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Quand Mao disait: «Il est juste 
de se rebeller»

Publié par MaRichesse.Com sur 4 Juillet 2016, 10:20am

Catégories : #POLITIQUE, #CHINE, #MONDE

Quand Mao disait: «Il est juste 
de se rebeller»

Le 16 juillet 1966, Mao Tsé-toung traverse à la nage le Yang-tsé à la hauteur de la ville industrielle de Wuhan, un endroit où le fleuve qui divise la Chine en deux a des allures de vaste bouillon brunâtre. Durant une heure et cinq minutes, accompagné de ses gardes du corps, l’homme de 73 ans évolue «comme un poisson dans l’eau», rapporteront les médias chinois. En pleine forme physique, il est prêt à mener son dernier combat: la Grande Révolution culturelle prolétarienne. Après la révolution d’Octobre 1917 en Russie, qui vit le triomphe du socialisme sous la férule de Lénine, ce sera la lutte qui conduira à la réalisation complète du communisme.

Dès le lendemain, après un voyage en train, il retrouve Pékin et prend tout son monde de court. Il écarte les plus hauts dignitaires du régime qui se sont mis en travers de son chemin, à commencer par Deng Xiaoping et Liu Shaoqi, et rédige ses dazibaos: «Il est juste de se rebeller» et «Bombarder le quartier général».

Dans les jours qui suivent, les Gardes rouges entrent alors véritablement en action, d’abord à Pékin puis dans tout le pays. Dans une ferveur mystique, brandissant le livre de citations du Grand Timonier – connu hors de Chine sous le nom de Petit Livre rouge –, ils font le procès de leurs professeurs, partent à l’assaut des temples, saccagent les églises, brûlent les livres anciens, menacent les rares étrangers, accusent les détenteurs de l’autorité d’être vendus à la cause capitaliste et les cadres du parti de révisionnisme bourgeois.

«C’était un piège parfait, il a utilisé la jeunesse contre le parti», raconte Frank Dikötter, historien à l’Université de Hongkong, qui vient de publier un livre sur la Révolution culturelle*. Mais de quel piège parle-t-on? Pourquoi Mao, qui était l’objet d’un culte de la personnalité depuis l’arrivée au pouvoir des communistes en 1949, prend-il le risque de détruire l’œuvre de toute une vie?

Pour comprendre, il faut faire un petit saut en arrière. Dix ans plus tôt, en 1956, le grand frère soviétique se remet en question: dans un rapport longtemps tenu secret du grand public, mais dont les camarades chinois auront vite connaissance, Nikita Khrouch­tchev dénonce le culte de la personnalité et les crimes de son prédécesseur, Joseph Staline. Deux ans plus tard, le secrétaire général du Parti communiste d’URSS propose une «coexistence pacifique» avec l’Occident. C’est la rupture au sein du mouvement communiste mondial, puis bientôt entre Moscou et Pékin.

Face au «révisionnisme» soviétique, la Chine va incarner la voie pure de la lutte anticapitaliste. En 1958, Mao Tsé-toung, dont l’autorité commence à son tour à être contestée, impose le Grand Bond en avant, un programme délirant d’industrialisation des campagnes ayant pour but de dépasser en quelques années l’Occident et qui s’achèvera deux ans plus tard avec la plus grande famine provoquée par l’homme: 30 à 40 millions de morts.

Tenu pour le principal responsable de cet échec, Mao va être marginalisé au début des années 1960, les références à sa pensée disparaissent de la Constitution, il doit céder du terrain aux réformistes. «Mao prend peur, il craint d’être dénoncé comme Staline pour les crimes du Grand Bond en avant, explique Frank Dikötter. Il veut défendre son héritage.»

Voilà le moteur de la lutte de pouvoir qui s’annonce. Qui sera le Khrouchtchev chinois? Deng Xiaoping, Liu Shaoqi,Peng Zhen, le maire de Pékin qui sera la première victime des purges à venir? En 1962, une conférence sur le bilan du Grand Bond en avant avait réuni 7000 cadres. Nombreux étaient ceux qui étaient remontés contre Mao. Lequel déclencherait le mouvement, qui seraient les traîtres?

«Le but de la Révolution culturelle sera de détruire le tissu social, de diviser les familles, d’atomiser la société afin que chaque Chinois n’ait plus d’autre choix que de déclarer sa loyauté au grand homme, à l’unique leader, Mao», poursuit l’historien. La révolution socialiste avait liquidé la classe capitaliste dès le début des années 1950. Mais les idées capitalistes étaient toujours en embuscade. «Mao a voulu éradiquer la culture bourgeoise qui représentait le terreau du révisionnisme. Il fallait détruire ces idées. La culture traditionnelle chinoise faisait partie de ce même vieux monde, elle devait disparaître.»

Comme toujours, le calcul politique se confond avec le combat idéologique, la soif de vengeance contre des ennemis réels ou imaginaires nourrit le discours contre le révisionnisme. Le leader chinois ne voit aucune distinction entre sa personne et la révolution. «Mao était la révolution.»

Le parti lui étant devenu majoritairement hostile, sur qui d’autre s’appuyer sinon la jeunesse, cette jeunesse nourrie des récits héroïques de la Commune de Paris et de leurs parents qui avaient lutté contre l’impérialisme, vaincu le capitalisme, instauré la République populaire? Alors que l’hydre capitaliste menace de refaire surface, les étudiants sont prêts à leur tour à se vouer corps et âme à la geste révolutionnaire, avides de prouver leur dévotion envers Mao, de bousculer l’ordre établi, de remettre la Chine en marche. Une expérience qui va plonger la Chine dans un bain de sang, malmener tout un peuple, soumis une nouvelle fois aux caprices de son empereur.

«The Cultural Revolution, A People’s History»,Ed. Bloomsbury, 2016.


Chronologie

1949 Fondation 
de la République populaire 
de Chine.

1956 Rapport Khrouchtchev 
sur les crimes 
de Staline.

1958 Lancement 
par Mao 
du Grand Bond 
en avant, qui se soldera 
par la mort de 30 à 40 millions 
de personnes.

1966 Début de la Grande Révolution culturelle prolétarienne.

1968 Intervention 
de l’armée pour mettre un terme 
à la guerre civile.

1976 Mort de 
Mao Tsé-toung.

1981 Le Parti communiste conclut 
que la Révolution culturelle
 a été une «grave erreur» ayant entraîné 
«une catastrophe pour le pays 
et pour le peuple».

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