Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


États-Unis : "le racisme est présent à toutes les échelles de la société"

Publié par MaRichesse.Com sur 12 Juillet 2016, 03:12am

Catégories : #ETATS-UNIS, #RACISME, #FAITSDIVERS

États-Unis : "le racisme est présent à toutes les échelles de la société"

Les violences policières à répétitions et le meurtre de policiers à Dallas en marge d'une manifestation pacifique sont révélatrices de la fracture raciale aux États-Unis. Plus de cinquante ans après la fin de la ségrégation, les inégalités entre Noirs et Blancs sont-elles toujours aussi fortes ? Les violences ont-elles tendance à augmenter ? Réponse avec deux spécialistes des États-Unis.

 

Le 7 juillet, un réserviste noir de l'armée américaine a abattu cinq policiers, lors d'une manifestation contre les violences policières. La veille un homme noir, avait été tué par balles par deux agents des forces de l'ordre. Les images de sa mort avaient été diffusées sur les réseaux sociaux, soulevant l'indignation et mettant en lumière une fracture raciale. Décryptage avec Nicole Bacharan, politologue franco-américaine et Charlotte Recoquillon, chercheuse à l'institut français de géopolitique.
 
MYTF1News : Y  a-t-il toujours une fracture raciale aux États-Unis?
 
Nicole Bacharan : La fracture raciale existe depuis toujours, mais ce n'est pas la même que dans les années 1960. Depuis, le pays a élu un président noir. Mais ce qui reste réel, c'est l'inégalité de traitement des Noirs face au système judiciaire, au système carcéral, face à la peine de mort.
 
Il y a une suspicion a priori sur les Noirs.  Et la police américaine est brutale. Il existe une culture de l'auto-défense "avec le droit de tirer". Lorsqu'elle est formée, la police n'apprend pas à préserver la vie de ceux qui la menacent. 
 
Charlotte Recoquillon : Le racisme est systémique. Depuis les années 1960, s'est mise en place une déségrégation légale à l'école, dans l'accès à certains emplois, à certains logements. Mais après plusieurs décennies, c'est la grande désillusion. Cela n'a pas augmenté la qualité de vie des gens. Aujourd'hui, il y a des juges, des policiers, des élus noirs, en premier lieu Barack Obama, mais cela ne permet pas de compenser un rapport de force qui leur est défavorable. 
 
Le racisme est présent à toutes les échelles de la société. Il traverse tous les individus y compris les individus noirs. Les policiers noirs eux-mêmes vont davantage suspecter les Noirs que les Blancs. Des études montrent, par exemple, que lorsqu'ils jouent à des jeux vidéos les policiers tirent davantage sur les Noirs que sur les Blancs. Les Noirs sont déshumanisés.


MYTF1News : Les violences envers les Noirs ont-elles augmenté dernièrement ?
 
N.B : Les violences policières sur les Noirs existent depuis des années, mais on ne les voyait pas. Généralement, il n'y avait pas d'enquête, pas de sanctions sauf dans des cas extrêmes comme lors de l'affaire Amadou Diallo en 1999 : ce jeune homme avait été tué d'une quarantaine de balles par des policiers. En dehors des situations comme celle-ci, les juges ont du mal à aller gratter. Mais aujourd'hui, ces violences sont filmées. Nous les voyons davantage.
 
C.R : Les violences ne sont pas en recrudescence. Mais les médias ont accordé une attention inédite aux violences policières. S'y ajoute, entre autres, le problème du traitement médiatique inégalitaire. Par exemple, on met sur le même plan la radicalisation des Noirs qui recherchent la justice et les militants radicaux blancs qui défendent un système inégalitaire et raciste. Mettre sur le même plan les deux tendances, c'est délégitimer les valeurs du mouvement Black Lives Matter, "Les vies des Noirs comptent", qui dénonce le racisme et demande une égalité réelle.

 

"Cela renforce l'électorat soudé de Donald Trump"


MYTF1News : Obama, premier président noir de l'histoire des États-Unis, semble embarrassé par ce débat...
 
N.B : C'est compliqué pour lui car il a une conscience aiguë de ce genre de question. Au début de sa présidence, il a été très impliqué mais il a vite compris que ce n'était pas gérable. Il est le président de tous les Américains, et il est aussi le chef de la police. Il arrive en fin de mandat et sur cette question, comme sur la question des armes, on le sent frustré et impuissant.
 
C.R : Il a du mal à avancer sur ces thèmes. Il a eu le congrès contre lui. Les lobbies sont très puissants notamment la NRA, le lobby des armes, qui finance les campagnes des élus républicains et les contraints à bloquer les avancées.
 
MYTF1News : Est-ce que la situation peut évoluer positivement malgré tout ?
 
C.R : Il faut comprendre et admettre que le problème est global. Il ne sera pas résolu dans la police s'il n'est pas résolu à l'école ou dans les médias. Il y a un certain nombres de propositions qui ont été faites par les militants : démilitariser la police, permettre aux citoyens de filmer les violences et bavures sans qu'ils soient inquiétés etc...
 
Jusqu'à présent, la police n'a pas été jugée responsable de ses actes. A partir du moment où les individus pourront être condamnés pour leurs actes, alors cela participera à la reconnaissance de la dignité des victimes.
 
MYTF1News : La fusillade à Dallas peut-elle avoir un impact sur l'élection présidentielle ?
 
N.B : Cela renforce l'électorat soudé de Donald Trump. On ne peut pas voter pour lui si l'on n'est pas un petit peu raciste. C'est plus délicat pour Hillary Clinton. Elle est du côté de Black Lives Matter et en même temps, elle aspire à être le chef de l'Etat, à rassembler. C'est à elle de convaincre qu'elle a la volonté d'agir contre les inégalités et qu'elle comprend aussi les préoccupations de la police.

 

Commenter cet article

Archives