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Les terribles leçons d’un ramadan de sang

Publié par MaRichesse.Com sur 7 Juillet 2016, 05:31am

Catégories : #RELIGION

Les terribles leçons d’un ramadan de sang

Daech, le mal nommé « Etat islamique », a prouvé, au cours de ce deuxième ramadan depuis la proclamation de son pseudo-califat, une capacité de frappe à l’échelle du monde entier qui invalide largement les succès militaires, par ailleurs limités, remportés par ses adversaires. C’était au cours du ramadan 2014 qu’Abou Bakr al-Baghdadi s’était auto-proclamé « calife » à Mossoul, et le ramadan suivant avait déjà été particulièrement sanglant. Mais les leçons de ce ramadan 2016 sont encore plus terribles.

 

Une capacité de frappe terroriste à l’échelle de la planète

J’avais, une semaine avant la fin de ce ramadan 2016, souligné le bilan terroristesans précédent, d’ores et déjà infligé par Daech depuis les Etats-Unis jusqu’à la Turquie, en passant par la France, la Jordanie, l’Irak et le Yémen. Ce bilan s’est très nettement alourdi au cours des derniers jours du mois de jeûne, avec, outre le carnage qui a endeuillé Bagdad, le 3 juillet, des attaques sanglantes et répétées au Bangladesh et en Arabie Saoudite.

La volonté de souiller le mois le plus sacré du calendrier musulman et cette concentration ultime de frappes dans des pays musulmans démontrent une fois de plus que l’ennemi prioritaire de Daech, ce sont les Musulmanes et les Musulmans. Ce sont en effet les populations musulmanes auxquelles la secte djihadiste veut imposer par la terreur son credo totalitaire. Rappelons que les partisans de Baghdadi réservent à eux-mêmes le terme de « Musulmans » pour mieux qualifier les sunnites d' »apostats » et les chiites d' »hérétiques » (les non-Musulmans, quelle que soit leur religion, ou leur absence de religion, sont inclus dans la catégorie djihadiste des « Juifs et Croisés »).

Des victoires contre Daech limitées et largement contre-productives

La reconquête de Fallouja à la fin juin, après deux ans et demi d’occupation djihadiste, a été célébrée comme une victoire majeure sur Daech. Elle s’est pourtant accompagnée d’un désastre humanitaire pour la population sunnite de la ville « libérée ». Et elle n’a pas empêché la mort de plus de 250 personnes à Bagdad quelques jours après que les autorités irakiennes ont proclamé avoir « cassé » Daech. En outre, la « libération » de Fallouja a vu les milices chiites, qui n’ont rien à envier à Daech en termes de rage confessionnelle, multiplier les exactions systématiques. L’annonce par le gouvernement irakien d’exécutions de condamnés à mort en « représailles » aux attentats de Daech risque de précipiter l’Irak encore plus dans la spirale de la polarisation communautaire. N’oublions jamais que, en cas d’escalade dans la barbarie, Daech sera toujours plus barbare, et donc, de son point de vue, plus efficace.

Dans un tel contexte, il serait totalement contre-productif d’engager des troupes au sol en Irak, comme cela put être proposé ces derniers jours en France. Les militaires et surtout les paramilitaires irakiens ne sont en effet pas considérés par les Irakiens comme une armée nationale, mais comme une garde prétorienne hostile à la population sunnite, au service d’un régime identifié à la communauté chiite. Quant à la coopération occidentale avec les milices kurdes en Irak, elle n’a pas donné plus de résultat que dans la Syrie voisine, car ces forces ethniquement marquées ont atteint la limite de leur projection territoriale. Enfin, dans le sanctuaire syro-irakien de Daech, dont la carte établie au 1er juillet 2016 par l’Institute for the Study of War (ISW) figure ci-dessous, c’est le volet syrien qui attire les djihadistes étrangers, et non l’Irak. C’est donc en Syrie, en partenariat au sol avec une force arabe et sunnite crédible, que doit se porter l’effort prioritaire contre Daech.

 

L’Arabie saoudite en ligne de mire des djihadistes

Trois attentats-suicides ont frappé le territoire saoudien, le 4 juillet, pour un bilan total d’au moins sept morts. Le caractère coordonné de ces frappes est d’autant plus préoccupant que les cibles ont été très consciemment « mixées » pour maximiser l’impact terroriste : c’est le consulat américain tout proche qui était sans doute visé à Djedda, c’est la population chiite, déjà durement frappée par Daech, qui était visée à Qatif et c’est la protection des lieux saints par la famille Saoud qui était visée à Médine (le titre officiel du roi Salman comme de ses prédécesseurs est « gardien des deux sanctuaires », soit La Mecque et Médine, les deux sites les plus sacrés de l’Islam).

On est encore loin des bilans sanglants enregistrés lors de la campagne terroriste menée par Al-Qaida pour la Péninsule arabique (AQPA) en 2003-2005, mais la tendance lourde est très préoccupante. Pour Al-Qaida hier et pour Daech aujourd’hui, le régime Saoud se trouve au cœur de cette « apostasie » dont ils prétendent purger l’Islam sunnite (d’où leur disponibilité à mener comme à Médine des attaques littéralement sacrilèges). Il n’est pas inutile de rappeler cette hostilité fondamentale à l’heure où fleurissent les amalgames les plus nauséabonds. Les politologues Stéphane Lacroix et Laurent Bonnefoy, dans un passionnant article de la revue « Le Crieur » sur le « problème saoudien », soulignent le « positionnement plus stratégique qu’idéologique » du régime de Riyad dans « une lutte qui s’attaque frontalement aux djihadistes ».

En conclusion, ce sombre ramadan 2016 prouve l’inefficacité de la soi-disant « coalition » anti-Daech à enrayer une expansion djihadiste à la fois idéologique et terroriste. Le mirage des « libérations » territoriales détourne trop souvent de cette triste réalité. Espérons qu’elle sera enfin prise en compte avant de nouvelles et trop prévisibles tragédies. 

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