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Pourquoi les rappeurs français aiment tant le Japon ?

Publié par MaRichesse.Com sur 11 Août 2016, 10:21am

Catégories : #JAPON, #FRANCE, #PEOPLE

Pourquoi les rappeurs français aiment tant le Japon ?
Cela fait maintenant de longues années que les rappeurs de l'hexagone cultivent un intérêt assez particulier pour le pays du soleil levant, plus que pour les autres pays d'Asie. On s'est demandé d'où leur venait cet attrait.

Les années passent mais pour toute une partie de la scène rap française, à petite ou à grosse dose, un élément récurrent semble être toujours d'actualité : les références, parfois discrètes et parfois ouvertement assumées, au Japon et à certains aspects de la culture du pays.

Contrairement à la Thaïlande qui représente surtout un intérêt touristique ("le paradis des cailleras "pour reprendre l'expression des héros du film Pattaya), le Japon semble fasciner les MC's en partie au niveau artistique.

Les mangas

La première influence qui est aussi la plus évidente, ce sont les mangas. Concrètement plusieurs générations de rappeurs ont grandi en partie devant la télé et accumulé les visionnages de plusieurs séries et autres dessins animés japonais cultes.

 

Rohff par exemple ne s'en est jamais caché, bien au contraire. Le rappeur comorien a même déclaré à plusieurs reprises qu'il avait tout bonnement appris la langue française en regardant des programmes télé comme X-Or, Le Collège Fou-Fou-Fou ou encore Ken le survivant. Merci le Club Dorothée. Il l'expliquait à Booska-P :

On se retrouvait pas mal dedans, Tom Sawyer séchait l'école, Nicky Larson c'était un gros mateur de nichons... Et encore, on avait des versions censurées ! Avec le recul, les héros c'étaient soit des condés, soit des bagarreurs soit des mecs qui allaient jamais à l'école (rires). Ken le survivant c'était mon préféré, mais c'était super violent. C'est ça aussi qui nous a un peu éduqués. Les premiers vrais cassos, c'était Collège Fou-Fou-Fou. Après tu te mets au fond de la classe, tu jettes tes ciseaux, tu fais des trucs de mongol (rires).


 

Il serait assez laborieux d'énumérer toutes les références aux mangas des textes de rappeurs français tant il y en a toujours eu un peu partout. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, cela ne se limite pas à une catégorie d'artistes. Comme toutes les références de culture populaires, cela transcende totalement les styles. Quand on s'y penche de plus près, les références aux mangas sont peut-être le meilleur trait d'union entre des rappeurs que parfois tout oppose. En effet, quel autre spécificité peut prétendre avoir autant de fans chez les rappeurs vétérans (IAM), les rappeurs engagés (Brav et Tiers-Monde), les plus jeunes (La Sexion d'Assaut, Orelsan, Gringe) et les ovnis comme Alkpote ou Zekwe ? Mention spéciale pour l'équipe de Din Records qui avait carrément ramené Eric Legrand, légendaire doubleur de Végéta, pour leur prêter main forte le temps d'un morceau.

 

Alors certes, si le grand gagnant reste Dragon Ball Z, cela ne veut pas forcément dire qu'on aboutit systématiquement à des phrases incroyablement inspirées et cela peut même malheureusement faire parfois penser à du gros remplissage, mais pour tout auditeur qui partage au moins un lointain souvenir de spectateur avec le rappeur, difficile de ne pas trouver ça sympathique, que ce soit un Alonzo qui s'identifie à Broly, un Sir Doum's qui se compare à Végéta ou un Alkpote qui lâche dans le plus grand des calmes « je vais t'absorber avec ma queue comme Cell ». Après tout chacun son truc.

On aurait pu croire que le phénomène allait se calmer au fil du temps, sachant que la télévision française ne diffuse plus autant de mangas qu'à la grande époque, mais c'était compter sans internet. Du coup, One Piece et Naruto ont de beaux jours devant eux en terme de name-dropping ; les rappeurs, même au-delà d'un certain âge, continuent de suivre d'un œil attentif les aventures des uns et des autres et évoquent au détour de plusieurs rimes pirates, sharingan et autres démons renard à neuf queues (surtout Ol Kainry en fait).

Les films

Cette fois c'est un peu plus compliqué dans la mesure où les cinéastes ne sont pas forcément identifiés comme Japonais mais plutôt comme les auteurs ponctuels d'un film qui est devenu une référence. Ainsi,peu de rappeurs étaient passionnés par l’œuvre de Takeshi Kitano avant Aniki Mon Frère et c'est bien dommage. Sauf que dès que le long-métrage (qui, comble de l'ironie, ne se déroule pas au Japon) a commencé à sérieusement faire parler de lui, plusieurs rappeurs d'âge différent l'ont mentionné dans des morceaux, de Rohff sur A bout portant  jusqu'à Hoos et Sch plus récemment. En réalité seul Alpha 5.20 avait une vraie affection pour la filmographie de Kitano, et il l'a montré en utilisant le visuel de Sonatine pour son ultime album Scarface d'Afrique.

 

Il faut cependant relativiser : les grands classiques du cinéma japonais ont malgré tout une part de responsabilité dans l'attrait pour le pays, souvent pour des raisons un peu cliché mais réelles, à savoir la curiosité envers l'aspect historique. Pour la faire courte, les rappeurs français ne connaissent sans doute pas l’œuvre de Kurosawa sur le bout des doigts mais tous ont vu au moins « un film de samouraï » qu'ils associent à la grandeur d'un Japon féodal, entre fantasme et réalité. Exception faite de Shurik'n qui pour le coup avait l'air vraiment à fond à l'époque de son premier solo.

 

Les voyages

Pour les plus déterminés, le Japon est également un territoire qui fait rêver, aux antipodes des décors français ; le pays offre en théorie des possibilités sympathiques en terme de clip, ne serait-ce qu'en terme de paysages et d'imagerie. Forcément ce n'est pas tous les rappeurs fans du pays qui ont l'occasion de s'y payer plusieurs voyages et vidéos mais ceux qui en ont la possibilité ne s'en privent pas. De toute façon, même les autres qui n'ont pas forcément eu le réflexe de clipper reviennent souvent très marqués par le dépaysement, comme TTC à l'époque de Bâtards Sensibles. Apparemment très content de son voyage, le groupe y consacre un morceau entier, Ebisu Rendez-Vous, où Tekilatex, Cuizinier et Tido Berman détaillent les bons moments passés là-bas avec des yeux d'enfants qui semblent avoir vécu un rêve éveillé (« Dans la rue je suis totalement émerveillé, je t'ai vu en hiver, pas grave même si je préfère l'été, je repars chez moi avec un sourire d'écervelé").

 

Vient ensuite la génération qui ne jure que par la vidéo, et là, forcément, ils s'en donnent à cœur joie.Difficile de ne pas évoquer Joke qui avec ses deux EP Kyoto et Tokyo a affiché sa passion pour le Japon de la plus évidente des façons. Il était donc tout à fait logique qu'il se fasse plaisir en tournant des vidéos sur place pour illustrer certains morceaux et c'est ainsi que les clips Harajuku et Tokyo Narita ont vu le jour. L'un comme l'autre sont plutôt centrés sur la vie nocturne japonaise, ce qui implique des balades à moto, des enseignes lumineuses et, forcément, des jolies filles un peu partout.

 

C'est à la fois l'avantage et la limite des clips tournés à l'étranger. D'un côté le changement de décor est toujours bienvenu, de l'autre, il s'agit de vidéos forcément très courtes, où il est parfois compliqué de ne pas sombrer dans le cliché total du touriste qui découvre la ville sans forcément aller au-delà de ce qui saute aux yeux. Souvent, il suffit d'une simple idée pour ajouter une touche d'originalité. On peut citer Butter Bullets avec Akira qui joue la carte de l'immersion plutôt que les plans au drone. Dans un autre registre, Kekra n'a pas forcément tourné le clip de l'année avec la vidéo qui illustre les morceaux Méfiant etLequel, mais la réalisation efficace et le changement du jour à la nuit pour marquer le passage au second morceau suffit amplement à ne pas s'ennuyer. Et puis forcément, il y a les passants qui portent le même type de masque hygiénique que le rappeur. Par contre il n'a pas pu s'empêcher de mimer un kamehameha à la fin, mais ne nous le cachons pas, on aurait tous fait pareil à sa place.

 

Vient ensuite la vidéo malheureusement à présent portée disparue de PNL avec Tchiki Tchiki. Il est logique mais dommage que le souci du sample non déclaré ait abouti à une suppression pure et simple, dans la mesure où comme pour leurs autres vidéos, le côté très planant et contemplatif était présent tout du long, et se mariait étonnamment bien avec les décors japonais. Et les deux frères, comme Kekra, n'ont pas pu résister à l'envie de faire des signes de main façon Naruto dans un plan, avant d'éclater de rire. Ce n'est que partie remise...  

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