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Les sportifs suisses sont sur la paille

Publié par MaRichesse.Com sur 4 Août 2016, 06:46am

Catégories : #SPORTS, #EUROPE, #MONDE, #BRESIL

Les sportifs suisses sont sur la paille

Ils représentent ce qui se fait de mieux dans leur sport. Pourtant, sur la centaine d'athlètes qui défendra les couleurs de la Suisse aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro, seul une poignée parvient à vivre de son sport. Kariem Hussein, spécialisé dans le 400 mètres haies, est le seul athlète à dégager des revenus annuels à «six chiffres», selon le Tages-Anzeiger.

Une bonne partie de la délégation de Swiss Olympic – qui vient de demander une rallonge de 30 millions de francs pour assurer la compétitivité du sport helvétique –  a même dû cravacher pour financer sa préparation olympique. Un univers sépare les grandes stars du tennis Roger Federer et Stan Wawrinka – qui ont finalement déclaré forfait pour Rio – et les judokas ou les rameurs. En aviron, la fédération ne dispose d'aucun sponsor et c'est aux sportifs d'assumer le séjour dans le centre d'entraînement de Sarnen. Entre petits jobs ou aide des parents, certains vivotent depuis plusieurs années avec 1500 francs par mois... En attendant de briller devant des millions de téléspectateurs.

Au sein même des délégations, les différences peuvent être très marquées entre les sportifs disposant de sponsors personnels et leurs coéquipiers qui ont dû recourir au système D pour avoir une chance de participer aux JO de Rio. Pourtant, aucun des sportifs que nous avons sondé ne s’en est plaint. Tous soulignent que le sport est un choix de vie et que, pratiqué à leur niveau, il permet de vivre des moments d'exception.

Après leur parenthèse olympique, certains ont d'ores et déjà décidé de raccrocher les crampons, maillots ou épées afin de se concentrer, qui sur ses études qui sur son avenir professionnel. Heureusement, il y a une vie après Rio. Adrià Budry Carbó


Romuald Hausser, voile

«Le grand voyageur» 

Il a passé plus de temps dans la baie de Guanabara que sur les eaux du lac Léman ces douze derniers mois. Romuald Hausser, membre du club nautique de Versoix, connaît déjà par cœur les courants et les vents du site où se dérouleront les cinq jours de compétition de voile 470H. Depuis sept ans, les JO 2016 représentent la seule ligne d’horizon pour Romuald et son coéquipier Yannick Brauchli. «Nous avons participé aux JO de Londres mais, depuis le début, notre objectif était d’arriver au top à Rio», confie le Genevois de 28 ans qui cumule 150 jours d’entraînement en pays carioca.

Une activité à plein-temps qui ne lui a pas permis de terminer ses études de physique ou de trouver un emploi. Voilà quatre ans que ce professionnel de la voile vit avec moins de 1500 francs par mois. Une paille lorsque l’on habite à Genève. «Je vis avec ma compagne et chacun paie le loyer en fonction de ses moyens (rire). Finalement, je m’en sors parce que je suis en déplacement près de 20 jours par mois et que, durant ces entraînements, le logement et la nourriture sont couverts.»

Le projet olympique de Romuald est devisé à 500 000 francs, une somme qui comprend les voyages, le matériel et les entraînements des deux coéquipiers. Pour être sûr de pouvoir participer à Rio, le sportif a dû consacrer une bonne part de son temps libre à la recherche de fonds. «Les sponsors sont généralement de vrais amateurs de voile, explique-t-il. Pour eux, il y a d’ordinaire peu de retombées et, pendant l’événement le plus médiatique, le Comité olympique nous interdit de les mettre en avant.»

Romuald devrait, lui, prendre un peu de recul après les JO pour se consacrer à son avenir professionnel ou finir ses études de physique. Les immatriculations sont ouvertes jusqu’au 15 août.Adrià Budry Carbó


Sabrina Jaquet, badminton

«La sportive connectée»

Sabrina Jaquet a participé à 23 compétitions cette année. Elle a agité sa raquette en Europe, en Amérique, en Asie et même en Afrique. Une année de préparation olympique que la joueuse, qui fait partie de l’équipe nationale, n’aurait pas pu boucler sans la plateforme suisse de financement participatif (crowdfunding) «I believe in you».

Pour parachever sa préparation olympique, il manquait 5000 francs à la Chaux-de-Fonnière. Le choix du financement participatif s’est révélé payant puisqu'en quelques mois elle a reçu plus du double de la somme budgétée à l'origine. «J’ai été étonnée! Mais ça montre qu’en Suisse les gens sont prêts à soutenir les petits sports aussi». Pour diffuser son projet, la jeune femme de 28 ans a fait une vidéo où elle mêle performance sportive et humour. Sabrina Jaquet a aussi renforcé sa présence sur les réseaux sociaux.

Sabrina Jaquet est la seule sportive suisse à représenter le badminton aux JO de Rio. Professionnelle depuis six ans, elle est soutenue par sa fédération, Swiss Olympic, son canton et l’aide sportive, en plus de diverses associations. «Si normalement j’arrive à vivre avec environ 55 000 francs par an, 25 000 francs sont partis cette année directement dans les tournois», explique celle qui a fini cinquième au championnat d’Europe individuel de 2012.

Si Sabrina Jaquet admet qu’il est difficile pour les joueurs de badminton de s’en sortir financièrement, elle s’estime chanceuse: «Je ne suis pas hyperriche mais j’arrive à vivre du badminton. Il n’y a pas beaucoup de joueurs en Suisse qui peuvent le dire.» Lola Le Testu


Tiffany Géroudet, escrime

«Mi ingénieur, mi escrimeuse» 

En escrime, trouver des sponsors est un tour de force. Notamment parce qu’en dehors des JO, ce sport est peu médiatisé. Tiffany Géroudet a essayé, mais a fini par y renoncer. La Valaisanne presque trentenaire n’a pas pour autant mis une croix sur sa participation aux JO. Simplement, il a fallu s’y prendre autrement pour compléter l’aide sportive que reçoivent les Suisses qui se rendent à Rio.

Depuis un peu plus de deux ans, l’escrimeuse, qui est aussi ingénieure agro-alimentaire, travaille dans une entreprise tout en bénéficiant d’un statut spécial. Plutôt que d’opter pour un temps partiel qui lui permettrait de continuer à pratiquer à côté, son employeur, Mane, une société française active dans les arômes, lui a proposé un temps plein avec la possibilité de prendre des semaines non payées pour partir en camp d’entraînement ou à des compétitions. Une solution tout sauf déplaisante: «Je suis très contente d’avoir fait cette formation et d’avoir trouvé ce travail», tient-elle à préciser.

A lire aussi: De l’or à l’épée pour Tiffany Géroudet, la combative Valaisanne

Championne d’Europe à l’épée en 2011, Tiffany Géroudet sera à Rio entre le 1er et le 10 août. Et celle qui est née à Sion l’avoue: elle a quand même une forme de «petit sponsor» puisque son employeur la rémunérera pendant sa semaine au Brésil. Qui sera sa dernière dans le monde olympique, puisqu’elle avait annoncé en avril dernier vouloir conclure sa carrière après Rio pour se consacrer davantage à son travail. Mathilde Farine


Lucas Tramèr, aviron

«L’étudiant de médecine»

Voilà un an et demi que Lucas Tramèr a mis ses études entre parenthèses. Pas facile de finir sa cinquième année de médecine à l’Université de Bâle quand on doit défendre un titre de champion d’Europe sur toutes les eaux du Vieux Continent. Champion du monde en titre, le quatuor sans barreur (LM4-) mené par le Genevois d’origine alémanique sera l’un des grands espoirs de médaille de la Suisse aux JO de Rio.

Quand il ne rame pas aux quatre coins du monde, Lucas Tramèr – 26 ans – passe sa vie entre Zurich, Bâle et Genève, où vivent ses parents. A «90% indépendant», il parvient à couvrir les 60 à 70 000 francs de frais annuels occasionnés par la pratique de son sport grâce à ses sponsors (une banque privée et deux entreprises électroniques), des subventions des villes de Genève et de Bâle et le programme sport élite de l’armée qui lui permet de valider ses camps d’entraînement comme des cours de répétition. Autre avantage, le club d’Aviron de Vésenaz – où évolue Lucas Tramèr – prend en charge ses frais de logement et ses déplacements en compétition.

A lire aussi: Ramer pour gagner, petite leçon d’aviron de Lucas Tramèr

Car, en aviron, il n’y a pas que les médailles olympiques qui rapportent des primes. Le palmarès de Lucas Tramèr est plus symbolique que lucratif. Pour son titre de champion du monde, le Genevois a tout de même perçu «entre 20 et 25 000 francs de bonus» de ses sponsors privés.

A Rio, Lucas Tramèr et ses coéquipiers espèrent faire mieux que leur cinquième place olympique il y a quatre ans. Et, pourquoi pas, se glisser sur le podium le 11 août. Viendra ensuite le temps de profiter du mois d’août au Brésil avant de… penser à la rentrée universitaire. Adrià Budry Carbó


 Ludovic Chammartin, judo

«Gestionnaire de projet olympique»

Entre les tournois et les stages internationaux, le budget de Ludovic Chammartin pour une année pré­olympique approche 50 000 francs. Fin 2015, la phase de qualification pour Rio avait ainsi amené le judoka fribourgeois en Australie, en Chine et au Japon. Soit près d’un mois à l’étranger, financé par la fédération suisse de judo, qui couvre l’intégralité de ces frais pour ses meilleurs athlètes. Professionnel depuis dix ans, le numéro un suisse des moins de 60 kg doit trouver entre 25 000 et 30 000 par année de son côté. Il peut compter sur ses sponsors privés, essentiellement des PME fribourgeoises et la fondation de l’aide sportive suisse, mais aussi une entreprise canadienne d’imagerie 3D, qui soutient également l’équipe nationale d’Algérie de judo. Les «prize money» (gains en compétition) pratiqués dans le judo demeurent modestes, de l’ordre de 5000 francs pour une victoire dans l’un des quatre tournois du Grand Chelem (Paris, Moscou, Tokyo et Rio), ou 3000 francs pour un titre en Coupe du monde.

En Suisse, la fédération accorde une prime pour un top 5 dans un championnat d’Europe ou du monde. Les médailles de Ludovic Chammartin aux championnats d’Europe en 2013 et en 2015 lui ont ainsi rapporté 600 francs par mois pendant un an. A Rio, seuls les sept premiers du concours recevront une prime du comité olympique et de la fédération. Pour ses deuxièmes jeux après Londres en 2012, le titulaire d’une formation en mécanique ne fait pas partie des huit têtes de série, ce qui l’expose aux aléas du tirage au sort. A 31 ans, il vise au minimum une 7e place et compte se rapprocher le plus possible du podium. Sébastien Ruche. 

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