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L'idée du revenu universel est le produit d'une grande fatigue collective

Publié par MaRichesse.Com sur 26 Juillet 2016, 08:20am

Catégories : #ECONOMIE, #MONDE

L'idée du revenu universel est le produit d'une grande fatigue collective

Sous couvert de résoudre une situation sociale et de l'emploi inextricable, le revenu universel, revenu à la mode dans le débat, nous conduit à l'impasse : il exonère les acteurs économiques de tout effort pour repenser le modèle productif et entérine le statu quo.

Une vieille idée revient à la mode en Europe : celle de verser à chaque citoyen, de sa naissance à sa mort, une somme d'argent couvrant les besoins de base, indépendamment des ressources, de la situation familiale, patrimoniale ou professionnelle. La Finlande a annoncé une expérimentation en 2017. Les Suisses ont récemment rejeté par votation l'instauration d'un tel dispositif. Les Pays-Bas mènent des expérimentations locales.

Le revenu universel vise trois objectifs principaux : éradiquer la pauvreté tout en émancipant l'homme du travail ; permettre l'avènement d'une société de responsabilité dans laquelle chacun reçoit un solde de tout compte et exerce son libre arbitre en choisissant de travailler ou non ; simplifier le maquis de la protection sociale. De Thomas Paine à Milton Friedman en passant par Fourier, de grands parrains humanistes, socialistes ou libéraux, sont convoqués. Au vu d'une telle diversité d'objectifs et de sources intellectuelles, il n'y a rien d'étonnant à ce que, d'un bord à l'autre du spectre idéologique, on chante les louanges du revenu universel : libéraux-libertaires de droite, sociaux-démocrates, libertariens-marxistes y voient la nouvelle frontière sociale d'une Europe post-moderne. Mais cette convergence est suspecte et révèle, en creux, les faiblesses du revenu universel, présenté comme un remède miracle alors qu'il tient plutôt de l'improbable tove de Lewis Carroll, animal qui ressemble à la fois au blaireau, au lézard et au tire-bouchon.

Le propre de la pensée magique est de prétendre englober dans une grille de lecture unique la complexité du réel. Jamais depuis soixante-dix ans l'Europe n'a fait face à autant de défis : risque d'éclatement politique, migration incontrôlée, populisme, terrorisme, stagnation économique, déséquilibres budgétaires, chômage de masse, hypertrophie de l'Etat-providence... Le revenu universel, en promettant à tout citoyen de vivre indépendamment de son activité est censé répondre à une double faillite : l'incapacité de nos économies à créer suffisamment d'emplois ; l'inefficacité des politiques sociales de redistribution. En libérant l'homme de ses besoins de base, on atteindrait enfin l'idéal du citoyen rassuré sur son sort individuel, dans un continent assailli de toutes parts. Mais en réalité, le revenu universel tient davantage de l'anesthésiant injecté par un médecin dépressif, que d'une dynamique d'avenir. Trois observations permettent d'en saisir les impasses.

D'abord, en entérinant l'idée contestable de fin du travail, le revenu universel exonère les acteurs politiques, économiques et sociaux de tout effort visant à repenser le modèle de production à l'ère numérique. Il n'y a plus assez de travail pour tout le monde, restez chez vous et tenez, voilà de quoi vivoter. Réfléchir à la transition entre le monde post-fordien et l'âge de l'algorithme ? Trop compliqué. Cette paresse conceptuelle est lourde de conséquences. En ne faisant plus du travail la source de la vie sociale et de l'épanouissement, elle valide les thèses peu fécondes de l'aliénation. Surtout, elle fige les positions sociales en rendant accessoire la recherche du mieux-être et en faisant comme si les inégalités réelles (patrimoine ou éducation, par exemple) n'existaient pas. Enfant naturel du conservatisme social et de l'utopie marxiste, le revenu universel est le contraire d'une révolution : il perpétue le statu quo. Ensuite, le revenu universel a un coût considérable pour une efficacité discutable. Pour la France, à 800 euros par mois, il faut trouver 450 milliards d'euros (déduction faite de l'imposition des sommes versées), soit l'équivalent des dépenses de Sécurité sociale.

On peut toujours rêver à un grand soir du système de protection sociale pour financer le dispositif, à dépenses équivalentes. Mais la société libérée du travail a un coût exponentiel : ce sont les actifs qui payent pour les inactifs, ces derniers ayant des besoins variables et devenant toujours plus nombreux dans une société n'incitant plus à travailler. La conception statique du revenu universel - conçu toutes choses égales par ailleurs et indépendamment des besoins de chacun - ne tient pas compte du caractère insoutenable de son financement et inéquitable de ses modalités de redistribution.

Enfin et surtout, ce n'est pas un hasard si l'idée de revenu universel trouve aujourd'hui un écho si favorable en Europe. Comme si une grande fatigue collective poussait le continent à organiser sa sortie de l'histoire par l'extension indéfinie d'une illusoire providence. Muséifier les villes et anesthésier les personnes loin du chaos du monde, plutôt que retrouver le souffle du grand large.

Pendant ce temps, d'autres continents innovent, investissent, conquièrent des marchés et créent les emplois de demain. Plutôt que de rêver au grand sommeil, formons les générations qui referont de l'Europe ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : une puissance qui fait l'histoire.


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