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Le patron officieux de l’UEFA a traversé l’Euro comme un fantôme

Publié par MaRichesse.Com sur 9 Juillet 2016, 04:27am

Catégories : #FOOTBALL, #EUROPE

Le patron officieux de l’UEFA a traversé l’Euro comme un fantôme

D’une discrétion légendaire, Angel Maria Villar Llona a traversé l’Euro 2016 comme un fantôme. Cheveux poivre et sel et démarche claudiquante, le dirigeant espagnol a pourtant multiplié les sauts de puce pourassister à de nombreux matchs. On l’a souvent aperçu, en tribunes, aux côtés du président de la République François Hollande, lors des rencontres de l’équipe de France. Ou en train d’échanger avec le premier ministre Manuel Valls, né à Barcelone, comme lors de la demi-finale entre le Portugal et le Pays de Galles, le 6 juillet. On le vit d’ailleurs s’endormir à côté du Prince William, lors du barbant Angleterre-Slovaquie (0-0).

A 66 ans, Villar tire, dans l’ombre, les ficelles du football européen. Indéboulonnable président de la Fédération de son pays (la RFEF) depuis 1988, le Basque est devenu, de facto, l’homme fort de l’UEFA depuis le 9 mai et la confirmation par le Tribunal arbitral du sport (TAS) de la suspension de quatre ans de son dirigeant Michel Platini. S’il n’a pas été officiellement nommé patron par intérim de la Confédération du Vieux continent, l’ex-milieu international (22 sélections avec la Roja entre 1973 et 1979) de l’Athlétic Bilbao remplace, en tant que « premier vice-président », « Platoche » sur le plan protocolaire durant l’Euro.

Lire aussi :   Football : y a-t-il un pilote à l’UEFA ?

C’est à lui que reviendra la charge de remettre le trophée Henri-Delaunay à Hugo Lloris ou à Cristiano Ronaldo, les capitaines respectifs de la France et du Portugal, à l’issue de la finale du tournoi, dimanche 10 juillet, au Stade de France. Le natif de Bilbao avait déjà rempli ce rôle, le 28 mai, à Milan, lors de la finale de Ligue des championsremportée (1-1) aux tirs au but par le Real Madrid face à son frère ennemi de l’Atlético.

Un apparatchik diplomate et élégant

Depuis le 8 octobre 2015 et la suspension provisoire de 90 jours prononcée à l’encontre de Michel Platini par le comité d’éthique de la FIFA, Villar préside les réunions du gouvernement- le comité exécutif de l’UEFA, laissant le soin au secrétaire général par intérim, le Grec Theodore Theodoridis, de gérer les affaires courantes. « Il ne remplace pas Michel Platini au jour le jour », précise-t-on à Nyon (Suisse), au siège de l’instance.

Affable et matois, Villar a su occuper l’espace, polissant son image de vieux sage en cette période critique de vacance du pouvoir. « Il a réussi à bien gérer une étape très difficile de la vie de l’UEFA, qui dure depuis octobre 2015, affirme l’Italien Giancarlo Abete, troisième vice-président de la Confédération. Durant ces neuf mois, l’UEFA a dûfaire face à des moments difficiles, mais les choix opérés par Villar et par le comité exécutif sont gagnants. » « Avec le premier vice-président, la maison est bien tenue même s’il n’y a pas de chef », abonde la Française Florence Hardouin, élue début mai au gouvernement de l’UEFA.

« Sous sa présidence, le football espagnol a connu de beaux succès, indique un ancien haut dirigeant de la FIFA. Il a été l’un des premiers ex-joueurs à devenir dirigeants. D’où de bonnes décisions. C’est un dirigeant « longue durée » que l’on retrouve dans des rôles majeurs mais toujours en appui et jamais au front à la FIFA ou à l’UEFA. »Nombreux sont les dirigeants du foot mondial à le dépeindre comme un apparatchik élégant et diplomate, qui a tour à tour été proche de l’ex-président de la FIFA (1998-2016), Sepp Blatter, et de Michel Platini.

« C’est un mec intelligent, un catholique convaincu, un type fascinant, cultivé, contradictoire. Il est devenu avocat après sa carrière de joueur. Il est tout le contraire du bureaucrate moyen, développe William Gaillard, ex-directeur de la communication et des relations publiques de l’UEFA et ancien proche conseiller de Michel Platini. Il a toujours joué au porteur d’eau, soutenant Blatter à la FIFA. Il a par ailleurs soutenu l’ex-président de l’UEFA Lennart Johansson en 2007 avant de rester fidèle à Platini après son élection. »

Un faiseur de roi

Numéro 2 de la puissance confédération et vice-président de la FIFA depuis 1998, Villar s’est avéré être le principal allié du Suisse Gianni Infantino, l’ex-secrétaire général de l’UEFA (2009-2016), élu le 26 février à la présidence de la Fédération internationale. En octobre 2015, il a notamment favorisé la candidature de l’ancien bras droit de Michel Platini afin de remplacer ce dernier, dont les ambitions étaient quasi-mortes. Malgré sa maîtrise imparfaite voire quasi-nulle de l’anglais, il avait mené des tractations secrètes la veille de la victoire dans les urnes d’Infantino - qu’il n’apprécie que très moyennement - à l’hôtel Baur au Lac de Zurich. Là-même où sept dirigeants de la FIFA avaient été arrêtés, le 27 mai 2015, par la police suisse, sur ordre de la justice américaine.

Pour faire couronner Infantino, le faiseur de roi Villar avait notamment activé ses réseaux en Amérique du Sud. Dans cette entreprise, il pouvait notamment compter sur l’aideprécieuse de son fils, Gorka, secrétaire général de la Confédération d’Amérique du Sud (Conmebol) et ex-membre de la commission des réformes de la FIFA. En outre, la justice uruguayenne s’intéresse beaucoup à « Villar junior », appelé à répondre à des accusations d’extorsion et de corruption, après les témoignages d’Eugenio Figueredo, ex-patron de la Conmebol et inculpé par la justice américaine.

Angel Maria Villar est lui aussi une figure controversée. Sous le coup d’une procédure du comité d’éthique de la FIFA, le dirigeant s’est vu infliger, en novembre 2015, une amende de 25 000 francs suisses (23 150 euros) ainsi qu’un avertissement. L’Espagnol a été sanctionné pour ne pas voir apporté tout le concours nécessaire à l’enquêteinterne de l’ex-procureur américain Michael Garcia sur l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022, respectivement à la Russie et au Qatar. Il s’était même montré méprisant voire insultant envers le fin limier.

Chef de file de la candidature commune de son pays et du Portugal à l’organisation de l’édition 2018, le sexagénaire avait été prié de témoigner pour avoir fait partie des 22 votants qui ont participé, le 2 décembre 2010, au scrutin d’attribution des deux prochaines Coupes du monde. « Il n’admet aucune suspicion, explique William Gaillard. Il s’estime droit et honnête. Et c’est le cas, il est propre et n’a jamais mis la main dans la caisse. Mais il n’aime pas les commissions d’enquêtes. »

Ses liens troubles avec le Qatar

En octobre 2015, Sepp Blatter a lâché sans retenue ses coups dans un entretien au Financial Times, mouillant Villar dans le « Qatargate ». « Il y a eu une sorte d’arrangement entre l’Espagne et quelques votants sud-américains (le Brésilien Ricardo Teixeira, le Paraguayen Nicolas Leoz et l’Argentin Julio Grondona, décédé en 2014)qui se sont reportés sur le Qatar : vous votez pour moi et je vote pour vous », glissait alors l’ex-patron du foot mondial, depuis suspendu six ans par le comité d’éthique de la FIFA.

image: http://s2.lemde.fr/image/2016/07/09/534x0/4966964_6_41d3_michel-platini-et-angel-maria-villar-en_6fd45e907271e2360970384961873c0c.jpg

Michel Platini et Angel Maria Villar, en juillet 2015.

Dans leur ouvrage « Fifagate » (Michel Lafon, 2015), les journalistes Philippe Auclair et Eric Champel avait décortiqué les liens troubles l’Espagne et le Qatar. Sandro Rosell, ex-président du FC Barcelone, avait notamment scellé un contrat de sponsoring à Qatar Sports Investments (aussi propriétaire du PSG) contre 166 millions d’euros. Un partenariat qui s’étirait sur cinq ans, à compter de la saison 2011-2012.

Selon les auteurs de l’ouvrage, Villar et les Qataris se seraient accordés sur un échange de votes, en février 2010, en marge de la présentation de Pep Guardiola, alors manageur du Barça, comme ambassadeur officiel de la candidature de l’émirat. Par ailleurs, le Real Madrid avait également tissé des liens avec l’académie qatarie Aspire, apportant son expertise en matière de formation.

Durant l’Euro, de nombreux observateurs ont « tiqué » lorsque l’UEFA, clémente, a infligé à la Russie une suspension avec sursis après les violents débordements, àMarseille, de ses hooligans. Villar n’est-il pas le responsable du groupe en charge à la FIFA de l’organisation du Mondial 2018, en Russie ? Une position qui alimente les suspicions de collusions d’intérêts. Dans son propre pays, le dirigeant espagnol s’est aussi fait beaucoup d’ennemis malgré les trois sacres de la Roja (Mondial 2010, Euros 2008 et 2012) sous son règne.

Patron de la Ligue professionnelle, Javier Tebas le déteste. Omnipotent à la « Ciudad del futbol », le siège de la Fédération espagnole à Las Rosas, près de Madrid, Villar aspirait à être reconduit pour un sixième mandat à la tête de RFEF. Or, le sexagénaire doit comparaître, le 15 septembre, devant le tribunal de Majadahonda suite à une plainte déposée contre lui par son challenger Miguel Galan. Son adversaire l’accuse d’avoir lui-même fixé la date du scrutin, prévu cet été. Proche du parti nationaliste basque, Villar entretient par ailleurs une guerre larvée avec le Conseil supérieur du sport, l’équivalent du Ministère des sports en France, qui rêve de le déloger de son grand bureau de la « Ciudad del futbol. »

Des ambitions à l’UEFA ?

Après l’élimination (2-0) de la Roja par l’Italie, en huitièmes de finale de l’Euro, Villar doit annoncer, le 15 juillet, le nom du successeur de l’emblématique Vicente Del Bosque- dont il est un ami proche- en poste depuis 2008. Il doit surtout annoncer s’il est bien candidat ou non à un sixième mandat à la tête présidence de la RFEFA. Car la chute de Michel Platini a rabattu les cartes à l’UEFA. Et de nombreux patrons de fédérations européennes voient en Villar le recours idéal dans l’optique du scrutin présidentiel, prévu le 14 septembre, à Athènes. La date limite des candidatures a été fixée au 20 juillet.

A ce jour, seuls le Hollandais Michael Van Praag et le Slovène Aleksander Ceferin se sont lancés dans la course. Selon le journal sportif espagnol Marca, Van Praag pourrait se retirer si Villar décidait de briguer la fonction suprême. « On lui prêtait de grandes ambitions à la FIFA et à l’UEFA mais il n’a pas pu les concrétiser, souffle un ex-taulier de la FIFA. Soit parce qu’il avait quelqu’un qui lui bloquait la route, soit lorsqu’elle se libérait, parce que de nombreuses rumeurs concernant certaines affaires dans lesquelles il aurait trempé montaient à la surface. »

« Villar devra décider dans les prochains jours s’il se présente à l’UEFA ou s’il choisit de poursuivre son engagement de longue date comme président de la Fédération espagnole », le presse Giancarlo Abete. Deux jours avant la finale de l’Euro, en conférence de presse, l’Ibère a rendu un hommage appuyé à Platini, « le grand absent » du tournoi. Villar sortira-t-il enfin de l’ombre pour lui succéder ?


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