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Marichesse.com

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Conseils, science, sante et bien-être


Je ne procrastinerai plus sur Internet au travail

Publié par MaRichesse.Com sur 7 Juillet 2016, 07:17am

Catégories : #TRAVAIL, #ASTUCES, #DEVELOPPEMENT, #EMPLOI

Je ne procrastinerai plus sur Internet au travail

Mathilde (les prénoms ont été changés) est doctorante en sciences politiques. Après plus de deux ans sur le terrain, la jeune femme de 28 ans doit «  pondre 300 pages en six mois  », pour rendre sa thèse dans les temps. 

En janvier, elle s’était pourtant promis de se lancer dans la rédaction. Mais elle ne parvient pas à s’y mettre et perd trois mois à ne rien écrire. Au moment de l’interview, cela fait plus d’un mois qu’elle n’a pas rédigé une ligne.

«  J’ai le complexe de l’imposteur. Je me dis que les gens vont réaliser que je n’ai rien fait ou que je ne suis pas compétente.  »

Poisson rouge

La jeune femme sait qu’une fois au pied du mur, elle écrira, «  mais certainement pas le meilleur truc de [sa] vie  ». En attendant, elle s’évade sur la toile. Et plus elle navigue de site en site, plus la culpabilité de ne rien faire et le stress engendré par le fait de n’avoir rien fait augmentent.

«  Impossible aujourd’hui d’écrire une thèse sans ouvrir Google. Le problème, c’est qu’avec les multiples pauses clopes, j’ouvre YouTube et je me retrouve, à cause des suggestions en haut à droite de l’écran, à regarder des vidéos à la chaîne. Pareil sur Facebook, on voit tout ce que les gens aiment et ça me pousse à lire un article, puis un autre... 

Et puis il y a Netflix : un épisode regardé à la pause déj pour souffler peut vite se transformer en cinq épisodes d’un coup. Voire une saison entière vue en deux jours.  »

Serions-nous devenus des puces, à sauter ainsi de lien en lien  ? En mai 2015, Microsoft réalisait une étude au Canada sur 2 000 personnes. Résultat  : l’être humain a une capacité de concentration inférieure à celle d’un poisson rouge. Huit secondes consécutives, contre douze au début des années 2000. Et neuf, pour le poisson. Principal coupable : l’écran connecté, qu’il soit celui du smartphone, de la tablette ou de l’ordinateur. 

Ultra connexion

Dans son ouvrage « J’ai débranché » (Fayard, 2012), rédigé durant une expérience de six mois de sevrage d’Internet, l’écrivain Thierry Crouzet explique  :

«  Dan Ariely raconte que quand nous avons de multiples possibilités, nous papillonnons de l’une à l’autre, tentant vainement de vivre toutes les expériences possibles.  »

Or Internet offre de multiples opportunités, qu’un être humain ne peut suivre. C’est pourtant ce que recherchait Thierry Crouzet avant sa déconnexion  : tout lire, tout commenter, tout regarder. Une ultra connexion qui l’a conduit à l’hôpital en pleine crise de panique.

46 minutes par jour sur Facebook

Au téléphone, le débranché – qui a répondu en sept minutes au courriel de demande d’interview – n’incrimine pas la technologie, mais les réseaux sociaux  :

«  Les réseaux sociaux, c’est pire que la télé  ! Par rapport à l’époque du “ temps de cerveau humain disponible ”, c’est mille fois pire aujourd’hui  ! Les mecs de Google et Facebook calculent les secondes qu’ils nous grappillent. Tout est fait pour nous rendre addict, pour faire de nous des consommateurs.  » 

En 2015, Mark Zuckerberg constatait que ses 1,49 milliards d’utilisateurs passaient en moyenne 46 minutes par jour sur Facebook. Toujours en 2015, We are social indiquait dans une étude que les Français passent quotidiennement 3h53 sur Internet sur ordinateur et tablette, 1h17 sur Internet mobile, 2h sur les réseaux sociaux et 3h10 devant la télévision.

Si aller sur Internet peut être un outil ou une manière de faire une pause entre deux tâches, que dire quand la pause s’éternise ou que le fait de taper Facebook dans son moteur de recherche ou effleurer son smartphone du bout des doigts deviennent des réflexes ?

« Cerveau sous hypnose »

Dans un open space, il est difficile de passer sa journée à naviguer sans se faire remarquer. Mais comment font les indépendants, les thésards, les étudiants qui travaillent de chez eux, en pyjama et sans le regard réprobateur d’un chef  ?

Rachid est graphiste. Après avoir bossé plusieurs années pour une institution, dans un bureau et avec des collègues, il se lance à son compte en janvier 2014. 

« Les premiers mois, j’étais tellement heureux  ! Je me sentais libre de mon temps, libre de choisir mes clients, j’étais à fond. Et puis, je me suis rapidement confronté à une situation à laquelle je ne m’étais pas préparé  : les périodes de trou entre deux projets.  »

Rachid loue depuis plus d’un an un bureau dans un espace de coworking, mais se souvient de ses débuts en indépendant  : «  C’était infernal. Quand j’avais moins de travail, je restais des journées entières chez moi, crade, devant mon ordi, à passer de Facebook à Twitter machinalement. Mon cerveau était comme sous hypnose, j’étais en train de sombrer dans une forme de dépression. Je me trouvais nul, inutile.  »

Quand sa copine le menace de le quitter s’il ne se reprend pas en main, le quadra se remet au sport et coupe Internet.

«  J’ai tout essayé  : désactiver mon compte Facebook, désactiver le wifi, mais ça ne fonctionnait pas, j’ai besoin d’Internet pour bosser.  »

Nounou numérique

Il découvre alors des extensions qui bloquent l’accès à certains sites au-delà d’un nombre de minutes prédéfinies ou durant certaines périodes de la journée. Des plages horaires loin de ce que Thierry Crouzet appelle «  le bruit  » d’Internet. Une sorte de pollution visuelle et mentale que ces extensions proposent de contrôler à votre place. Rachid, après différents essais, a opté pour Nanny for Google Chrome (anciennement Chrome Nanny).

Comme son nom l’indique, cette nounou numérique, extension de Chrome, vous interdit de manger des bonbons (= glander en ligne) de «  9 à 13 heures et de 14 à 19 heures, et pas plus d’une heure sur 24 heures  », dans le cas de Rachid. A l’utilisateur de choisir sa restriction.

Chrome Nanny
Chrome Nanny - Capture d’écran

Rachid est comblé. Il avoue que l’extension n’a pas été la seule source de son regain d’entrain  : les menaces de sa compagne, les revenus en chute libre, puis le fait de trouver un espace de coworking ont aussi été utiles.

Quantité de logiciels, extensions ou applications aident ainsi à rester concentré. Selon l’intensité du problème, on peut :

  • Faire des statistiques pour prendre conscience du temps perdu. Desktime et Rescue Time permettent de savoir combien de temps on passe sur chaque site, avec tableau de bord et graphiques. 
     
  • Limiter ou bloquer l’accès aux sites qui nous empêchent de faire ce qu’on a à faire. Si Antisocial ou Freedom sont payants, il existe des logiciels ou extensions gratuites : Nanny for Google Chrome, Selfcontrol, The productivity owl, Minute.at, Leech Bloch, Stay Focused. L’objectif est de bloquer un ou plusieurs sites sur une période de la journée. Pour contourner l’interdit, l’internaute doit intégrer un code long comme trois clés wifi (ou désactiver l’extension).
     
  • Aménager son espace de travail pour favoriser la concentration. Focuse writer, RightNote ou encore National Velocity offrent à l’internaute un environnement de travail dépollué, presque comme s’il avait une machine à écrire en face de lui.
     
  • Organiser son temps. De nombreuses extensions s’inspirent de la méthode Pomodoro. Il s’agit d’alterner des périodes de concentration de 25 minutes et des périodes de relâche. Moosti est la pure transcription web du bon vieux minuteur  : 25 minutes de travail, 5 minutes de pause, changement de tâche, et tous les quatre minuteurs, prendre une pause de 15-20 minutes. Pomodoro Timer, Focus Booster et PromoTime fonctionnent selon le même principe.

L’urgence a pris le pas sur tout le reste

Ces outils permettent ce que Francis Jauréguiberry nomme des «  déconnexions segmentées ou partielles ». Ce professeur de sociologie à Pau est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet  : « Les branchés du portable » (2003), « Usages et enjeux des technologies de la communication » (2011) et « Le voyageur hypermoderne » (2016). Au téléphone, il explique  :

«  Tout le monde se débrouille, mais on est face à un vrai problème social. A partir du moment où il y a une prise de conscience d’être trop interpellé et de ne pouvoir faire face, on peut essayer de maîtriser le flux et les sollicitations.  »

Dans la revue Réseaux, le chercheur souligne que l’urgence a pris le pas sur tout le reste  : «  Le coup de fil a priorité sur la personne présente, le courrier électronique sur le dossier en train d’être traité, et le bip du SMS arrête tout séance tenante.  » Il poursuit :

«  C’est tout à la fois l’anxiété du temps perdu, le stress du dernier moment, le désir jamais assouvi d’être ici et ailleurs en même temps, la peur de rater quelque chose d’important, l’insatisfaction des choix hâtifs, la hantise de ne pas être branché au bon moment au bon réseau et la confusion due à une surinformation éphémère […] L’individu est dépossédé du sens de son action et aspiré par une inflation occupationnelle.  » 

Etre déconnecté, c’est ne plus exister

Malgré la déconcentration que cela entraîne, certains, comme Mathilde la thésarde, ne souhaitent pas se déconnecter, même partiellement. La jeune femme n’installera pas d’extension  :

«  Internet est quand même un plaisir, je veux pouvoir répondre si je suis sollicitée. Déjà que la thèse coupe du monde, je n’ai pas envie de ne plus avoir de vie sociale ou de me faire spoiler “Game of Thrones” parce que j’ai arrêté de regarder la série avant ma soutenance. Et puis, cela peut être salvateur de se mettre sur Internet pour souffler  : les réseaux ça sert aussi à rigoler, à être au point sur l’actualité, la culture...  »

Car c’est bien de cela dont il est question  : Internet procure un sentiment d’appartenance à une communauté. Etre déconnecté, c’est ne plus exister.  

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