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En Israël, l’énigme des bébés disparus enfin examinée

Publié par MaRichesse.Com sur 29 Août 2016, 10:05am

Catégories : #ISRAEL, #FAITSDIVERS, #FAMILLE

En Israël, l’énigme des bébés disparus enfin examinée

Avec son fichu sur la tête, ses grandes lunettes et son sourire généreux, Yona Yossef, 84 ans, a tout d’une grand-mère chaleureuse. Elle s’exprime d’une voix douce et ne prononce jamais un mot plus haut que l’autre. C’est d’ailleurs sur le même ton – et presque en s’excusant – qu’elle confesse « ne plus dormir normalement depuis 61 ans ». Depuis le jour où elle a dû annoncer à ses parents que sa petite sœur Saada, envoyée dans un dispensaire médical pour y subir un soin bénin, avait été déclarée morte par des infirmières qui l’avaient aussi fait enterrer dans un endroit secret.

Une étrange histoire ? Dans les années qui ont suivi la création d’Israël en 1948, de 3.500 à 5.000 familles juives séfarades (originaires du bassin méditerranéen et de Moyen-Orient) ont en tout cas connu le même malheur que celle de Yona Yossef : leurs enfants confiés à des médecins et à des infirmières se sont tout simplement évaporés. Officiellement, ils sont donc morts mais personne ne sait où ils sont enterrés. Quant aux dossiers médicaux, ils sont introuvables.

Tout commence au printemps de 1948. A la création de l’Etat hébreu, des dizaines milliers de Juifs irakiens, égyptiens, maghrébins fuient leur pays d’origine pour s’installer dans leur nouveau « foyer national ». Avec l’aide des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, le gouvernement de David Ben Gourion lance également un pont aérien visant à transférer l’importante communauté juive du Yémen (45.000 personnes). Une opération baptisée « Tapis volant » puisque les Yéménites, religieux et tradionnalistes, croyaient que se réalisait ainsi une promesse divine inscrite dans la Bible.

Ces « olim » (nouveaux émigrants) s’installent alors dans un pays en guerre et en proie aux restrictions alimentaires. Parqués dans des camps de tentes et des « maabarot » (baraquements), ils sont mal traités par les fonctionnaires d’origine européenne ne cachant pas leur mépris des Orientaux.

C’est dans ces camps ainsi que dans les dispensaires et hôpitaux où se croisaient les « olim » séfarades que la plupart des disparitions ont été constatées. « Le modus operandi était toujours le même : le personnel médical prétendait à telle mère que son bébé était mort par étouffement et à telle autre que son enfant avait été victime d’une maladie fulgurante inconnue,raconte l’écrivaine Iris Elia Cohen dont une proche a disparu au début des années 50. Chaque fois que nos parents – analphabètes pour certains – demandaient des explications, ils se heurtaient au silence d’une administration alors contrôlée par le parti travailliste de David Ben Gourion ».

Une enquête du Mossad

Près de 70 ans plus tard, l’omerta dure encore. Certes, entre 1966 et 1996, trois commissions d’enquête ont été créées mais elles ont abouti aux mêmes conclusions insipides. A savoir : que les enfants n’ont pas été enlevés et que l’administration n’a rien à se reprocher.

Dans ce cas, pourquoi ne pas ouvrir les archives de l’Etat ? Selon leur conservateur, celles-ci contiennent effectivement 1,5 million de documents relatifs à l’affaire, mais la loi sur la protection de la vie privée interdit au public de les consulter avant… 2071 ! Pour ce que l’on en sait, ces archives contiennent des dossiers individuels, des directives bureaucratiques mais également des rapports du Mossad puisque l’agence israélienne de renseignements extérieurs a également enquêté sur ces disparus dans le courant des années soixante. En l’occurrence, elle a envoyé des agents aux Etats-Unis afin de confirmer ou d’infirmer les rumeurs courant à l’époque et selon lesquelles les enfants déclarés morts avaient été vendus – 5.000 dollars « pièce », une fortune pour l’époque – à de riches familles occidentales désireuses d’adopter.

Selon des sources dignes de foi, ce travail d’infiltration n’a rien donné mais l’Etat hébreu n’a pas vraiment envie de reconnaître que ses agents ont opéré aux Etats-Unis. Encore moins dans l’entourage de famille établies qui soutenaient le mouvement sioniste en lui accordant des dons importants.

« Je ne sais pas ce qui s’est passé en coulisses depuis 1948 et peu m’importe. Nous sommes en 2016 et il est temps de cautériser cette plaie qui n’arrête pas de suppurer, assène Yossi Yona, un député travailliste né dans un baraquement du nord d’Israël et dont le neveu d’origine irakienne figure également sur la liste des disparus. Vous savez, l’ombre de ces disparitions plane toujours sur les familles concernées. Les petits enfants de ceux qui ont vécu ce drame en parlent encore ». Et de poursuivre : « Lorsqu’un bureaucrate quelconque a, sans la moindre marque d’empathie, froidement annoncé la prétendue mort de son fils à mon oncle Menachem, ce dernier a plongé dans une dépression profonde dont il ne s’est jamais relevé, se souvient l’élu. Les rares fois où il me parlait, c’était pour raconter qu’un jour, après qu’il eut osé demander à voir le protocole d’autopsie de mon cousin, un fonctionnaire lui a répondu hargneusement qu’il n’y en avait pas. « Où est-ce que tu crois, camarade ?, lui a-t-il lancé. Ici, on n’est pas en Irak, on n’éviscère pas les enfants pour rien». Mon oncle pleurait en se souvenant de cette humiliation qui s’ajoutait à son deuil ».

La plupart des disparitions se sont produites entre 1948 et 1954. Les « olim » orientaux ont bien demandé des explications mais ils étaient pauvres et ne disposaient d’aucun relais dans les cercles du pouvoir travailliste. Ils étaient inaudibles.

Le fait d’armes d’Ouzi Meshoulam

Plus tard, les responsables israéliens ont continué à occulter la question des disparus. Y compris lorsque le camp nationaliste emmené par Menachem Begin (Likoud) a vaincu les travaillistes au soir des élections législatives de 1977. C’est d’ailleurs pour essayer de briser cette loi du silence qu’au printemps 1994, Ouzi Meshoulam, un ancien officier des Renseignements militaires d’origine yéménite qui comparait la disparition des enfants aux méfaits perpétrés par les nazis, s’est retranché avec quelques supporters dans une maison de la grande banlieue de Tel-Aviv bourrée de bonbonnes de gaz.

« Je vous parle de trois, quatre, voire 5.000 jeunes vies humaines évaporées sans laisser aucune trace. Qu’est-ce qu’il faut faire pour que les autorités de ce pays prennent cela au sérieux ?, fulminait-il dans les interviews téléphoniques qu’il accordait alors en série. Vous me dites que je veux faire de la publicité ? Bien sûr, je ne demande que cela. Pas pour moi, mais pour les disparus et leurs proches qui vivent toujours dans l’angoisse ».

Maitrisé par les unités spéciales de la police au terme d’un siège de plusieurs jours et d’un court échange de tirs, Meshoulam a été condamné à de la prison et si son fait d’armes a remis l’« affaire des disparus » à l’avant-plan de l’actualité pendant quelques semaines, l’enquête n’a pas progressé pour autant.

25 ans plus tard, de nombreux descendants de familles touchées par les disparitions exercent des fonctions de responsabilité politique et économique dans l’Etat hébreu. L’omerta n’est plus de mise. A l’instar de Yossi Yona, plusieurs députés tels Yaakov Benzur (Shas) et Nourit Koren (Likoud) mènent d’ailleurs le combat à la Knesset. Ils sont relayés par des associations de parents de disparus ainsi que par certaines des artistes les plus connus de l’Etat hébreu, également d’origine yéménite.

« Cette affaire m’obsède depuis l’enfance. Je me souviens que les adultes de ma famille qui en parlaient se taisaient lorsque j’entrais dans la pièce, se souvient Nourit Koren. Aujourd’hui, nous recherchons seulement la vérité et l’apaisement, pas la vengeance ». A l’en croire, « des informations ont quand même filtré depuis le début des années 50. Elles confortent l’idée que les disparus ont bien été vendus avec l’aide de médecins et de membres du personnel médical de l’époque ».

Selon les associations impliquées dans la campagne pour l’ouverture des archives, la pratique des enlèvements était d’ailleurs courante à l’époque puisque de nombreux cas semblables ont été recensés au Canada, en Grande-Bretagne, en Australie, en Europe orientale.

Une nouvelle loi

Le 21 juin 2016, la commission de la Législation et de la Justice de la Knesset a en tout cas débattu de l’« affaire » et ses membres ont convenu de préparer un texte de loi permettant de contourner celle protégeant la vie privée. Dans la foulée, Binyamin Netanyahou s’est prononcé en faveur de la levée du secret entourant les disparations en déclarant qu’il « n’a jamais compris pourquoi il a été prononcé ». Il a d’ailleurs demandé au ministre sans portefeuille Tsahi Hanegbi de se consacrer à plein-temps à ce dossier. Quant à son homologue de la Justice Ayelet Shaked, elle s’est engagée à ce qu’une partie des archives interdites soit accessible « avant la fin de l’année ».

Le 30 juillet, interviewé par la deuxième chaîne de télévision, Hanegbi, qui a examiné une partie des archives, a confirmé que la disparition des enfants « n’est pas naturelle ». Il a également promis de nouvelles informations pour bientôt. Ce n’est donc plus qu’une question de semaines avant que Yona Yossef connaisse la vérité sur la disparition de sa sœur Saada et puisse enfin s’endormir apaisée. 

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