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Entre Ankara et Washington, l’épine de l’imam Gülen

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Août 2016, 09:36am

Catégories : #MONDE, #ETATS-UNIS, #POLITIQUE

Entre Ankara et Washington, l’épine de l’imam Gülen

Entre un émir de l’Etat islamique et un chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), son crâne dégarni et sa moustache blanche détonnent dans le trombinoscope des terroristes les plus recherchés de Turquie. Fethullah Gülen, ancien imam, est accusé d’avoir «ordonné la tentative de coup d’Etat» du 15 juillet à ses fidèles dans l’armée et l’appareil étatique. Il est visé par un mandat d’arrêt et risque la prison à vie s’il revient en Turquie. Mais Gülen, 75 ans, n’est pas un homme traqué. Il jouit depuis 1999 d’une «retraite» tranquille dans les forêts des Poconos, en Pennsylvanie, au nord-est des Etats-Unis.

Tranquille, pour l’instant. Car Ankara s’est engagé dans une bataille juridique pour son extradition, qui menace d’empoisonner les relations avec Washington. Le Département américain de la justice réceptionne, depuis mi-juillet, des piles de documents censés prouver l’implication du prédicateur. «Ils disent qu’ils ont commencé à analyser les dossiers mais nous ne sommes pas satisfaits. Dans le cadre des accords d’extradition, si une partie veut un coupable l’autre partie doit [le] lui livrer. Là, on nous fournit des prétextes. Nous le dirons très clairement à Monsieur Biden: cette situation peut nuire à notre partenariat stratégique», s’est irrité dimanche Recep Tayyip Erdogan. Le président turc reçoit ce mercredi le vice-président américain Joe Biden, premier haut responsable politique occidental à se rendre en Turquie depuis la tentative de putsch.

Procédure inhabituelle

En signe de bonne volonté, le Ministère de la justice et le Département d’Etat américains ont envoyé des experts, mardi et mercredi, pour discuter avec les autorités turques des aspects juridiques de cette demande d’extradition. Une délégation turque, emmenée par le ministre de la Justice, Bekir Bozdag, doit ensuite se rendre aux Etats-Unis. Cette procédure inhabituelle signale l’importance du dossier pour Ankara et les pressions exercées sur Washington, à l’heure où les médias pro-Erdogan propagent toutes sortes de théories impliquant les Etats-Unis dans la tentative de putsch. Bekir Bozdag a estimé que la décision des Etats-Unis, qui appartient in fine à un tribunal fédéral, serait «politique autant que juridique».

Que contiennent les quelque 85 «dossiers» déjà transmis par Ankara? Les responsables turcs, qui oscillent depuis le 15 juillet entre deux rhétoriques contradictoires («il n’y a pas besoin de preuves» et «nous avons plus de preuves qu’il n’en faut»), ne l’ont pas révélé. Une chose est sûre: à l’heure où plus de 40 000 personnes ont été placées en garde à vue, les comptes rendus des auditions de témoins privilégiés et les aveux des acteurs clés de la tentative de putsch atterriront bientôt – si ce n’est déjà fait – dans les bureaux du Département américain de la justice. Ces comptes rendus, cités à foison par les dirigeants turcs, sont publiés intégralement, chaque jour, dans la presse du pays.

Le chef d’état-major Hulusi Akar, otage des putschistes, y affirme par exemple que ses ravisseurs lui ont proposé de s’entretenir par téléphone «avec notre leader, Fethullah Gülen». Parmi ces putschistes avérés, l’aide de camp d’Hulusi Akar aurait expliqué devant le procureur avoir «exécuté les ordres de la communauté de Fethullah Gülen». L’un des militaires chargés de kidnapper le président Erdogan aurait aussi reconnu son allégeance au prédicateur et avancé que «tout le monde, dans le commando, appartient à ce mouvement».

Témoignages contredits

Selon un membre des forces spéciales, chargé de tenir en otage le chef de l’Armée de terre, ses supérieurs lui auraient dit agir «suivant la volonté du Hoca efendi» («le maître», surnom de Gülen dans sa communauté). Les Turcs ne manqueront pas non plus de signaler à leurs homologues américains la présence devant le commissariat central d’Istanbul la nuit du coup manqué, à l’intérieur d’un tank putschiste et en uniforme militaire, d’un chef de police démis de ses fonctions en 2014 dans le cadre de purges anti-gülenistes.

Ces témoignages sont légion, mais ils sont aussi contredits par d’autres figures du putsch qui nient leur participation ou reconnaissent leur rôle mais nient tout lien avec Gülen. Depuis son exil américain, l’intéressé dément et met en cause l’indépendance du système judiciaire turc. Ce n’est pas la moindre des ironies quand on sait que les réseaux de Gülen sont fortement soupçonnés d’avoir infiltré pendant des années ce même appareil judiciaire, avec l’accord tacite du parti de Recep Tayyip Erdogan, dont ils étaient alors l’allié. 

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