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Pourquoi le pessimisme de Donald Trump séduit

Publié par MaRichesse.Com sur 2 Août 2016, 12:01pm

Catégories : #PEOPLE, #ETATS-UNIS, #POLITIQUE

Pourquoi le pessimisme de Donald Trump séduit

Chez les Républicains, l’enthousiasme rayonnant des années Reagan ne fait plus recette: c’est désormais le pessimisme de Donald Trump qui parle aux électeurs.

Voilà plusieurs jours que j’entends nombre de mes camarades du Parti républicain se répandre en lamentations. A les écouter, la convention du Parti démocrate serait parvenue à véhiculer une vision optimiste et pleine d’espoir des États-Unis de demain. À l’inverse, la convention républicaine à la sauce Trump aurait peint le portrait saisissant d’une Amérique submergée par une terrifiante vague de criminalité; d’une nation fragilisée par une région transfrontalière sans foi ni loi, qui l’expose à une violence quotidienne; d’un pays où les familles de classes moyenne et ouvrière ont été plongées dans la misère par les machinations secrètes d’une sinistre élite mondialiste. Trump nous explique que la nation américaine est au bord du désastre, et qu’elle ne pourra être sauvée qu’en virant radicalement de bord sous son commandement avisé. L’exact opposé du dernier discours de Barack Obama, véritable ode patriotique à l’infini potentiel de l’Amérique. Tout au long de la convention démocrate, on a pu entendre les partisans d’Hillary Clinton s’exclamer, extatiques: «U-S-A! U-S-A!».

Pourquoi le Parti démocrate a-t-il fait sien la vision de Ronald Reagan d’une Amérique unique, exceptionnelle (la «Cité sur la colline» de John Winthrop), tandis que les Républicains l’ont abandonnée? On peine à croire que les politiciens et les militants assemblés lors des deux conventions décrivaient le même pays –ou le même univers. A cela une raison très simple: ils parlaient –littéralement– de deux mondes différents. À mes yeux, l’ébahissement de tant de Républicains intelligents et réfléchis face à cette inversion des rôles permet à lui seul d’expliquer la victoire de Trump aux primaires du Grand Old Party

 

Le choix du récit

Les hommes et les femmes politiques victorieux ne choisissent pas leurs grands récits politiques par hasard. Ils savent que l’opinion des électeurs quant à l’état de la nation est façonnée par leurs expériences, et par les prismes idéologiques et culturels à travers lesquels ils évaluent ces mêmes expériences. C’était déjà le cas dans les années 1980, et ce n’est pas moins vrai aujourd’hui.

 

Imaginons qu’en 1984, une jeune ouvrière quitte une ville sinistrée de la Rust Belt pour emménager dans une banlieue de la Sun Belt débordante d’activité. L’économie locale est en pleine expansion. Pour cette jeune femme, le message de Reagan («Le soleil se lève en Amérique!») est alors parfaitement conforme à la réalité. Elle a choisi de laisser son passé derrière elle –et avec lui, tous les syndicalistes et les leaders politiques de gauche friands d’impôts et de dépenses publiques. L’idéal individualiste de Reagan correspond à son vécu; elle a le sentiment d’être l’autrice de sa propre vie.

Imaginons désormais le destin bien différent d’une ouvrière de 1984 qui n’a pas quitté cette même ville de la Rust Belt, et qui subit  le cauchemar de la désindustrialisation. Cette jeune femme voit ses amis perdre leurs emplois et leurs logements; sans coupons alimentaires, elle peinerait elle-même à nourrir sa famille. On comprendrait aisément alors qu’elle rejette l’idéal de Reagan pour adhérer à une rhétorique plus sombre. Les Démocrates de l’époque n’adoptaient pas un ton abattu et nostalgique par haine de l’Amérique, quoi qu’aient pu en dire leurs détracteurs républicains. Ils ont adopté une rhétorique pessimiste parce qu’ils estimaient qu’un tel message parlerait à leurs électeurs; beaucoup d’entre eux avaient alors le sentiment que le monde s’effondrait autour d’eux. 

 

Le siècle du désastre

Donald Trump comprend ce que trop de Républicains peinent à saisir: pour une grande partie des militants du Grand Old Party, le XXIe siècle est synonyme de désastre

Donald Trump comprend intuitivement ce que trop de Républicains peinent à saisir: pour une grande partie des militants du Grand Old Party, l’année 2016 n’a rien de commun avec l’année 1984. De leur point de vue, le XXIe siècle est synonyme de désastre; à leurs yeux, il est donc tout simplement aberrant d’applaudir le statu quo.

En février dernier, Andrew Cherlin, sociologue à l’université John-Hopkins, rappelait que dans la classe ouvrière les taux de mortalité étaient plus élevés chez les Blancs que les Noirs et les Latinos, et il avançait une théorie pour expliquer le phénomène. Selon son hypothèse, les Blancs de la classe ouvrière auraient le sentiment de s’en sortir moins bien que leurs parents, tandis que les ouvriers noirs et latinos auraient l’impression d’être comparativement en meilleure posture. Prenons l’exemple des Américains blancs et trentenaires non diplômés en 2016: il y a de bonnes chances pour que leur père ait bénéficié d’un emploi ouvrier et d’une vie de famille stables au même âge; mais  beaucoup d’entre eux n’ont pas cette chance.

En revanche, les Noirs nés sur le territoire américain estiment peut-être que leur situation est plus favorable que celle à laquelle ont fait face leurs pères, ces derniers ayant souvent subi une intense discrimination raciale. De la même manière, les immigrés latinos aux revenus modestes estiment généralement qu’ils sont mieux lotis en Amérique que dans leur pays d’origine. C’est loin d’être négligeable. De ce point de vue, les Noirs et les Latinos de la classe ouvrière jouissant d’une bonne mobilité sociale ont plus en commun avec les Blancs diplômés qu’avec les ouvriers blancs. Et, toujours de ce point de vue, le fait que le Parti démocrate soit aujourd’hui composé d’une alliance de Blancs diplômés et d’ouvriers appartenant à une minorité est assez compréhensible.

Qu’on le veuille ou non, l’optimisme à la Reagan ne correspond plus vraiment au Grand Old Party d’aujourd’hui. Les rivaux républicains de Donald Trump doivent le comprendre – et le plus tôt sera le mieux. 

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