Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


300 000$ en lave-vaisselle pour les prisonniers

Publié par MaRichesse.Com sur 8 Août 2016, 16:27pm

Catégories : #INSOLITE, #CANADA

300 000$ en lave-vaisselle pour les prisonniers

Après avoir doté la prison d’Orsainville de la «Cadillac» des lave-vaisselle, le gouvernement l’a changée à grands frais pour une «Ferrari», deux ans plus tard, en essayant vainement de refiler la facture au secteur privé.

La juge Johanne April, de la Cour supérieure, vient de servir une douche d’eau froide à la Société québécoise des infrastructures (SQI) – le bras immobilier du gouvernement provincial – en rejetant sa réclamation de 234 000 $ contre des entreprises choisies pour la guider dans son achat. 

 

« Pas les bienvenus »

 

En avril 2010, la SQI achetait et faisait installer un lave-vaisselle commercial du manufacturier canadien Champion à la cafétéria de la prison d’Orsainville, au coût de quelque 110 000 $, pour remplacer celui de marque Hobart qui s’y trouvait depuis 20 ans.

L’appareil de trois mètres de long et d’une durée de vie de 25 ans lui avait été suggéré par un cuisiniste professionnel, Julien Pelletier, qui avait déjà fait le même travail pour les prisons de Sept-Îles, Roberval et Percé.

Le Champion coûtait moins cher que le modèle Hobart neuf et, contrairement à ce dernier, son installation ne nécessitait pas l’utilisation onéreuse d’une grue pour le manipuler, selon le défendeur.

Mais au moment de l’installer et de former les préposés à l’utiliser, «on n’était pas les bienvenus» à la prison, a témoigné le directeur national des ventes du manufacturier, Claude Millette, en qualifiant son modèle de «Cadillac du lave-vaisselle».

«On s’est fait dire: “On n’en veut pas de votre machine, elle ne fera pas long feu ici”», a-t-il ajouté au procès qui a duré trois jours.

 

Fonds publics à l’eau

La prison voulait «la Ferrari» des lave-vaisselle, a imagé un autre sous-entrepreneur de la SQI. Plaintes et bris se sont accumulés.

«En fait, les utilisateurs [...] refusaient de se soumettre à une nouvelle méthode de chargement du lave-vaisselle, a-t-elle précisé. Il est clair pour le Tribunal que l’Établissement ne voulait pas du lave-vaisselle Champion.»

En septembre 2012, la SQI remplaçait «à grands frais» ce modèle par un Hobart.

«La demanderesse est la seule responsable des coûts engendrés par une décision qui n’avait pour but que de satisfaire les préposés de l’établissement (de détention de Québec)», soit les détenus qui manœuvraient l’appareil et les fonctionnaires responsables du service de l’alimentation de la prison, a tranché la juge.

Elle a rappelé à la SQI qu’il s’agissait de «fonds publics». «Il va sans dire que cette façon de faire ne rejoint en rien les objectifs de la loi en matière de procédures dans les contrats des organismes publics.»

– Avec la collaboration de Kathryne Lamontagne, Le Journal de Québec

LE MODÈLE INSTALLÉ EN 2010

300 000$ en lave-vaisselle
PHOTO COURTOISIE

♦ De marque Champion

♦ Coût de l’achat et de l’installation: 110 000 $

♦ Avantage: ne nécessitait pas l’utilisation d’une grue pour l’installer à la cafétéria de la prison

300 000$ en lave-vaisselle
PHOTO COURTOISIE

♦ Désavantage: son convoyeur de 24 pouces était moins large que le lave-vaisselle précédent et les préposés de la prison se plaignaient qu’ils ne pouvaient plus y insérer leurs tôles de cuisson

♦ La SQI l’a mis en vente à un prix indéterminé à l’automne 2012 avec la mention que l’appareil comportait «des défauts»

LE MODÈLE INSTALLÉ EN 2012

300 000$ en lave-vaisselle
PHOTO COURTOISIE

♦ De marque Hobart

♦ Coût de l’achat et de l’installation: 182 900 $

♦ Avantage : son convoyeur de 30 pouces, identique au modèle Hobart que la prison avait avant 2010, permet une meilleure capacité de rangement, comme le réclamaient les préposés

♦ Désavantage : on a dû le faire entrer en pièces détachées par une fenêtre de la prison au moyen d’une grue parce que ses composantes ne passaient pas dans les portes, haussant la facture

«UNE ABERRATION», DÉNONCENT LES AGENTS CORRECTIONNELS

Mathieu Lavoie, président du syndicat des gardiens de prison
PHOTO COURTOISIE
Mathieu Lavoie, président du syndicat des gardiens de prison

Pour les agents correctionnels, c’est «une aberration» que le gouvernement ait dépensé autant d’argent pour deux lave-vaisselle plutôt que de sécuriser ses prisons après les évasions de détenus en hélicoptère de 2013 et de 2014.

«Ça représente malheureusement la gestion tout croche dans le secteur correctionnel», a commenté le président de leur syndicat, Mathieu Lavoie.

«Ils trouvent de l’argent pour remplacer un lave-vaisselle neuf et payer des avocats pour des poursuites, mais quand on leur demande d’améliorer la sécurité dans les prisons, ils nous répondent qu’on est en période d’austérité», a-t-il ajouté.

Il a rappelé que les négociations avec l’État afin de renouveler la convention collective des 2800 gardiens de prison reprennent en septembre.

«On va les attendre dans le détour.»

 

435 000 $ pour des filets

Québec a défrayé 435 000 $ pour installer des filets dans les cours extérieures de cinq de ses centres de détention, à la suite de l’évasion en hélicoptère de deux prisonniers à Saint-Jérôme, en 2013, et de trois autres à Orsainville, en 2014.

Or, à la note de 300 000 $ pour les deux lave-vaisselle installés à la prison d’Orsainville, la SQI (Société québécoise des infrastructures) a versé des dizaines de milliers de dollars aux divers sous-entrepreneurs embauchés pour l’achat et l’installation de ces appareils. Elle a aussi payé deux avocats pour piloter le recours qu’elle a intenté en justice.

La SQI s’est également payé les services de l’ingénieure Sylvie Savoie à titre de «témoin expert» durant ces procédures judiciaires.

Mme Savoie a reçu la somme de 37 000 $ pour ses services. Elle a rédigé un volumineux rapport où elle estime que la SQI était justifiée de remplacer le lave-vaisselle Champion après deux ans d’utilisation puisque l’appareil était devenu «impropre à l’usage auquel il était destiné».

Mais la juge a rejeté sa conclusion en la qualifiant d’«impensable», en l’absence de vice de fabrication.

De plus, le tribunal a noté que l’ingénieure avait «un parti pris favorisant la demanderesse».

 

55 000 $ pour sa défense

Pour se défendre contre la SQI, Julien Pelletier, le cuisiniste professionnel qui avait suggéré d’acheter le modèle Champion, a dû débourser 55 000 $ en frais d’avocats. «C’est pas des fonds publics, ça. J’ai payé de ma poche parce que je n’avais pas d’assurances», a-t-il réagi. D’après lui, les honoraires d’avocats que lui et les autres défendeurs ont dû payer dans cette affaire «dépassent probablement le coût de la réclamation de la SQI».

Des sommes qui ne leur seront pas remboursées, même si la juge les a absous de toute faute.

«J’ai 82 ans et je suis en fin de carrière, a dit M. Pelletier. Je fais des plans de cuisine depuis 1964. Ce n’était pas mon premier contrat avec le gouvernement. Mais c’est la première fois que ça m’arrivait.» 

 Source

Commenter cet article

Archives