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Donald Trump est le candidat le plus flippant du monde

Publié par MaRichesse.Com sur 11 Août 2016, 02:48am

Catégories : #POLITIQUE, #MONDE, #ETATS-UNIS

Donald Trump est le candidat le plus flippant du monde

Imaginez une situation où les idées de politique étrangère de Donald Trump seraient proférées sur un ton plus raisonnable par quelqu’un qui aurait l’air un peu plus calé en politique internationale. Auraient-elles l’air aussi dangereuses? Peut-être pas, mais elles ne le seraient pas moins. En fait, ce serait même les idées les plus dangereuses, les plus dérangeantes et les plus autodestructrices qu’aucun candidat investi par un grand parti aurait jamais colporté de mémoire d’Américain.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mettre au point et gérer la politique étrangère n’a jamais été aussi difficile pour un président américain. Entre 1945 et 1991, les règles du jeu étaient relativement claires: c’était les États-Unis contre l’URSS, et la puissance se mesurait à l’aune des stocks d’armes potentiellement nécessaires en cas de conflit. Les guerres entre plus petits pays n’étaient généralement considérées (parfois à tort) qu’en termes d’impact sur l’équilibre Est-Ouest.

Lorsque la Guerre froide a implosé, son effondrement a entraîné avec lui tout le système des relations internationales qu’elle avait engendré. Les blocs des grandes puissances se sont dissous; les sujets et les alliés de chaque sphère d’influence désormais pulvérisée se sont retrouvés libres de poursuivre leurs propres intérêts sans être obligés de prendre en compte les désirs des anciennes superpuissances. Au Moyen-Orient, les politiques de la Guerre froide avaient érigé des frontières artificielles et des régimes oppressifs qui dans un autre contexte se seraient effondrés dans les dix ans suivant la Seconde Guerre mondiale, en même temps que le chapelet de colonies françaises et britanniques. Quand la Guerre froide a pris fin, cette dynamique d’effondrement a repris –et déclenché le chaos que la région connaît aujourd’hui.

 

La «superpuissance» aux pieds d'argile

Ironie courante dans l’histoire de l’humanité, l’Amérique a gagné la Guerre froide et en est ressortie affaiblie au lieu d’être renforcée. L’erreur stratégique du président George W. Bush a été de ne pas avoir su le voir. Lui, le vice-président Dick Cheney et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld pensaient être entrés dans une ère «unipolaire» où les États-Unis régnaient en «superpuissance unique», capable d’imposer sa volonté sans déployer beaucoup d’efforts ni nécessiter d’alliés casse-pieds. Ils ne se sont pas rendu compte que les anciens symboles de puissance (chars, missiles, bombes atomiques) et les anciens moyens de pression (faites ce qu’on vous dit ou succombez à l’ours soviétique) avaient perdu pratiquement tout leur pouvoir et qu’en conséquence, avoir des alliés –et accepter des compromis avec eux au sujet d’objectifs stratégiques—étaient désormais non seulement utile mais indispensable.

Le père de Bush, George H.W. Bush, l’avait compris, lui, dès l’aube de cette nouvelle ère. D’où sa fervente campagne pour préserver la grande alliance contre Saddam Hussein pendant la guerre du Golfe de 1990-91 et son appel à un cessez-le-feu une fois achevée la mission qui liait les membres de l’alliance –expulser les forces d’invasion irakiennes du Koweït. C’est aussi cette prise de conscience qui a motivé la décision de Bush père de ne pas parader avec sa victoire dans la Guerre froide sous le nez de la Russie.

Trump dit qu’il veut faire exploser tout l’édifice. Il prend les bénéfices mutuels procurés par l’Otan pour une transaction strictement monétaire

Barack Obama a, très tôt dans sa présidence, compris clairement ces limites de pouvoir, la nécessité des alliances et la distinction entre intérêts et intérêts vitaux(et les niveaux d’implication qu’ils justifiaient) dans cette nouvelle ère multipolaire (ou, d’un certain côté, pas polaire du tout).

 

Niveaux de compréhensions

Hillary Clinton comprend ces choses elle aussi, bien qu’elle soit sans doute moins réticente qu’Obama à l’idée d’avoir recours à la force des armes; d'aucuns qui ont travaillé avec elle affirment qu’elle n’a pas autant intégré les leçons du Vietnam, de l’Irak et de la Libye. Mais ses expériences lui ont appris que dans cette nouvelle ère, les nations qui ont des intérêts communs dans un domaine en ont souvent d’autres, contradictoires, dans un autre, et que le travail d’un grand diplomate ou d’un président consistait à contourner ces écueils sans renoncer et en évitant les collisions (sur certains côtés, il n’y a là rien de nouveau: les États-Unis et l’Union soviétique ont pratiqué la diplomatie et signé des traités sans jamais baisser la garde sur le sujet de la frontière entre Allemagne de l’Est et Allemagne de l’Ouest, pendant quasiment toutes les années les plus tendues de la Guerre froide).

Donald Trump, en revanche, n’y comprend rien du tout –ni à l’histoire, ni aux concepts, ni aux outils ou aux possibilités créatives du pouvoir. Il n’est pas tant isolationniste qu’unilatéraliste. On l’imagine aisément se jeter dans une guerre étrangère, autant motivé par la soif de vengeance d’un affront personnel que par la poursuite d’intérêts nationaux –et, ce faisant, refuser l’aide des autres, convaincu de pouvoir remporter la victoire tout seul (ou que lui seul est capable de remporter la victoire) avec le bon dosage de discours et de force de frappe.

Même s’il n’initie pas une guerre ou n’en fait pas dégénérer une sans avoir la moindre idée de la manière de l’arrêter, il est susceptible –à en juger par ses dires– de démolir les pauvres vestiges de l’ordre post-Seconde Guerre mondiale qui maintient l’influence américaine et son vaste réseau d’alliés (principalement) démocratiques.

Lorsque l’achèvement de la Guerre froide a donné aux plus petites puissances la possibilité d’emprunter le chemin qui leur chantait et de servir leurs propres intérêts, plusieurs d’entre elles ont choisi de rester dans le giron de l’Amérique. C’était particulièrement vrai dans l’Est de l’Asie, quand la Chine s’est mise à montrer sa puissance navale, et en Europe (tout particulièrement chez les membres d’Europe centrale et de l’Est les plus récemment admis à l’Otan), quand Vladimir Poutine a commencé à réaliser son rêve de restauration du vieil empire russe (ou en tout cas quand il s’est mis à essayer).

 

La politique du bras de fer

Trump dit qu’il veut faire exploser tout l’édifice. Il prend les bénéfices mutuels procurés par l’Otan pour une transaction strictement monétaire, et affirme à nos alliés qu’il retirerait les troupes américaines –et annulerait l’obligation du pays à venir à leur aide dans le cas d’une agression militaire– à moins qu’ils ne paient leur part, comme il dit. Il a proféré cette menace en réponse à une question posée sur la possibilité de défendre les minuscules État baltes –que Poutine pourrait envahir sans trop de difficulté si la force physique était le seul enjeu et qu’il n’avait pas à se soucier de la réaction des pays occidentaux.

 

Dans une interview, Trump est allé plus loin et a annoncé qu’il pourrait commencer par rappeler les troupes américaines, en prédisant que les Européens le supplieraient de les renvoyer et promettraient de payer aux États-Unis le prix qu’ils demanderaient. «Il faut toujours être prêt à partir», a-t-il expliqué, comme s’il était en train de parler d’un différend autour d’un contrat ou d’un accord immobilier (ce qui semble être sa façon d’envisager toutes les sortes de relations), et non d’une alliance de confiance basée sur un traité vieux de 67 ans que les événements récents viennent de remettre à l’ordre du jour.

Trump a dit qu’il acceptait l'annexion de la Crimée par la Russie comme étant une affaire conclue et potentiellement souhaitable

Il a proféré le même type d’avertissement au sujet de ce qu’il considère comme de piètres paiements de la part du Japon et de la Corée du Sud. Lorsque Jake Tapper, de CNN, a suggéré qu’un retrait américain pourrait obliger ces pays à mettre au point leurs propres armes nucléaires, car ce serait la seule manière de décourager une potentielle agression de la part de la Corée du Nord, Trump a haussé les épaules et asséné«On s’en porterait peut-être mieux» si ces trois pays avaient la bombe.

 

Le sourire de Poutine

Trump ne comprend pas les conséquences du simple fait de parler comme ça; il ne comprend pas les messages qu’il envoie dans tous les camps. Il ne comprend pas que Poutine en particulier ne doit pas en revenir d’avoir une chance pareille. Un homme qui pourrait être le prochain président des États-Unis –outre le fait quecertains de ses conseillers ont des liens avec la Russie– l’a quasiment invité à envahir l’Estonie, la Lettonie ou la Lituanie. Cette impression a dû être confirmée lorsque Trump a dit qu’il acceptait l'annexion de la Crimée par la Russie comme étant une affaire conclue et potentiellement souhaitable, car on lui avait dit que de nombreux habitants de la péninsule se considéraient comme des Russes, pas comme des Ukrainiens.

Aucun président américain ne voudrait ni ne devrait entrer en guerre avec la Russie à cause de la Crimée, ni même à cause de l’Ukraine. George W. Bush l’a reconnu lorsqu’il s’est opposé à l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan. Et beaucoup d’habitants de Crimée se considèrent réellement comme des Russes –la Crimée a fait partie de la Russie jusqu’à ce que Nikita Khrouchtchev la donne à l’Ukraine en 1954, à une époque où les deux républiques appartenaient à l’Union Soviétique, et que la distinction n’avait alors quasiment aucun sens. Mais c’est une chose de reconnaître ces faits et une tout autre d’accepter avec indifférence la violation brutale de frontières anciennes. Accepter une annexion forcée sans émettre d’objections, sans qu’il y ait d’accord négocié ou même d’échange quel qu’il soit (un marché), revient à provoquer d’autres brutales violations –et à annoncer aux amis comme aux ennemis que les frontières, les traités, les obligations et autres alliances ne valent plus un clou.

 

Le jeu de la transaction

Voici quelques-unes des choses qui se produiraient sûrement en quelques jours si Trump était élu. La Corée du Sud et le Japon, comme il le concède avec un haussement d’épaule, commenceraient immédiatement à mettre au point une bombe atomique (ils ne manquent sans aucun doute ni des technologies ni des ressources nécessaires), ce qui déclencherait une course à l’armement nucléaire et la possibilité de crises catastrophiques dans le nord-est asiatique. Le réseau de sanctions contre la Russie, tissé par Obama en collaboration avec les dirigeants occidentaux en réaction à son invasion de la Crimée, s’effondrerait. Les leaders politiques ukrainiens, qui aspirent toujours à une affiliation avec l’Union européenne, s’arrangeraient sans doute pour négocier le meilleur accord possible avec Moscou –à l’instar des plus petites nations membres de l’Otan (y compris les pays baltes) lorsqu’ils se rendraient compte que les autres grandes puissances occidentales européennes ne peuvent pas faire grand-chose pour garantir leur sécurité sans le leadership américain.

 

Et c’est une autre ironie de l’histoire: dans son articulation des limites de la puissance américaine, Obama les a mises en avant comme étant des intérêts vitaux garantissant un engagement total de la puissance de son pays. Son effacement de la «ligne rouge» en Syrie a eu un impact sur la crédibilité américaine au Moyen-Orient—mais peu d'effet sur le standing des États-Unis en Europe ou dans l'Est de l'Asie. Trump descend bien souvent Obama en flamme en lui reprochant d’avoir fait preuve de faiblesse lors de l’épisode de la ligne rouge; mais Trump clame aujourd’hui que sous sa présidence à lui, il n’y aurait pas de ligne rouge en Europe ou en Asie de l’Est, à moins qu’elle ne soit achetée cash –une transaction qui serait constamment soumise à vérification et à révision, comme les termes d’une hypothèque à taux variables. Et malgré tout, Trump arrive à penser que ses mots dégagent une impression de force monumentale. 

 

Contre l'État islamique, organiser des réunions

Au Moyen-Orient, là où la fin de la Guerre froide a causé le plus de dégâts catastrophiques, Hillary Clinton a peu d’idées géniales au-delà de faire ce qu’Obama a déjà fait, juste un peu plus vite et un peu plus fort. Mais Trump, lui, n’en pas l’ombre d’une. Il affirme qu’il va «vite» se débarrasser de l’État islamique. Comment? Pas la moindre idée. Il a également décrété qu’il formerait une coalition des pays de la région contre l’EI, tâche ardue s’il en est puisque leur peur et leur haine les uns des autres dépasse celles qu’ils éprouvent envers l’EI.

Trump a conseillé à Burt d’arriver en retard à la prochaine session de négociations, d’entrer dans la pièce où son homologue furieux l’attendrait avec impatience et de lui planter son index dans la poitrine en lui disant: “Fuck you!”

Comment y parviendrait-il? En organisant des «réunions», a-t-il confié au New York Times, comme si les –américains, russes, européens et arabes– n’avaient pas déjà tenu des centaines de réunions. Trump ne semble pas reconnaître que certains des problèmes du monde sont tout bonnement difficiles à résoudre, voire impossibles. Il semble penser que le monde est dans un sale état parce que les dirigeants américains sont «complètement idiots» et que les vilains du monde entier se rangeront des voitures avec un dur comme lui à la Maison-Blanche.

Trump a peut-être une idée, après tout, sur la manière de «vite» écraser l’EI, et si je ne me trompe pas, c’est la plus dangereuses de toutes: je soupçonne qu’il se croit capable de faire battre en retraite les commandants djihadistes en menaçant de les incinérer à coups de bombes atomiques. Richard Nixon avait tenté cette stratégie avec le Vietnam, en disant à ses conseillers de laisser entendre qu’il était un «fou» capable de tout, même d’une attaque nucléaire, pour ne pas perdre. Au moins, il s’est avéré que pour Nixon, c’était du bluff. Est-ce que Trump blufferait? Se sentirait-il obligé de mettre sa menace à exécution si le camp d’en face se contentait de ricaner? Il a déjà à plusieurs reprises montré une attitude désinvolte, voire totalement ignorante face à la bombe.

Et il vaut la peine de noter (comme le New York Times l'a rappelé début août à ses lecteurs, qui n’avaient probablement plus eu l’occasion d’y réfléchir depuis un quart de siècle) que lorsqu’il est question d’utiliser des armes nucléaires, le président décide et agit seul; le système est organisé de cette manière parce que dans l’éventualité d’une attaque-surprise, le temps de consulter le Conseil national de sécurité manquerait, sans parler du Congrès. Élire un président donne à un seul homme ou à une seule femme le pouvoir de faire exploser le monde.

Intime conviction

L’ancien diplomate Richard Burt a raconté une anecdote édifiante à Politico sur ce qu’est un négociateur dur à cuire selon Trump. Vers 1990, alors que Burt était ambassadeur américain dans le cadre des négociations soviético-américaines sur les armements nucléaires, il est tombé sur Trump lors d’une réception à New York:

«Selon Burt, Trump a exprimé de la jalousie vis-à-vis de la position de Burt et lui a donné des conseils sur le meilleur moyen d’arriver à un marché “génial” avec les Soviétiques. Trump a conseillé à Burt d’arriver en retard à la prochaine session de négociations, d’entrer dans la pièce où son homologue furieux l’attendrait avec impatience, de rester debout et de le regarder de haut, puis de lui planter son index dans la poitrine en lui disant: “Fuck you!”»

Inutile de préciser que ce n’est pas la méthode qu’a adoptée Burt pendant les pourparlers qui ont débouché sur la signature par les présidents George H.W. Bush et Boris Eltsine du traité de réduction des armes stratégiques Start II en 1991. On se demande si Trump pense que ça a pu se produire comme dans son scénario à lui et s’il estime que c’est de cette façon qu’il convient de gérer ses adversaires aujourd’hui. Trump a déclaré: «J’en sais plus sur l’EI que les généraux» et, en août, «je suis bien plus calé en politique étrangère» qu’Obama.

Moi je pense qu’il en est réellement convaincu.

Voilà les deux raisons fondamentales qui font de Trump un homme dangereux: il en sait très peu, mais il est convaincu d’en savoir beaucoup. Et il ne sait pas qu’il vaut vraiment la peine de connaître la plupart des choses qu’il ignore.

Fred Kaplan

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