiciaire, pointant l’importance de l’atteinte d’une masse critique pour assurer la pérennité de la société. "Cette masse critique c’est deux ou trois fois notre taille actuelle", ajoute-t-il évoquant l’échec des négociations de la start-up avec des industriels pour un rachat devenu désormais vital.

2. Une gestion de l’hypercroissance défaillante

"Faire de la croissance c’est comme conduire une voiture de course sur une route mouillée. On peut rapidement déraper si on ne maîtrise pas bien son véhicule. C’est périlleux", compare Jean-David Chamboredon . "Ces start-up comme tant d’autres semblent avoir été assez peu vigilantes sur la nature et le volume de leurs dépenses", pointe Morgann Lesné (Cambon Partners). "Grandir à tout prix ne sert à rien si on ne sécurise pas un minimum son entreprise!", martèle Jean-Paul Vermès, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris Ile-de-France.

L’obsession de la croissance du chiffre d’affaires au détriment de celle de la rentabilité. Un pari risqué qui, s’il s’accompagne d’une gestion peu rigoureuse, peut rapidement tourner à la catastrophe. Damien Morin, le fondateur de Save, en a fait l’amère expérience et le reconnaît lui-même. "On avait un mauvais contrôle de nos achats, la finance était approximative, notre gestion de stock était brinquebalante, les vols en corners ont pris une ampleur considérable, l’Allemagne et l’Espagne ont été un échec, nos relais de croissance n’ont pas vu le jour, et j’en passe… Vous voyez le tableau. On cramait trop d’argent, et on ne savait pas comment. L’horreur." Soutenu par ses investisseurs, l’entrepreneur travaille désormais à la restructuration de son entreprise en s’appuyant sur trois piliers: "les chiffres, les process et l’organisation".

3. La confiance vitale des investisseurs

Si Save se sortira peut-être de cette mauvaise passe, Take Eat Easy et ChicTypes n’ont pas eu (pour le moment) cette deuxième chance. En cause, la mise en retrait de leurs investisseurs historiques qui n’ont pas souhaité renouveler leur confiance. "Je crois beaucoup au timing de financement. Ces trois start-up ont clôturé des tours de table en 2015. Or, la chaîne de financement s’est considérablement refroidie en 2016. Et leur capacité à trouver de nouveaux investisseurs s’est quant à elle réduite", analyse Jean-David Chamboredon. Un constat partagé par Morgann Lesné. "Le climat d’investissement s’est radicalement durci cette année en particulier pour les entreprises qui ne sont toujours pas rentables après deux ou trois tours de table."

Outre, le tarissement de ces sources de financement, "manifestement, il y a eu dans ces cas une perte de confiance entre le management et leurs fonds. Ces entrepreneurs ont certainement vendu un plan de croissance qui n’était finalement pas au rendez-vous soit parce qu’ils consommaient trop de cash, soit parce qu’ils réalisaient moins de chiffre d’affaires que prévu. Ce qui arrive souvent. Mais lorsque la relation est bonne avec les investisseurs, ils n’hésitent en général pas à renouveler leur confiance."

Et maintenant?

Si Take Eat Easy semble avoir raccroché pour de bon, ChicTypes nourrit encore l’espoir de s’en sortir. La start-up poursuit pour l’heure ses activités et dispose jusqu’à mi-septembre pour trouver un repreneur. Save compte également bien faire encore parler d’elle en repartant plus petite mais mieux armée. "Même si ces entreprises sont en échec, elles ont crée de la richesse. Tout ça a de la valeur, souligne Morgann Lesné. Je suis surpris qu’il n’y ait pas de comportements plus opportunistes de la part d’industriels pour la capter à bon prix."

Pour ce qui est de l'avenir de ces jeunes entrepreneurs, Jean-Paul Vermès relativise. "Chaque jour des start-up disparaissent. Echec ne doit pas pour autant signifier renoncement.""C'est une épreuve douloureuse à traverser mais qui est riche en enseignements et ne signifie en rien une fin. Personnellement, pour investir, à choisir entre deux entrepreneurs, je miserais plus volontiers sur celui qui a déjà traversé un échec." Avis aux amateurs... 

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