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Quebec. Pourquoi l'agriculture n’intéresse plus les gens

Publié par MaRichesse.Com sur 7 Août 2016, 11:06am

Catégories : #CANADA, #TRAVAIL, #EMPLOI

Quebec. Pourquoi l'agriculture n’intéresse plus les gens

Les travailleurs québécois sont peu fiables, ont toujours mal quelque part et veulent trop souvent être payés «en dessous de la table», se plaignent les agriculteurs quand ils tentent de les embaucher pour l’été.

«J’ai déjà eu trois personnes dans la même voiture qui se sont présentées à la ferme pour travailler sans déclarer leurs revenus. Un sur l’aide sociale, un sur l’assurance-chômage et l’autre sur la CSST», se souvient Guy Pouliot, propriétaire de la ferme Onésime Pouliot à l’île d’Orléans.

La pénurie de main-d’œuvre locale est particulièrement criante dans les emplois saisonniers d’ouvriers agricoles liés à la production maraîchère et à l’horticulture.

 

C’est pourquoi les agriculteurs sont obligés de se tourner vers la main-d’œuvre étrangère, malgré les coûts importants et toute la paperasse administrative que leur venue engendre.

«On ne le fait pas par plaisir, on préférait 100 fois donner la job à des Québécois, mais on n’est pas capable de trouver des gens fiables, des gens qui vont rester», insiste Pascal Forest, vice-président de la Fédération québécoise des producteurs de fruits et légumes de transformation et agriculteur à Saint-Jacques-de-Montcalm, dans Lanaudière.

Semer, désherber ou récolter sont des tâches difficiles physiquement en plus d’être effectuées pendant de longues heures et souvent à la chaleur et au soleil. Les travailleurs locaux qui ont envie de faire ce genre de métier sont rares.

Trop dur

«J’en ai vu plusieurs arriver à 7 h le matin, puis repartir à 9 h 30 parce que c’était trop dur. Je sais que c’est difficile comme travail, mais la job doit se faire quand même. J’ai des clients qui attendent, je ne peux pas me retrouver sans travailleurs», insiste Alexandre Bastien, de Gazon Bastien à Terrebonne.

Le taux de chômage étant assez bas – 7 % au Québec –, les bons travailleurs ont tendance à choisir un emploi moins exigeant.

Les agriculteurs se retrouvent donc régulièrement devant des employés qui sont là par obligation ou qui ont des problèmes personnels (consommation d’alcool ou de drogues, entre autres), les empêchant de se trouver du travail ailleurs.

«Au lendemain de la paie, j’avais des gens qui rentraient saouls le vendredi matin ou qui fumaient du pot dans le champ. Aucun employeur ne tolérerait ce genre de comportement. La saison dure cinq mois, je ne peux pas me rattraper plus tard, on ne peut pas développer nos entreprises avec des gens comme ça», laisse tomber René Riopel de la ferme les Frères Riopel dans Lanaudière.

«La dernière année que j’ai fait affaire avec des Québécois, je ne sais plus le nombre de grands-mères qui sont mortes durant l’été. C’était toujours les mêmes défaites pour ne pas travailler», ajoute Pascal Forest.

POURQUOI L’AGRICULTURE N’INTÉRESSE PLUS LES GENS

Éric Van Widen (au centre) est fier de pouvoir compter sur Louis-Vincent Demorin (à gauche) et Kevin 
Gariépy-Panneton (à droite).
PHOTO MARIE-ÈVE DUMONT
Éric Van Widen (au centre) est fier de pouvoir compter sur Louis-Vincent Demorin (à gauche) et Kevin Gariépy-Panneton (à droite).

Le vieillissement de la population, l’allongement de la saison des cultures et l’accessibilité à de meilleurs emplois sont tous des facteurs expliquant le manque de travailleurs agricoles locaux.

«Le marché de l’emploi est bon pour les jeunes. S’ils ont le choix de travailler dans un Starbucks à l’air conditionné plutôt que de se plier en deux pour ramasser des carottes dans la chaleur, le choix est facile», dit Diane Parent, professeure en sciences de l’agriculture et de l’alimentation à l’Université Laval.

Elle ajoute que les métiers agricoles ne sont pas non plus très valorisés dans la société québécoise, en plus d’être loin des grands centres urbains. 

 

Les étudiants ne suffisent pas

La population étant également vieillissante, le nombre de travailleurs sur le marché du travail diminue. Selon le Conference Board du Canada, 59 000 emplois seraient vacants au pays en ce moment en agriculture et ce chiffre devrait grimper à 114 000 en 2025.

Et même si beaucoup d’étudiants viennent pourvoir les postes vacants durant l’été, leur apport n’est pas suffisant pour combler la demande. La technologie et le réchauffement de la planète ont allongé les saisons de plusieurs fruits et légumes.

«Autrefois, lorsque la production durait trois semaines, la main-d’œuvre loca­le et le travail des étudiants en juillet étaient suffisants», cite en exemple Yourianne Plante, directrice générale de l’Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec. Mais maintenant, les travaux aux champs s’étendent de la mi-mai à la fin octobre.»

«Les étudiants repartent le 28 août, mais pour moi c’est le milieu de la saison. Il me faut des gens jusqu’en octobre», ajoute Guy Pouliot, propriétaire de la ferme Onésime Pouliot à l’île d’Orléans. 

 

Fermes plus grandes

Les fermes se sont également grandement développées au cours des années. Leur nombre a diminué, mais elles sont beaucoup plus grosses qu’il y a 50 ans. Les jeunes sont aussi dorénavant encouragés à aller à l’école pour faire des métiers plus spécialisés et pas pour travailler à la ferme.

«Avant, tu avais papa, maman et les cinq enfants qui travaillaient à la ferme. Maintenant, c’est papa, maman, les deux enfants et 50 employés. La main-d’œuvre nécessaire pour faire le travail est beaucoup plus importante», soutient Denis Hamel, directeur général de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME).

L’aspect saisonnier du travail met aussi des bâtons dans les roues aux agriculteurs, surtout avec les nouvelles normes de l’assurance-emploi qui obligent les chômeurs à chercher activement un travail à temps plein durant la saison morte.

«On a besoin de gens six jours par semaine pendant quatre à cinq mois. L’asperge n’arrête pas de pousser dans le champ quand c’est la fin de semaine. C’est certain que ça ne peut pas faire l’affai­re de tous», concède l’agriculteur René Riopel.

«C’est sûr que, l’agriculture, ça crée du chômage. Avec les nouvelles règles d’assurance-emploi, nos travailleurs doivent se trouver une job l’hiver et ne reviendront pas dans les champs. À l’inverse, les travailleurs étrangers rentrent chez eux à la fin de la saison et reviennent l’année suivante», dit Alain Jacques d’Arimé Canada, qui fait du recrutement de main-d’œuvre à l’étranger. 

 

DEUX QUÉBÉCOIS QUI AIMENT LES CHAMPS

Les bons travailleurs québécois sont des perles rares.

«On en a très peu [de Québécois] dans les champs, alors quand on en voit qui travaillent bien, on leur donne du travail moins dur et plus agréable comme conduire un tracteur ou installer des systèmes d’irrigation. On choisit plus ce qu’on leur fait faire», insiste Guy Pouliot, propriétaire de la ferme Onésime Pouliot à l’île d’Orléans.

Éric Van Widen, copropriétaire de la Ferme Delfland, à Napierville, donne aussi plus de responsabilités à ses employés les plus motivés.

L’agriculteur est un des rares à pouvoir se vanter que ses employés québécois qui travaillent aux champs ont en moyenne sept à huit ans d’expérience au sein de l’entreprise familiale. 

 

Levé aux aurores

«Les employés sont nombreux à revenir année après année, ils se créent des liens entre eux. Je suis vraiment chanceux», souligne l’agriculteur qui fait notam­ment pousser de la laitue et des échalotes françaises.

C’est notamment le cas de Louis-Vincent Demorin, Québécois venus d’Haïti, est devenu chef d’équipe depuis qu’il a commencé à travailler sur la terre de M. Van Widen, il y a huit ans.

L’homme de 65 ans se lève vers 4 h du matin six jours par semaine pendant l’été pour aller prendre un autobus à 6 h au métro Longueuil, qui l’amènera jusqu’à la ferme à une heure de route.

«J’aime être dehors toute la journée. J’aime travailler dans les champs, c’est toute ma vie, l’agriculture. C’est un travail essentiel», soutient-il.

Kevin Gariépy-Panneton, âgé de seulement 24 ans, est de retour pour sa troisième année sur la ferme Delfland, mais il travaille pour des agriculteurs depuis 10 ans. 

 

Pas dans l’usine

«Quand j’étais petit, je passais mon temps à jouer avec des petits tracteurs. Maintenant, je joue avec des vrais, je fais ce que j’ai toujours voulu faire», souligne celui qui ne vient même pas d’une famille d’agriculteurs.

M. Gariépy-Panneton avait commencé par la plantation, mais on lui a rapidement appris à conduire un tracteur pour faire de l’épandage d’engrais ou de la préparation de sol.

«Mes amis préfèrent travailler dans des usines où ils “punchent” à 8 h et à 16 h. Moi, je sais quand je commence, mais pas quand je finis, mais j’aime me dire que mon travail est important. On nourrit des gens, ce n’est pas rien», dit-il en souriant. 

 

LES EMPLOIS AGRICOLES EN CHIFFRES

  • 1 emploi sur 12 en agriculture est vacant.
  • 1,5 G$ de pertes chez les producteurs canadiens causées par le manque de main-d’œuvre.
  • 17 % des agriculteurs disent avoir reporté des plans d’expansion en raison des emplois vacants.
  • 12 % de la main-d’œuvre agricole canadienne est étrangère.
  • 29 000 fermes au Québec.
  • 42 000 Québécois font le métier d’agriculteur.
  • 124 628 personnes travaillent sur les fermes (main-d’œuvre familiale et non familiale).
  • 9180 travailleurs étrangers durant l’été au Québec.
  • 1400 Québécois se trouvent sur la liste d’Agricarrières (agence de placement agricole), leur permettant d’aller travailler ponctuellement dans les fermes de la région de Montréal selon les besoins.
  • 75 Québécois, qui sont sur la liste d’Agricarrières travaillent du début à la fin de la saison dans les champs.

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