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Pourquoi repousser l'âge de la retraite est une fausse bonne idée

Publié par MaRichesse.Com sur 12 Juillet 2016, 04:33am

Catégories : #ECONOMIE

Pourquoi repousser l'âge de la retraite est une fausse bonne idée

La droite veut imposer le sujet d’un nouveau report de l’âge limite de départ à la retraite. Le sujet n’est pourtant pas d’actualité, pour les économistes Henri Sterdyniak et Jacques Bichot…

Optimisme. Le Comité de suivi des retraites a rendu lundi un rapport soulignant « l’amélioration lente mais sensible » du système de retraites français. Une conclusion qui a évidemment satisfait Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, qui a traduit à sa manière l’avis du comité en assurant que « l’équilibre est bien de retour », quand Manuel Valls s'est réjoui du « très net rétablissement de notre système de retraites ».

 

De l'autre côté de l'échiquier politique, les réactions ont toutefois été différentes. L'opposition continue en effet de présenter le régime français comme un navire percé qu’il faudrait remettre à flot de toute urgence, grâce à un curseur : l’âge limite de départ à la retraite. Fixé à 62 ans aujourd’hui, il faudrait le repousser à 63 ans pour Nadine Morano, 64 pour Nicolas Sarkozy, 65 ans pour Jean-François Copé, Alain Juppé ou encore François Fillon, entre autres figures des Républicains.

Marisol Touraine a pourtant été claire, lundi, lors de la présentation du rapport à Matignon : « la question de l’âge du départ en retraite n’a plus aujourd’hui de raison d’être posée pour des raisons financières ». 

Une solution « contre-productive »

Difficile d'y voir clair, donc. Faut-il modifier l'âge de départ à la retraite ? C'est non, pour l’économiste libéral Jacques Bichot, professeur à l’université Lyon-3 et spécialiste du régime des retraites : « Il n’y a aucune raison que la classe politique s’occupe d’un levier technique comme celui-ci, que ce soit pour le mettre à 60, 62 ou 65 ans. Ils s’intéressent à ce curseur qui ne devrait être manœuvré que par les responsables techniques du système de retraites. » 

Si, pour Henri Sterdyniak, directeur de département à l’OFCE et signataire du manifeste des économistes atterrés, « c’est la responsabilité et le rôle de l’Etat de fixer l'âge de départ », la question d'un report, brandi par la droite, est également hors-propos. « On est encore dans une situation de chômage de masse, donc parler de repousser l’âge de la retraite paraît tout à fait contre-productif, car cela augmentera encore la difficulté des jeunes à trouver un emploi et des seniors à s’y maintenir, explique-t-il. Ce n’est pas d’une actualité brûlante, il faut attendre et voir. » Au contraire, pour lui, s'il doit y avoir modification, c'est dans le sens d'un abaissement pour les situations particulières : « Il faut, si possible, ouvrir des conditions de retraites favorables aux personnes qui, à partir de 58, 60 ans, ne trouvent pas d’emploi. Il faut des mécanismes de préretraites pour ces personnes usées physiquement et moralement. »

Le problème qui se profile à l’horizon et qui est déjà souligné par le rapport du Comité de suivi des retraites est le risque de paupérisation des retraités (2.049 euros par mois en moyenne en 2013). L’équilibre dont parle Marisol Touraine est en effet obtenu par une baisse du niveau relatif des retraites. « Il faut faire un choix : acceptons-nous cette idée qu’à l’avenir, on va baisser fortement le niveau des retraites, de 20 à 25 %, ou devons-nous procéder à une hausse des cotisations, ce qui me semble inéluctable ? », dit Henri Sterdyniak.

 

L’option de l’âge pivot

Pour atteindre un réel équilibre budgétaire, Jacques Bichot estime qu'agir sur la limite de 62 ans est largement insuffisant. Selon lui, à gauche comme à droite, jouer sur ce levier permet de simplifier le débat auprès de l’opinion publique, en évitant aux hommes et femmes politiques d’assumer leur rôle sur cette question, celui d’engager une réflexion sur la notion même d’âge limite. « Il y a deux façons de procéder sur l’âge : soit prendre un âge de retraite officiel qui sert de marqueur, comme en France à 62 ans ; soit s’inspirer des conceptions suédoise, américaine et allemande par exemple, dans laquelle on fixe un âge "pivot" », explique Jacques Bichot.

Dans ce second système, le calcul de la pension de retraite se fait à partir de cet âge pivot, mais le salarié a le choix de partir avant ou après. S’il part plus tôt, sa pension sera affectée en conséquence, plus tard elle sera majorée sur la même base. « Cela donne une liberté complète aux gens, ils choisissent, tout en évitant que les plus astucieux qui voudraient profiter du système gaspillent aux détriments des autres », décrit l’économiste. 

« On a politisé ce sujet [l'âge de la retraite] qui est technique, alors que les politiques ne s’occupent pas des questions de réforme systémique qui sont pourtant éminemment politiques, conclut Jacques Bichot. Dans le système actuel, on peut faire des modifications de détails qui seraient positives (améliorer la coordination entre régimes général et complémentaires, par exemple), mais ça ne résoudra pas l’essentiel des problèmes. » 

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