Les images résument la stupéfaction suscitée mercredi au Royaume-Uni, par la nomination de Boris Johnson, ancien maire de Londres et leader de la campagne pro-Brexit, à la tête de la diplomatie britannique. « Ils viennent de le nommer ministre des Affaires Etrangères ? », demande mi hébétée mi abattue, Angela Eagle, députée travailliste et candidate à la direction de son parti.

Quinze jours après l’annonce de son retrait dans la course à la succession de David Cameron, son retour sur le devant de la scène à un poste stratégique a surpris l’ensemble des observateurs. D’autant que Boris Johnson n’est pas particulièrement reconnu pour sa diplomatie.

Une décision stratégique

Barack Obama ? Un « hypocrite ». Hillary Clinton ? « Une infirmière sadique ». Vladimir Poutine ? Un « diable ». Depuis sa nomination mercredi 13 juillet, plusieurs médias anglo-saxons, comme The Atlantic ou The Independentont énuméré les innombrables gaffes et insultes signées Boris Johnson à l’égard de dirigeants internationaux ou de certaines populations. Comment expliquer le choix de Theresa May, qui a repris les rênes du pays ?

« Les choses ont été probablement plus calculées qu’on ne l’imagine. Y compris concernant le départ de Johnson, peut-être pensé à l’avance et qui relève davantage de la scénographie que du réel coup de théâtre », avance dans un premier tempsAgnès Alexandre Collier, universitaire et auteur du livre Les Habits neufs de David Cameron. « La décision est surprenante au regard de sa personnalité et de ses gaffes mais elle répond aux attentes de la base électorale. Le nommer à un poste aussi important peut également être un moyen de le remettre dans le rang », ajoute-t-elle. Une décision stratégique qui s’inscrit dans un ensemble gouvernemental relativement équilibré.

Un passé cosmopolite

Si l’indélicatesse et le franc-parler de l’ancien maire de Londres sont devenus les marques de fabrique de cette personnalité politique clivante, Boris Johnson n’est pas dépourvu de qualités pour endosser le costume de ministre des Affaires Etrangères : « Il a quand même été longtemps correspondant à Bruxelles, il est né à New York et est très cosmopolite dans sa façon de vivre, dans son parcours. Il possède de nombreuses attaches et de contacts aux quatre coins du monde », poursuit l'universitaire. 

Martin Schulz, président du Parlement européen, a vertement critiqué la composition du gouvernement de Theresa May, accusée de « satisfaire la cohésion interne du Parti conservateur ». Pour Agnès Alexandre Collier, il s’agit surtout d’un « équilibre des forces ». En choisissant de donner à Johnson, pro-Brexit engagé mais plus acceptable qu’un Nigel Farage jugé trop à droite, les Affaires Etrangères, Theresa May y voit la possibilité d’éloigner le turbulent ex-maire de Londres des négociations et de Bruxelles. L’homme qui devrait mener ces négociations s’appelle David Davis, partisan du Brexit, et désormais à la tête d’un secrétariat d’Etat entièrement dédié à la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. En attendant, Boris Johnson pourra continuer de s’essayer au rugby contre des enfants japonais