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Conseils, science, sante et bien-être


La Silicon Valley va-t-elle vaincre la mort ?

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Juillet 2016, 07:37am

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #TECHNOLOGIE, #SCIENCE

La Silicon Valley va-t-elle vaincre la mort ?
Les pontes de la Silicon Valley prennent de l’âge et ils détestent ça. Sont-ils près de trouver un remède scientifique au vieillissement ? (Partie 1)

Anti-âge

La porte brune du bureau de Joon Yun passe facilement inaperçue, entre un teinturier et un salon de coiffure au deuxième étage d’un immeuble du centre-ville de Palo Alto, Californie. À elle seule, l’adresse en dit long : le 475 University Avenue, au cœur d’un quartier particulier dans le monde des start-ups de la Silicon Valley. A quelques minutes à pied des sièges de PayPal, Facebook et Google. Étrangement, les ambitions de ces multinationales sont bien plus modestes que les idées sur lesquelles travaille Yun.

J’ai été guidé ici par Sonia Arrison. Spécialiste de la Silicon Valley, elle a accepté de me faire découvrir un univers peuplé de riches utopistes qui partagent une même conviction : la révolution de l’espérance de vie est en marche. Nous nous rendons au bureau de Yun pour comprendre pourquoi et comment lui et ses partenaires influents prévoient de « guérir » le vieillissement. C’est à dire prolonger le temps que l’homme passe en bonne santé de plusieurs dizaines d’années. Peut-être de centaines.

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Joon Yun
Crédits : drjoonyun.com

Cet élégant médecin d’une quarantaine d’années est également un important gestionnaire financier de la Silicon Valley. Ce rêve ambitieux le poursuit depuis ses études sur les bancs d’Harvard.

« Je fais le pari que le vieillissement est un code », m’explique-t-il, assis à l’autre extrémité d’une table de conférence lustrée. « Un code qu’il est possible de cracker et de pirater. L’approche actuelle de la santé repose sur un allègement de vos symptômes jusqu’à ce que la mort vous délivre. On soigne les maladies dues au vieillissement, mais on ne traite pas le processus qui en est responsable. La médecine fait du bon boulot pour que les gens vivent mieux et plus longtemps, mais le vieillissement reste pour le moment inéluctable. »

En 2014, Yun a créé la fondation Race Against Time (« Course contre le temps ») ainsi que le prix Palo Alto, qui prévoit une récompense d’un million de dollars pour l’équipe qui sera capable de ralentir le vieillissement et d’allonger l’espérance de vie d’un mammifère de 50 %.

« Nous avons besoin de gens qui réalisent des progrès scientifiques sur le long-terme et d’autres qui font des paris plus risqués. Pour moi, il est impossible que la question du vieillissement reste indéfiniment sans réponse. »

L’idée que la recherche scientifique s’emparera bientôt du phénomène est largement répandue dans la Silicon Valley. Le langage utilisé par Yun pour décrire son rêve, en particulier l’emploi du mot « guérir », hérisse le poil des chercheurs conventionnels du secteur. Pourtant, ils sont peu à se plaindre de l’intérêt des magnats de la Silicon Valley pour la médecine. Depuis plusieurs années, les organismes publics de santé tels que le National Institutes of Health (NIH) ne consacrent qu’une part symbolique de leur budget à la recherche sur le vieillissement. Ce sont clairement les financements privés, nourris par de grandes ambitions, qui galvanisent le secteur.

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Les bureaux de l’Ellison Medical Foundation
Crédits : www.jidk.com

L’Ellison Medical Foundation a investi pas loin de 400 millions de dollars dans la recherche sur la longévité. Larry Ellison, le fondateur d’Oracle, a confié à son biographe que la mort le mettait « très en colère ». Peter Thiel, co-fondateur de PayPal et venture capitalist renommé, a quant à lui contribué au financement de la SENS Research Foundation, une organisation qui s’intéresse à la longévité, qu’il co-préside avec Aubrey de Grey. Ce gérontologue britannique soutient qu’un jour, nous serons capables de ralentir le vieillissement et d’augmenter l’espérance de vie humaine à l’infini. C’est encore Sonia Arrison, amie de longue date de Peter Thiel, qui est à l’origine de leur rencontre.

Calico

En 2013, les fondateurs de Google lancent Calico, la contraction de California Life Company, une entreprise consacrée à la recherche sur le vieillissement et les maladies connexes. Un an plus tard, Calico se rapproche de la société biopharmaceutique AbbVie, avec laquelle elle décide d’investir 1,5 milliards de dollars dans le développement de thérapies anti-vieillissement. « En s’appuyant sur une réflexion audacieuse à long terme sur la santé et les biotechnologies, je suis convaincu que nous pouvons améliorer des millions de vies », a déclaré Larry Page, co-fondateur de Google.

Dans son bureau du Presidio, l’ancienne base militaire qui surplombe la baie de San Francisco, Lindy Fishburne explique que la quête d’éternité a tout son sens dans la Silicon Valley. C’est une des fidèles conseillères de Peter Thiel. « Notre culture de l’ingénierie nous pousse à construire petit à petit la solution. Car il doit bien y avoir une », dit-elle. « Cette culture s’accompagne d’un optimisme qu’on ne trouve que dans la Silicon Valley. »

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« Google peut-il en finir avec la mort ? »

L’objectif des titans de la Silicon Valley n’est pas de prolonger l’espérance de vie en combattant les cancers, les maladies cardiaques, Alzheimer et toutes les autres affections auxquelles la plupart d’entre nous succombent. Leur véritable ambition est d’utiliser la biologie moléculaire pour décoder les mécanismes qui se cachent derrière le vieillissement lui-même – le principal facteur de risque dans toutes les maladies citées – et ralentir sa course. Au cours des dernières années, les scientifiques ont fait d’indéniables progrès dans le décodage du métabolisme cellulaire, qui se dégrade avec l’âge.

Les médias ont amplifié ce phénomène en faisant de leurs recherches la nouvelle fontaine de Jouvence. « Google peut-il en finir avec la mort ? » titrait le magazine Time en 2013. Les vieux briscards de la recherche scientifique sur le vieillissement se crispent à l’évocation du fameux concept d’immortalité. À l’heure actuelle, même les études les plus avancées en matière de biologie moléculaire – y compris celles menées par les pointures recrutées par Google pour grossir les rangs de Calico – ne garantissent pas de déboucher sur un remède au vieillissement ; encore moins à la mort. Le battage médiatique autour de l’immortalité « a un impact négatif, car il donne l’impression que nous nous concentrons sur quelque chose d’infaisable », déclare Felipe Sierra, responsable du département biologie du vieillissement au sein du NIH.

Cette surmédiatisation occulte les études significatives des mécanismes du vieillissement. « L’aspect positif de la chose, c’est que les gens commencent à comprendre que notre objectif est d’améliorer la santé de tous et pas seulement celle des patients atteints d’une maladie spécifique. Il s’agit d’une approche plus holistique. »

L’implication de la Silicon Valley et des investisseurs privés a un impact plus profond. Ils ont fait virer de bord la recherche toute entière, détournant son attention du traitement des affections qui surviennent avec l’âge au profit de l’étude des mécanismes qui sous-tendent le vieillissement lui-même. Certains scientifiques et chercheurs spécialisés voient l’entrée de ces capitaux comme une révolution, notamment d’un point de vue culturel. Selon eux, elle peut-être bénéfique.

Le stade dauer

Pendant des décennies, la recherche sur le vieillissement est restée un champ d’étude obscur et mal-aimé, entaché par des déclarations infondées et des pratiques bâclées.

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Gary Ruvkun
Crédits : Lasker Award

Gary Ruvkun, spécialiste en biologie moléculaire et professeur de génétique à la faculté de médecine de Harvard, raconte que ses pérégrinations scientifiques l’ont fait s’intéresser au vieillissement dans les années 1990 : « Il valait mieux parler de nos recherches à voix basse si on ne voulait pas perdre notre boulot. Les gens ne respectaient pas notre travail », se souvient-il. « La recherche sur le vieillissement était considérée comme un champ de seconde zone. Elle n’avait aucune visibilité et aucune personnalité pour la défendre. »

A l’époque, la vieillesse semblait être un problème insoluble. La plupart des scientifiques considéraient que la sélection naturelle ne tenait pas compte des mutations qui affectent l’homme une fois qu’il n’est plus en âge de procréer, ce qui implique une dégradation irréversible du corps et de l’esprit. Les financements étaient compliqués à obtenir : les entreprises du secteur médical cherchaient une rentabilité à court terme et les organismes publics rechignaient à soutenir des projets théoriques.

Les comités de révision du NIH « ont souvent une position conservatrice car leurs ressources sont limitées. Ils préfèrent financer des études qui sont sûres d’aboutir », explique David Sinclair. Sinclair est professeur de génétique à la faculté de médecine de Harvard et co-directeur du Centre Paul F. Glenn dédié à l’étude des mécanismes biologiques du vieillissement, une branche de la Glenn Foundation for Medical Research – un des plus gros bailleurs privés du secteur. « Mettre au point une molécule capable de ralentir le vieillissement paraissait insensé. »

Ces investissements n’auraient eu aucun impact sans des projets ambitieux à soutenir.

Le concours des investisseurs privés a permis de faire évoluer les mentalités. « Ils ont fait naître un intérêt durable pour ce secteur de recherche », affirme Ruvkun. Paul F. Glenn a fait fortune dans la finance et créé sa fondation en 1965, avant de faire pression sur le Congrès américain pour créer l’Institut national du vieillissement. Pendant ce temps, ses capitaux servaient à recruter des scientifiques de renom comme Seymour Benzer, pointure de la génétique diplômé de Cal Tech. Un des premiers grands noms à s’intéresser à la science du vieillissement. Pionnier de la recombinaison génétique, Benzer a réalisé des travaux sur la drosophile et fait de la génétique comportementale une branche de recherche à part entière.

L’implication d’Ellison en 1997 a constitué un véritable tournant. Elle a été motivée par sa relation avec Josh Lederberg, prix Nobel de médecine et pionnier de la biologie moléculaire. Lederberg voulait tout mettre en œuvre pour attirer l’attention sur le vieillissement. Il a recruté de grands chercheurs comme le spécialiste des neurosciences Eric Kandel, autre prix Nobel, et consacré une part significative des ressources de la fondation au financement de travaux de scientifiques déjà bien implantés dans d’autres domaines connexes.

La fondation Ellison était « très à cheval sur l’aspect épistémologique de la science », raconte Ruvkun. « Ils tenaient à ce que la plupart de ceux qu’ils soutenaient soient reconnus dans leur spécialité.  Cela permettait de redorer le blason de la recherche sur le vieillissement. C’était extrêmement futé de leur part. »

Ellison et Lederberg mettaient aussi l’accent sur des idées qui paraissaient trop en avance sur leur temps ou trop originales aux membres du NIH. La mission officielle de la fondation Ellison était de « soutenir la recherche fondamentale considérée trop risquée ou trop spéculative pour séduire les bailleurs conventionnels », puis de « se retirer » une fois les fonds versés. Ils finançaient souvent de jeunes scientifiques aux idées prometteuses.

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Les membres fondateurs de la fondation Ellison
Crédits : www.ellisonfoundation.org

« Sans cet argent, je ne serais sûrement pas à Harvard aujourd’hui », avoue Sinclair. « Il est difficile d’obtenir des subventions quand on est jeune. Grâce à la bourse Ellison, on a moins peur de se trouver sans rien en cas de passage à vide. »

Mais ces investissements n’auraient aucun impact sans des projets ambitieux à soutenir. Dans les années 1990, des pionniers ont appliqué certains nouveaux outils de la biologie moléculaire et de la génétique à la science du vieillissement. Deux découvertes phares ont électrisé le secteur et donné naissance à une nouvelle génération de chercheurs sur la longévité.

Dans les laboratoires de Harvard, Gary Ruvkun étudiait les vers ronds pour décoder les fondements moléculaires du stade « dauer », la période au cours de laquelle les larves des vers suspendent leur activité, ralentissent leur métabolisme de manière significative et stockent plus de graisses. Le phénomène coïncidea avec une longévité très supérieure à la normale.

La mort de la vieillesse

Ruvkun a découvert en 1993 que la clé résidait en un ensemble de gènes régulés par une voie de signalisation similaire à celle de l’insuline chez l’être humain. Ces voies affectent directement le métabolisme et les dépenses énergétiques, qu’elles peuvent ralentir. Chez l’homme, l’insuline est le signal hormonal qui rappelle à nos cellules d’absorber le glucose pour le convertir en énergie, entraînant un grand nombre de processus cellulaires – notamment le taux de division cellulaire que beaucoup associent au vieillissement.

calico-brand-logoÀ la même époque, la chercheuse en biologie moléculaire Cynthia Kenyon, de l’université de Californie à San Francisco (UCSF), a découvert qu’en provoquant une mutation du gène daf-2 chez les vers, elle était parvenue à doubler l’espérance de vie des animaux – de trois à six semaines. Une autre mutation sur le gène dit daf16-m permettait d’annuler cet effet. Ces découvertes ont eu des répercutions significatives dans le secteur. Pas étonnant que Kenyon compte parmi les employés les plus célèbres de Calico : la société l’a débauchée en 2014 auprès de l’UCSF pour qu’elle devienne vice-présidente des recherches sur le vieillissement.

Dans les années 1990, souligne Sierra, il était admis que près de 30 % de la longévité d’un individu s’expliquait par la génétique mais personne ne pensait alors qu’il était possible d’identifier des gènes spécifiques à l’origine d’un tel phénomène. « Ça a été une révélation à l’époque », explique Sierra. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe parce qu’elle impliquait qu’il serait possible de développer des médicaments capables d’augmenter la longévité sans cibler une maladie en particulier. Le processus du vieillissement lui-même allait pouvoir être déjoué. 

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