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Le jeu pervers de Sarkozy avec l'islam pour éliminer Juppé

Publié par MaRichesse.Com sur 25 Août 2016, 13:40pm

Catégories : #POLITIQUE, #RELIGION, #FRANCE

Le jeu pervers de Sarkozy avec l'islam pour éliminer Juppé

C'est un propos lourd de sens, qu'il faut lire et relire plusieurs fois pour se convaincre que l'on ne rêve pas, qu'il s'agit bien de lignes pensées et rédigées, qu'il est l'expression d'une réflexion aboutie et réfléchie: "Ce n'est pas avec les religions que la République a des difficultés, c'est avec l'une d'entre elles qui n'a pas fait le travail nécessaire autant qu'inévitable d'intégration". Cette sentence figure à la page 66 du livre programme de Nicolas Sarkozy, Tout pour la France, et sa lecture est glaçante.

Pour la première fois dans l'histoire de France, depuis la chute du gouvernement de Vichy, un prétendant à l'exercice du pouvoir suprême, à la présidence de la République, décrète qu'une religion, une seule, et ses fidèles, ses seuls fidèles, constituent des "difficultés" pour la République. Notons aussi l'habileté du procédé, Nicolas Sarkozy prend soin de ne pas nommer la religion en question. Ni Islam, ni Islamisme... Chacun peut donc le lire et l'interpréter en y projetant des propres peurs et fantasmes. Le procédé est redoutable.

 

Tout est affaire de suggestion. "Difficultés", donc "peurs". "Difficultés", donc "menaces". "Difficultés", donc "dangers". Une religion, une seule, ennemie de l'intérieur. "Une religion", une seule, donc celle des musulmans, de tous les musulmans. "Une religion", une seule, porteuse de tous les maux qui frappent la France. "Une religion", une seule, qui ruine l'espérance d'une "identité heureuse". "Une religion", une seule, réduit au rôle de bouc émissaire. Nicolas Sarkozy ose tout.

Le chômage est un accessoire de campagne

Ainsi se confirme ce qui était prévisible. La campagne que s'apprête à livrer Nicolas Sarkozy dans le cadre de la Primaire Les Républicains, sera identitaire, réactionnaire et stigmatisante. L'intervention de l'ancien président, dans le 20h de TF1, ce mercredi soir, en a apporté la confirmation. Le chômage est un accessoire de campagne pour Nicolas Sarkozy, un sujet de second rang, au même titre que les fonctionnaires ou la télévision publique. Seul lui importe de jouer avec la somme de toutes les peurs de l'époque, qui se cristallisent autour d'un thème en passe de devenir le seul sujet de la campagne présidentielle qui s'ouvre: les musulmans, l'islam, le burkini, sources de toutes les "difficultés" que rencontre la République.

Alors haro sur le burkini, unique objet du ressentiment de Nicolas Sarkozy: "Porter un burkini est un acte politique, militant, une provocation" dit-il, avant de prévenir: "Si nous n'y mettons pas un terme, le risque c'est que dans dix ans, les jeunes filles de confession musulmane qui ne porteront pas le voile ou le burkini seront montrées du doigt et seront sous la pression quotidienne de l'entourage". D'où la solution, détruire la synthèse laïque parachevée en 1905, et imposer l'interdiction de tout signe religieux dans les universités, les administrations et les entreprises.

Et tant pis pour l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. La Primaire vaut bien que l'on piétine "la liberté d'opinion, même religieuse".

Nicolas Sarkozy prend une lourde responsabilité, en jouant ainsi, pour les besoins de la conquête du coeur réactionnaire de la droite française, des peurs supposées des Français. Affoler, inquiéter, apeurer, c'est un fonds de commerce électoral qui dispose d'une clientèle traditionnelle, mais dont l'apport historique à la construction républicaine est rien moins que tragique.

Pas d"'identité heureuse" possible...?

Mais c'est ainsi, en répétant un nombre incalculable de fois qu'une seule religion qui est source de difficultés pour la République, que Nicolas Sarkozy entend défaire Alain Juppé à la Primaire LR. En rabâchant et rabâchant, jusqu'à la nausée, que contrairement à ce que prétend le maire de Bordeaux, il n'est pas "d'identité heureuse" possible dans la France d'aujourd'hui.

Il a suffi de deux jours au tsunami médiatique Sarkozy pour déferler sur la France. Sarkozy est partout, tout le temps. Sur BFMTV et iTélé, où le moindre de ces propos est commenté comme si c'était le discours de Bayeux. Sur TF1, où il trônait comme aux plus beaux jours des années 2000, assurant même sans contradiction possible, noyant son interlocuteur dans un flot de contre vérités impossibles à relever en temps reél: "on m'a fait beaucoup de reproches dans ma vie politique mais pas de mentir". En meeting à Château Renard dès ce jeudi. A la une du Figaro magazine, avec son mot d'ordre en titre "La République a trop reculé". Pour un peu, si l'on cédait à la tentation polémique, on serait bien tenté d'ajouter, effectivement, de 2007 à 2012, entre les discours du Latran, de Grenoble et de Dakar, la République a reculé. Et même régressé.

Le momentum Sarkozy est en passe de s'installer. Porté par le sentiment qu'inspire l'ancien président à ceux qui l'adulent, mais également par les ralliements de ceux qui avaient juré que jamais, plus jamais, on ne les y reprendrait. Eric Ciotti. Christian Estrosi. François Baroin. Christian Jacob. Tous à Canossa, tout repentir abdiqué. Les soutiens paraissent s'accumuler, qui nourrissent le sentiment que Juppé, Fillon, Copé et les autres sont bien seuls.

Au fait, mais où est passé Alain Juppé, confronté à cette entrée en fanfare Sarkozy, sur fond de campagne Dupont Lajoie sous prétexte de défense de l'identité nationale? L'ancien Premier ministre, dit-on observerait goguenard la pensée et l'action de Nicolas Sarkozy, laissant à Benoist Apparu le soin de commenter les prestations de son adversaire au 20h de TF1. Apparu, oui, et tout aussi vite disparu. De même que les tweets ironiques de Gilles Boyer, autre figure de proue de la campagne Juppé. Un jeune ancien ministre carburant à l'élément de langage inaudible et un twittos émérite et marrant, cela suffit-il à contrebalancer l'effet de sidération créé par l'hallucinante entrée en campagne de Nicolas Sarkozy? Cet épisode ressemble aux autres, qui se succèdent depuis des mois. Y a-t-il un pilote dans l'avion de la communication Juppé?

Les bons sondages d'Alain Juppé ne sont pas une assurance vie élection présidentielle. Surtout en un temps où l'on entre dans la dynamique de l'élection elle-même. En exploitant les potentiels pires sentiments de l'époque, en décidant de s'en prendre aux musulmans sans distinction, tous amalgamés dans "une religion" qui poserait des "difficultés" à la République, Nicolas Sarkozy vient de lever un vent mauvais pour le pays, mais qui convient à son tempérament, sa culture, et à ce qu'attend et espère l'électorat de droite le plus mobilisable en vue de la Primaire. Le silence de Juppé, sa rareté, sa mesure, ses livres thématiques, ses déclarations sages et consensuelles, tout cela valait en un temps oùNicolas Sarkozy était encore tenu par son devoir de réserve de président de Les Républicains. Mais aujourd'hui, cela ne peut faire barrage à la déferlante Sarkozy.

"Winter is coming"

Il y a de cela quelques mois encore, François Bayrou, qui voyait le piège venir, avait tenté de convaincre Alain Juppé de contourner la Primaire viciée dans laquelle l'entraînerait nécessairement Sarkozy, et d'aller directement au premier tour de l'élection présidentielle, avec à la promesse d'une victoire quasi-certaine, au terme d'une campagne courte, idéale pour une personnalité comme l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac. Las, Juppé ne l'a pas écouté, et il se retrouve aujourd'hui prisonnier d'une Primaire au scénario imposé par Sarkozy, la négation de "l'identité heureuse" vantée par Juppé, scénario dont il est désormais patent qu'il lui sera ardu de s'extirper pour imposer le sien en retour. Le coeur électoral de la droite n'a pas envie d'entendre parler "d'identité heureuse", de nation à la Renan, de bienveillance et d'empathie... Il veut brûler des burkinis.

Juppé le faible, Juppé l'homme du passé, Juppé le doux rêveur des années 70, Juppé l'homme qui n'a lu ni Finkielkraut, ni Zemmour, Juppé qui ne comprend pas la menace que représente la religion à "difficultés"... Le discours est paré, déjà rodé, et il s'annonce destructeur. et Juppé se tait. Et Juppé est absent. Et Juppé ressemble à Ned Stark, le héros de Game of Thrones, qui se prépare à affronter les menaces de l'hiver qui vient, et l'ennemi avec lui, en répétant "Winter is coming" à ses quelques fidèles, mais qui ne voit pas que l'hiver est déjà là, et l'ennemi déjà presque victorieux. 

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