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Conseils, science, sante et bien-être


« Mamie, on va faire des Skype jusqu’à ta mort »

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Août 2016, 06:17am

Catégories : #FAMILLE, #TECHNOLOGIE, #INSOLITE

« Mamie, on va faire des Skype jusqu’à ta mort »

Sur consigne de sa petite-fille, Danièle Flaumenbaum est allée s’allonger sur le lit de sa chambre d’ami, accolée à son lumineux séjour. «  Mes bébés doivent dormir, il faut qu’on se couche  », a exposé la petite de 4 ans et demi, alors qu’elle jouait à la maman. Toutes deux ont donc feint de s’assoupir au côté de l’écran qui les relie, connecté à Skype.

En buvant le café dans sa maison de Gentilly, en proche banlieue parisienne, Danièle Flaumenbaum, gynécologue et auteure (« Les passeuses d’histoire », éd. Payot), sourit à l’évocation du souvenir de la veille.

Danièle Flaumenbaum dans son jardin à Gentilly, le 29 juillet 2016
Danièle Flaumenbaum dans son jardin à Gentilly, le 29 juillet 2016 - Emilie Brouze/Rue89

Quand son fils et sa belle-fille ont emménagé à Washington, il y a un an, ils lui ont demandé si elle pouvait les aider à veiller sur leur fille pendant qu’ils travaillaient dans une autre pièce ou rangeaient les cartons. C’est comme cela que la grand-mère est devenue « mamie-sitter » par écran interposé, à raison de plusieurs rendez-vous par semaine.

Pour celle qui vit loin de sa petite-fille, qu’elle voit une à deux fois par an, ce moyen de communication qui leur permet de jouer et de discuter est une bénédiction :

« On est ensemble et ça c’est un vrai bonheur. »

« On chante, on danse »

Sa petite-fille de 4 ans et demi s’est mis, depuis peu, à l’appeler toute seule avec sa tablette. « Tu sais que je peux lire ton nom, maintenant  ?  », lui a t-elle dit en répondant à l’un de ses appels. Leurs conversations deviennent de plus en plus naturelles, malgré l’écran et l’éloignement :

« On est complètement détendu. On chante, on danse, je sors pour lui montrer les fleurs, le chat parce qu’elle veut le voir, etc. »

Entre autres choses, sa petite-fille adore la cuisine : « Mamie, il est où ton four  ? » Danièle Flaumenbaum mime une porte qu’on ouvre contre le mur. « Fais attention, c’est chaud. » Puis elles coupent, tournent la cuillère, goûtent et s’installent pour manger. La grand-mère a récemment épluché des pommes pour faire une compote avec elle, l’ordinateur posé sur la table de la cuisine.

Elles se parlent, aussi, « de nous, de nos états d’âme, de choses graves, spiritualo-philosophiques qui nous importent et nous intéressent ». Et – « qu’est-ce que c’est bon » – elles ont des fous rires :

« J’ai des larmes dans mes yeux ! J’ai la grand-mère la plus drôle du monde. »

La grand-mère rapporte la phrase mignonne que sa petite-fille a prononcé il y a quelques jours :

« Ce n’est pas compliqué, on va faire des Skype jusqu’à ta mort. »

« Mamie, t’es comme une statue »

Bien sûr il y a des ratés, des appels sans réponse : « Parfois, on se loupe. » Avec le décalage horaire, elles se captent surtout le week-end ou en fin d’après-midi, heure française. Comme ce vendredi de juillet : il est 16h30 à Paris, six heures de moins aux Etats-Unis. Au téléphone, la petite-fille explique qu’elle termine son petit-déjeuner (une tartine de fromage) avant de se connecter sur Skype.

Son visage apparaît à l’écran, pixelisé.

« Mamie, t’es comme une statue.

- Et si j’allume la lumière comme ça, ça va ? [La lampe près du fauteuil s’éclaire, ndlr]

- Oui. »

Danièle Flaumenbaum avec sa petite-fille sur Skype, en juillet 2016
Danièle Flaumenbaum avec sa petite-fille sur Skype, en juillet 2016 - Emilie Brouze/Rue89

La petite-fille décide d’aller chercher ses poupées pour jouer. Elle disparaît de l’ordinateur et on l’entend quelques minutes plus tard revenir dans sa chambre en chantant. Elle soulève la poussette pour la lui montrer à la webcam. 

« Je suis la maman, tu es la plus grande sœur des bébés. »

Parfois, l’image saute quelques secondes ou la grand-mère répète sa phrase parce que le son est défaillant. Sinon, c’est comme si elles étaient dans la même pièce. La petite semble s’affairer sur l’un de ses poupons : à l’image, on n’aperçoit que ses cheveux. Et puis elle se rapproche pour lui parler et voir les peluches que sa grand-mère lui tend (elle est allée les chercher dans la pièce d’à côté). Ses yeux mangent tout l’écran.

« Qu’est ce que je suis contente que tu sois là », a dit la grand-mère à sa petite-fille quand elles se sont vues cet été, en France.

« Oui, on peut se toucher », lui a répondu la fillette.

L’image enrichit l’échange

Pour Danièle Flaumenbaum, ces échanges sont une « révolution ». Car au téléphone, comment serait-il possible de capter durablement l’attention d’un enfant de cet âge-là ?

« L’image nous apporte d’autres renseignements, sur l’état physique, émotionnel... Ça enrichit l’échange. »

L’image permet aussi de ne pas s’embarrasser de blancs et d’intégrer pleinement la communication non verbale – à travers les gestes, les jeux.

« A 4 ans et demi, c’est compliqué de tenir un tour de parole au téléphone. C’est certain que l’image est aidante », confirme Marluce Leitgel Gille, docteure en psychologie.

Lien de qualité

Elle note néanmoins qu’un tel outil de communication utilisé avec un enfant ne crée pas forcément le lien entre l’enfant et l’adulte, mais le réactive.

« Il y a sans doute à la base un lien de qualité entre la grand-mère et sa petite-fille, un lien émotionnel et affectif qui peut permettre ces échanges. »

Marluce Leitgel Gille recommande de respecter l’envie et le temps de l’enfant et de veiller à la fréquence des échanges, qui doit s’adapter à la qualité de la relation et non l’inverse.

A Gentilly, il est temps d’écourter l’appel, avec la promesse de se retrouver le lendemain ou plus tard. Danièle Flaumenbaum lui envoie un baiser en soufflant sur sa main. Derrière l’écran, la petite se tient prête à le recevoir, bras tendus, et mime de l’attraper quelques secondes plus tard. 

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