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Conseils, science, sante et bien-être


Les domestiques brésiliennes se confient sur Facebook

Publié par MaRichesse.Com sur 2 Août 2016, 11:00am

Catégories : #TRAVAIL, #RACISME, #BRESIL, #FAITSDIVERS

Pour lutter contre les abus dont sont victimes les employées de maison, une ancienne domestique a créé une page Facebook qui veut faire changer la société brésilienne.

Les domestiques brésiliennes se confient sur Facebook

Depuis 30 ans, cette employée domestique anonyme travaille dans la même maison. A 76 ans, elle n’est toujours pas à la retraite et continue de servir ses patrons fidèlement.

En début d’année, elle se rendait comme tous les jours à son travail. Elle passe devant l’ascenseur dit social, réservé aux résidents de l’immeuble et se dirige vers l’ascenseur de service au fond du couloir, celui pour les employés. Jusque là rien de choquant à ses yeux, tous les immeubles du Brésil comptent deux ascenseurs.

Mais l’ascenseur de service est en panne. Alors qu’elle se dirige vers l’ascenseur social, le portier refuse de la laisser passer, il a des ordres spécifiques des résidents. « Pas de domestiques dans l’ascenseur social. » Elle ne peut que céder et grimpe en peinant les huit étages qui la séparent de ses patrons.

Ce témoignage envoyé par son fils a ému aux larmes Joyce Fernandes, 31 ans, plus connue sous son nom de scène : Preta-Rara (nègresse rare). Rapeuse depuis près de dix ans, aujourd’hui formée en histoire, Preta-Rara était jusqu’en 2010, une employée domestique.

« Pas par méchanceté, ma fille »

Le 19 juillet 2016, alors qu’elle cuisine, elle décide de poster un de ses souvenirs sur son compte personnel. Elle y raconte comment l’une de ses patronnes l’a obligé à ramener ses propres couverts, pour ne pas utiliser ceux de la maison où elle travaille, « pas par méchanceté ma fille », assure la patronne, « c’est juste pour maintenir l’ordre dans cette maison ».

La chanteuse Petra Rara
La chanteuse Petra Rara - DR

En quelques heures, son post est partagé plus de 500 fois et reçoit plus de 1 000 « j’aime ». Des domestiques, parfois leurs enfants, se retrouvent dans cette histoire et beaucoup lui écrivent spontanément leur propre mésaventure. Devant ce succès, Joyce décide de lancer, le 21 juillet, une page sur ce sujet qui lui tient à cœur : #euempregadadomestica (« moi, employée domestique »).

Preta-Rara est fille et petite-fille d’employée domestique. Dans la ville de Santos (au sud de São Paulo), elle ne trouvait aucun boulot. A l’époque, comme la plupart des filles d’employées de maison, elle ne voit pas d’autres possibilités que de suivre le chemin de ses mère et grand-mère. Quand elle l’apprend, sa mère fond en larmes : elle sait que sa fille devra subir une vie d’humiliation.

7 millions d’employées au Brésil

Pendant sept ans, entre ses 19 et ses 25 ans, Joyce subit les caprices de ses différents employeurs. Elle se tait pour ne pas perdre son boulot et parce qu’elle ne connaît pas ses droits.

« La plupart de mes expériences ont été négatives. Le problème est profond, c’est un héritage de notre passé esclavagiste. Les brésiliens pensent que leurs employées domestiques, qui sont souvent noires, leur appartiennent. Je reçois des témoignages de bonnes vivant à l’étranger : le contraste est sévère. Là-bas, elles se sentent traitées avec dignité. »

Sa page Facebook, rencontre un franc succès. En dix jours, elle compte 115 000 followers. Les témoignages se multiplient, elle en a reçu à ce jour plus de 5 000. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), ilexiste plus de 7 millions d’employées domestiques au Brésil, plus que dans n’importe quel autre pays.

Pendant longtemps, la plupart des foyers de la classe moyenne et supérieure disposaient d’une employée personnelle. Cela a d’ailleurs influencé toute l’architecture du pays : impossible de trouver un appartement sans une chambre minuscule pour la bonne à côté de la cuisine.

« Histoires de viols »

En mars 2016, une photo a fait le tour des réseaux sociaux au Brésil : celle d’un couple de jeunes blancs en route pour une manifestation anti-Dilma Rousseff, portant des T-shirts aux couleurs du drapeau brésilien. Et à son côté, la domestique, noire, vêtue d’un uniforme blanc, conduisant la poussette des deux bébés du couple.

Des films comme « Une seconde mère » ou « Casa Grande » sortis en 2015 ont commencé à faire prendre conscience au pays de l’ampleur du problème qui se joue entre quatre murs.

Dans ces deux films, les bonnes dont les employeurs disent pourtant qu’elles font « presque partie de la famille » subissent une série d’humiliations.

 

Les témoignages que reçoit Joyce vont dans le même sens.

« Des patrons qui te réveillent en pleine nuit pour que tu leur fasse un jus de fruit, ceux qui ne veulent pas te voir utiliser leurs couverts, qui t’accusent de vol quand ils ont perdu quelque chose, qui t’insultent sans raisons... Tout cela est commun. Mais je reçois aussi beaucoup d’histoires de harcèlements et de viols. »

Comme par exemple, ce témoignage :

« Quand la patronne sortait, le patron se baladait dans la maison en caleçon. Et il se tripotait en me regardant et en disant que j’avais une sacré tête de salope de femmes de bandits. »

5 000 commentaires racistes

Avec cette page, Joyce veut normaliser les relations entre patrons et employés. « On ne veut pas faire partie de la famille, ni manquer de respect à nos patrons, on veut un traitement juste. Mais il y a encore tellement à faire pour changer les choses. »

La société brésilienne est très conservatrice et son succès ne plaît pas à tous. Sous chacun des articles qui lui sont consacrés depuis dix jours, des centaines de commentaires violents, insultants ou racistes sont publiés. 5 000 commentaires racistes ont obligé un journal brésilien à désactiver les commentaires.

«  Je savais que ça pouvait arriver, les femmes noires font face à ce genre de choses ici. Je préfère ne pas m’en soucier, cela fait partie du combat. »

Preta-Rara profite de sa tournée comme chanteuse pour rencontrer un maximum de domestiques dans toutes les États du Brésil. Elle veut écouter et rencontrer les femmes qui n’utilisent pas Internet, souvent les plus âgées des domestiques.

Honte

Un webdocumentaire est en cours de production, et elle prépare également une chanson en hommage aux employées de maisons. Surtout elle veut que les gens en parlent, prennent conscience du problème...

Regina Casé dans
Regina Casé dans « Une seconde mère », de Anna Muylaert - Gullane Filmes, Aline Arruda

Et parfois, cela fonctionne. En rentrant de Brasilia en fin de semaine dernière, Preta-Rara est abordée par une vieille dame qui se présente comme une patronne et tient absolument à lui parler.

« Elle m’a dit qu’elle m’avait vue à la télé et avait eu honte. Elle se reconnaissait dans beaucoup de situations décrites sur ma page, mais elle ne s’était jamais rendu compte qu’elle traitait mal ses domestiques. Elle se contentait de reproduire la façon d’être de ses parents. » 

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