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De quette à carré-bossu, nos perles du français de la semaine

Publié par MaRichesse.Com sur 7 Août 2016, 08:59am

Catégories : #INSOLITE

De quette à carré-bossu, nos perles du français de la semaine

Carré-bossu, un helvétisme tourmenté

Le délicieux blog yapalefeuaulac.ch est tenu par une Romande en exil francophone, qui a vécu à Montpellier, puis Montréal, à présent Nancy. Par effet de contraste dans ses divers environnements, elle s’amuse à comparer les différences de mots pour certaines notions, et à relever ses propres expressions typiquement romandes.

Elle a ainsi consacré plusieurs billets animés par les grands yeux de ses interlocuteurs lorsqu’elle parle de cheni(t), de sous-voie ou de lolette. Dans cet inventaire, même des Suisses francophones peuvent apprendre des mots issus de leur tradition locale. On repère ainsi le joli qualificatif «carré-bossu»: ce qui a une forme tourmentée, un peu tordue.

Le terme s’explique facilement par l’opposition qu’il met en scène. Il a ce charme tranquille des expressions simples, façonnées avec les mots imagés que l’on a sous la main, pour bien dire ce que l’on veut dessiner. Dans son lexique, le site topio.ch fournit un exemple, à la syntaxe elle-même un peu carré-bossue: «Après s'être assis sur son galurin il était tout carré-bossu.» Notre blogueuse, elle, se trouvait face à son amoureux français; en disant «caré-bossu», elle voulait décrire le relatif succès de la tresse qu’elle sortait du four. Concentré d’helvétismes, gourmand.


 

A remouille-mor, abondance vaudoise

C’est une histoire d’abondance. L’expression «à remouille-mor» décrit un état d’excès, une profusion, une satiété outrepassée. La formulation a son charme, avec cette radicale originalité, ce remouille-mor venu d’on ne sait où. On peut aussi dire à rebouille-mor.

L’année passée, le lettré retraité Bernard Glorr a publié une substantielle collection de mots locaux du plateau helvétique, Langage des Vaudois, chez Cabédita. Il vaut la peine de passer outre sa couverture plutôt rédhibitoire: l’ouvrage est généreux, avec quelque 4000 mots recensés dans les lexiques, les œuvres littéraires et autres diverses sources. Pour le parler vaudois, déjà assez copieusement documenté, c’est une somme récente. L’auteur explique comment le patois local, d’origine francoprovencale, a été francisé – mais en suivant les termes originaux – au XVIIIe siècle, ce qui constitue ce bagage d’expressions anciennes, datées et disons, racées.

A remouille-mor vient d’ailleurs d’une pure tournure issue du patois local, reboulye-mor. Pour exemplifier la notion, le lexicographe utilise un autre terme de vieux vaudois que nous avons évoqué naguère dans nos saveurs du français: «Ils se tchuffaient à rebouille-mor.» Mais donc, de quoi s’agit-il?


 

Viret, l’escalier qui réforme

Ceci n’est pas un hommage à Pierre Viret, vénérable et contestable figure de la Réforme en Suisse romande. Ce citoyen d’Orbe se retrouva à animer la dispute de Lausanne, 174 papistes déchaînés face à une petite meute de Réformateurs enragés. C’était un temps où la religion déchaînait les foules, et rendait les sots vraiment sots. Une ère que, Dieu/Allah merci, notre modernité a rendu lointaine.

Notre (Pierre) Viret était passé par Genève, la Rome du protestantisme tenue par l’effroyable Calvin. C’est justement de Genève que vient notre «viret». On le repère dans le précieux lexique en ligne d’Henry Suter. Un viret est un escalier en colimaçon, «généralement construit dans une tour», est-il précisé.

On ignore l’origine exacte de la tournure. Dans une proximité alphabétique, on relève «virolet», qui évoque un petit virage serré. L’expression est liée à la technique des moulins à vent, et elle renverrait à un terme d’ancien français désignant un bracelet. Peut-être n’y a-t-il aucun rapport; mais la figure hélicoïdale semble s’imposer. Le viret, l’escalier, tourne et tourne encore dans son ascension, rude et pénitente. Comme les marches serrées de la tour de la cathédrale de Lausanne, celle de la dispute, naguère.


 

Quette, malice tressautante

Elle virevolte dans l’air, elle se soulève, elle retombe, elle s’agite en suivant la vie agitée de la tête qui la porte. C’est une petite tresse de cheveux, bien ramassée, serrée, pas trop longue, mais qui bouge en rythme selon les refus marqués – la tête, folle, oscille de gauche à droite – ou les acquiescements enthousiastes (de haut en bas, et inversement). Ainsi va la vie d’une quette, selon les états d’âme de sa détentrice.

«Quette» désigne une courte queue de cheval, qui peut être savamment emmêlée et nouée. Le terme est aussi bref que son histoire paraît nébuleuse; les dictionnaires localisent le mot en Suisse romande, sans autre précision. Le Larousse signale ainsi: «En Suisse, petite tresse de cheveux». Le lexique ne s’avance pas davantage. On écume les lexiques, sans trouver de source solide fondant ce cours mot, qui toujours, vole en quasi-apesanteur.

Il doit y avoir une piste, la traque est lancée. On cherchera en dodelinant du crâne, à droite, à gauche, faisant encore valser la mèche. Mystère d’un helvétisme qui fouette l’air avec vivacité et neutralité. 

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