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Conseils, science, sante et bien-être


Le Bullet journal, le joli cahier qui vous veut du bien

Publié par MaRichesse.Com sur 7 Juillet 2016, 09:24am

Catégories : #ASTUCES, #INSOLITE, #VIE, #VIDEO

Le Bullet journal, le joli cahier qui vous veut du bien

Il y a cette maman sublime qui élève des bambins magnifiques dans une maison parfaitement décorée, tout en tenant un blog à succès.

Il y a ton pote qui a un boulot prestigieux, écrit des bouquins, donne des cours et a encore le temps de planifier des vacances au quatre coins du monde.

Et puis, il y a le PDG d’Apple, Tim Cook, qui se lève à 3h45 du matin pour organiser sa journée, envoyer des e-mails et faire du sport.

Pendant ce temps-là, toi, pauvre célibataire sans enfant, tu as l’impression d’être constamment débordée et tu considères que sortir tes poubelles à temps est déjà une petite victoire sur la vie.

« Dans une quête pour m’organiser »

Alors, quand tu tombes sur le Bullet journal (BuJo), une méthode qui te promet que tu vas réussir à soigner ta phobie administrative, arrêter de binge-watcher des séries et enfin apprendre l’allemand, ça t’intéresse.

Tu vas voir Archibald, 30 ans, chef de projet dans un média, parce qu’il l’utilise :

« J’ai commencé à suivre tous ces trucs de productivité en entrant dans le monde du travail. Je suis dans une quête pour m’organiser, et du coup j’ai eu envie d’essayer ça. En plus c’est fun, ça a un côté rétro. »

Après Evernote, Google Calendar ou encore Things ou Todoist, le jeune homme qui se dit « geek » et « très intéressé par les nouvelles applis » s’est donc tourné vers un simple carnet rempli de petits points (« bullets »).

Il se présente comme un « bordélique chronique », qui a toujours mille choses à faire et des tas de rendez-vous à assurer, tout en ayant envie de bien manger, faire du sport et lire des bouquins. D’où ces applications qui, assure-t-il, l’ont aidé un peu – en particulier celle où il détaille son budget pour mettre de l’argent de côté.

Mais Archibald se dit qu’il pourrait trouver mieux. Il y a toujours certaines tâches qu’il repousse ad vitam aeternam (« Dans une appli, j’ai une liste de trucs à vendre sur le Bon coin depuis six mois »). Et il n’a jamais réussi à se mettre au sport. D’où le BuJo, présenté dans les blogs comme un instrument de motivation.

Arrêter de procrastiner

Le BuJo est à la fois un carnet de note, un agenda et une compilation de to-do-list. Avec un index en début de carnet pour savoir où est quoi.

Chaque matin, on ouvre une nouvelle page, et on liste tout ce qui tourne dans notre tête avec un simple système de symboles : un rond pour un rendez-vous, un tiret pour une note et un point pour une tâche.

A la fin de la journée, on fait le bilan. Le lendemain, on reporte les tâches non effectuées à la main. Plus elles s’accumulent, plus c’est pénible. Ce qui nous pousse à arrêter de procrastiner (ou à arrêter le carnet).

Exemple de tracking mensuel
Exemple de tracking mensuel - Blog Trashycatlady

Dans le BuJo, on trouve aussi des « trackings », avec un liste de choses à accomplir personnellement et professionnellement (par semaine, mois et année). Les bonnes résolutions du 31 décembre, mais tout le temps.

Eloïse, du blog « Des miettes dans le clavier », s’y est d’ailleurs mise en janvier : « Comme ça c’est acté, on commence une nouvelle année. »

Designer new-yorkais au look hipster

On peut se dire que Ryder Carroll, papa du Bullet journal, a réinventé la poudre (et les listes). Ce n’est pas tout à fait faux. Mais une poudre dans l’air du temps. Celui de la perte d’attention, de la surconnexion, bref de l’impression que le temps s’accélère, analysée par le philosophe allemand Hartmut Rosa.

Les objectifs de l'année 2016 dans un Bullet journal
Les objectifs de l’année 2016 dans un Bullet journal - Pinterest

Dans son « story telling », Ryder Carroll, designer new-yorkais au look hipster, raconte :

  • Que son fameux journal a corrigé les troubles d’attention dont il souffrait depuis l’enfance.
  • Qu’il a ainsi pu faire le brillant cursus universitaire en design dont il rêvait.
  • Qu’un collègue à lui, impressionné par sa méthode, lui a soufflé l’idée de la commercialiser.

Carroll lance sa première vidéo YouTube en août 2013 et son Kickstarter en décembre 2014. ll récolte alors 80 000 dollars.

Depuis, les articles de presse s’enchaînent et les disciples du BuJo se multiplient, aux USA et en France. Depuis janvier dernier, un sous-forum sur Madmoizelle y est dédié – et compte plus de 500 pages.

L’obsession d’un mode de vie sain

Comme les applis, le Bullet journal se base sur le modèle du GTD, « getting things done » de David Allen, gourou américain de la vie productive, qui a lancé ce concept en 2001 (et l’a déposé en 2005).

Mais il se nourrit aussi de l’obsession d’un mode de vie sain. Archibald parle ainsi des deux principaux problèmes que devait régler ce carnet :

  • L’impression d’être débordé et le fait de ne pas se souvenir de toutes les tâches à accomplir.
  • L’envie de faire plus de sport, se lever tôt, bien manger, mettre de l’argent de côté…
Le choses qui obsèdent les adeptes du BuJo (yoga, méditation, dépenser moins, pas d'alcool, etc.)
Le choses qui obsèdent les adeptes du BuJo (yoga, méditation, dépenser moins, pas d’alcool, etc.) -Pinterest

On verrait mal un BuJo qui se donnerait comme objectifs de boire beaucoup d’alcool, manger cinq babas au rhum par semaine et se coucher systématiquement à 2 heures du matin.

Se hisser au dessus de la médiocrité

Kara, une star du BuJo, cite longuement sur son blog le best-seller de Had Elrod, Miracle Morning, et dit avoir adopté sa routine du lever à l’aube pour « appartenir aux 5% qui se hissent au dessus de la médiocrité ».

 
Un poème à la communauté BuJo et une liste de questions pour « se fixer des objectifs », dont : « De quoi je voudrais qu’on se souvienne après ma mort ? »

Un des blogueurs francophones qui parle du Bujo déroule ses habitudes quotidiennes :

« En ce moment, je me lève tous les matins à 5h30 pour passer une heure concentré sur le blog. Je fais des exercices de respiration et de la visualisation. Je souhaite une vie pleine de bonheur et de succès à mes proches.

Douche froide une à deux fois par jour. Un gros repas le soir (Warrior diet), du sport cinq fois par semaine, de la lecture de qualité quotidienne, et durant la journée, chaque fois que je vois ma gueule dans un miroir, cela me fait penser à revenir dans le présent et penser à moi. »

Méritocratie

Evidemment, tous les adeptes du BuJo ne sont pas aussi caricaturaux. Dans le lot, on trouve pas mal de mamans qui bossent, des travailleurs indépendants et beaucoup de bordéliques chroniques qui éprouvent le besoin de se rassurer.

Mais tous sont imprégnés des dogmes venus d’outre-Atlantique. Nicolas Marquis, sociologue et auteur d’un livre sur le développement personnel, analyse :

« C’est un discours très connecté à l’American dream, cette méritocratie qui dit qu’on peut y arriver à la sueur de son front, en partant de rien. Et du coup, que ceux qui n’y sont pas arrivés doivent s’en prendre à eux-mêmes. »

Il pointe les limites de ce discours :

« Le “Miracle morning” par exemple n’a aucun sens pour celui qui fait des shifts de nuit à La Poste. »

Archibald, qui a parfois l’impression de se « faire avoir » résume ainsi :

« Il faut être productif dans ta journée, faire du sport, avoir une vie sociale bien remplie et sortir le soir, manger sainement donc cuisiner, être écolo… Evidemment on ne se dit pas que si on ne travaillait pas toute la journée ça irait déjà mieux. »

Alors, au lieu de manifester pour travailler moins, comme le prône la sociologue Dominique Méda, les individus se sentent coupables lorsqu’ils traînent un peu trop sur Internet le soir et mangent des steaks surgelés.

Œuvre d’art

La blogueuse Eloïse, qui a deux enfants, dit que le BuJo l’a aidée à « venir à bout des tâches quotidienne le matin pour jouer avec mes enfants l’après-midi, tout en tenant mon blog ». Elle s’en est aussi servi pour réussir son objectif « zéro-déchet » qui lui prend beaucoup de temps. Mais elle a dû le lâcher quelques semaines en mars, quand elle a fait des shifts très longs – elle est secrétaire médicale.

Un exemple de bullet journal sur Instagram
Un exemple de bullet journal sur Instagram

Parce que le BuJo est un travail en soi. Contrairement aux simples applications de productivité, il est complètement personnalisable, aussi bien sur le fond que sur la forme. « Chaque personne aura un journal différent, en fonction de ses besoins », m’explique Eloïse.

« Moi j’ai intégré un Filofax dedans et j’ai mis plein de couleurs. Ça m’a pris plusieurs mois avant qu’il soit parfaitement adapté. »

Certains préfèrent abandonner, comme Archibald, parce que « c’était fastidieux, et que mes process de travail sont trop connectés ».

Mais ceux qui y arrivent le clament volontiers. Comme beaucoup de disciples du BuJo, qui postent leur carnet sur Instagram ou Pinterest, Eloïse exhibe le sien au grand vent du Web – alors même qu’elle y écrit des choses privées. Et certains bujos tiennent vraiment de l’œuvre d’art.

Distinction sociale

On peut penser qu’il est ironique de perdre du temps quand on est déjà débordé, mais ça fait partie du jeu. Pour Nicolas Marquis, le Bullet journal est un signe de distinction sociale.

« C’est prestigieux de montrer à nos semblables que notre activité est intense. »

Bref, faire un journal pour s’organiser, c’est déjà faire quelque chose. Et, comme dans une mise en abyme infinie, faire du BuJo devient une des dix choses à faire dans ta journée.

Quel carnet pour un Bullet journal ?
  • Si vous êtes fan du concept, et à tendance jusqu'au-boutiste, vous pouvez acheter LE Bullet journal de Ryder Carroll pour 20 dollars (sans les frais de port). L'avantage est qu'il fait 249 pages.
  • Sinon, un carnet type Moleskine à grilles de pointillés vous donnera un côté hipster-chic pour une quinzaine d'euros.
  • Une solution utilisée par plusieurs bujos est d'utiliser un classeur-agenda (type Filofax) comme Bullet journal, ce qui permet notamment de retirer les pages au fur et à mesure. C'est un peu ce que je faisais déjà sans m'en rendre compte avec mon agenda classique. Mais ça implique une rigidité supplémentaire.
  • Si vous avez la foi, vous pouvez acheter un petit classeur souple et imprimer vous-même les pages à grilles de pointillés.
  • La solution des « vrais » : un simple cahier d'écolier. 
  • Au niveau du format, beaucoup prennent du A5, mais tout est possible. 

 

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