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Quand Churchill faisait la guerre en première ligne

Publié par MaRichesse.Com sur 3 Août 2016, 02:40am

Catégories : #GUERRE, #EUROPE

Quand Churchill faisait la guerre en première ligne
Limogé du gouvernement après l’échec des Dardanelles. Winston Churchill demande à aller au front. On le retrouve lieutenant-colonel dans les tranchées, avec ses cigares, son cognac et sa baignoire…

18 novembre 1915, sur les quais de Boulogne-sur-Mer, Winston Churchill débarque. Il est accueilli en personne par l’ordonnance du maréchal French, le commandant en chef du corps expéditionnaire britannique en France et en Belgique. Pourtant Churchill n’est plus membre du gouvernement depuis six mois. L’échec de l’expédition des Dardanelles en Turquie lui a coûté son poste de Premier lord de l’Amirauté (ministre de la Marine). Et ce n’est pas le strapontin que lui a proposé le Premier ministre Asquith qui peut satisfaire un homme qui proclame : « Une carrière politique m’importe peu au regard de la gloire militaire. »

Commandant de réserve des Hussards de l’Oxfordshire, Churchill a demandé à aller au front. « Il rêve de commander une division,raconte François Kersaudy, auteur d’une des meilleures biographies (1) du grand homme. Comme il n’est pas assez gradé, French lui propose de devenir son aide de camp. »

Winston Churchill, Premier lord de l’Amirauté (ministre de la Marine), en 1914. (Photo : DR)

Une chaudière et une baignoire sur le front

Winston lui préfère être à l’avant. C’est ainsi qu’il se retrouve nommé officier surnuméraire du 2e bataillon de grenadiers, stationné à Merville au sud-ouest d’Armentières, à la frontière belge. Son arrivée n’enthousiasme guère soldats et officiers. Dans les tranchées, on regarde d’un sale œil les politiciens qui ont envoyé les gars au casse-pipe. Et il ne passe pas inaperçu, cet homme de 41 ans à l’embonpoint visible.

« Churchill aime le luxe. Il arrive ceint d’un uniforme disparate : un casque français, des sous-vêtements en soie pour sa peau sensible, des pantalons caoutchoutés contre la boue des tranchées… Il est suivi d’un détachement transportant ses bagages qui comprennent aussi une chaudière et une baignoire ! » Sans parler de ses gros cigares et ses innombrables bouteilles de porto, sherry, whisky, cognac…

« Aucune peur physique de la mort »

Le maréchal French lui avait promis une brigade, il n’aura qu’un bataillon. Le lieutenant-colonel Churchill se retrouve avec ses hommes du Royal Scots Fusiliers en première ligne à Ploegsteert. Rapidement, l’étonnement de ses soldats face à l’excentricité du personnage va céder la place à la sidération, en raison de son comportement hors norme au feu.

« Son indifférence au feu ennemi à quelque chose d’effarant. Il n’a aucune peur physique de la mort », dit Kersaudy. Winston néglige de se baisser lorsqu’un obus éclate. « À ce niveau d’homme d’État, on ne connaît qu’un autre exemple : Clemenceau. »

Winston Churchill sur le front fin 1915 (assis, au centre). (Photo : DR)

« Profondément humain »

Dans cette armée aux allures féodales, dirigée par des officiers nobles qui n’ont que mépris pour la plèbe, Churchill sait se montrer généreux envers ses hommes. Il partage ses colis et ses bouteilles.« Il est profondément humain aussi avare de sanctions que prodigue en encouragements », dit son biographe.

Il se préoccupe aussi de la vie quotidienne. « Il devient un spécialiste des poux après avoir étudié dans des livres le comportement du parasite. Ses tranchées seront sans poux. Un cas quasiment unique », raconte François Kersaudy.

Ses soldats ne sont donc pas surpris lorsque leur lieutenant-colonel déplie son chevalet en première ligne pour s’adonner à une passion qui ne le quittera plus : la peinture.

Profusion d’idées

Tout en commandant son bataillon, Churchill inonde le gouvernement de notes et mémorandums sur la conduite de la guerre et la manière de la gagner. Il ne croit pas à la percée décisive du front. Il dénonce les offensives lancées par l’état-major qui s’achèvent en tuerie. Il préconise l’ouverture d’un autre front en Orient, des débarquements-surprises pour lesquels il a conçu des chalands, l’utilisation massive des chars, son idée, pour forcer les lignes et les barbelés, il imagine le lance-flammes, les ports artificiels… Autant d’idées qu’il mettra en pratique lors de la Seconde Guerre mondiale.

Winston Churchill, à Lille, en 1918. Il est ministre de l’Armement. (Photo : DR)

Mai 1916, Churchill qui est toujours député retourne dans l’arène politique. « C’est avec regret qu’il quitte le front. Son bataillon a fusionné avec un autre et un nouveau commandant a été nommé ce qui lui fait dire : ce n’est pas moi qui quitte mon bataillon, c’est mon bataillon qui me quitte. » En fait Churchill sait que ce n’est pas à la tête d’une si petite force qu’il jouera un rôle majeur pour gagner la guerre. Il sait qu’il sera plus utile au gouvernement. Malgré l’hostilité des conservateurs, il intègre finalement le gouvernement de Lloyd George en qui le nomme ministre de l’Armement, le 17 juillet 1917.

À la tête de ce ministère, Winston va montrer sa gigantesque capacité de travail et d’organisation dont l’une des gageures était d’équiper et d’armer des pieds à la tête, des millions de soldats américains qui permettront aux Alliés de gagner la guerre en 1918. Churchill est un des artisans de la victoire de la Première Guerre mondiale avant d’être celui de la Seconde.

 

(1) À lire : Winston Churchill, de François Kersaudy. Éditions Tallandier, 600 pages. 

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