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Conseils, science, sante et bien-être


Comment les professeurs notent les copies du bac

Publié par MaRichesse.Com sur 5 Juillet 2016, 11:00am

Catégories : #ASTUCES, #ECOLE

Comment les professeurs notent les copies du bac

Les notations «bienveillantes» parfois imposées par leurs inspecteurs lors de l’élaboration des barèmes hérissent les professeurs : indulgence sur l’orthographe, sur la longueur des copies...

 

Le taux de réussite au bac est passé de 73,5 % en 1960 à 87,8 % en 2015. Le nombre de mentions très biensera-t-il à nouveau battu? Réponse dans l’après-midi du 5 juillet. Seule certitude, les professeurs ont d’ores et déjà rendu leur sentence après plusieurs jours de corrections encadrées. «C’est bon je suis dans les clous. La moyenne de mon paquet de copies est de 10,45, conforme à la moyenne académique en philosophie de 10,44 pour les terminales ES», nous confiait à la veille des résultats, un professeur de philosophie.

Puisqu’il a, tous les ans, tendance à «sous-noter» par rapport à sa moyenne académique, cet enseignant a remonté de deux points ses 120 copies «de façon artificielle». «Sinon, je restais à 8,45 de moyenne et je me faisais taper sur les doigts par l’inspecteur régional. Je préfère devancer le problème», explique-t-il. Régulièrement, de mini-scandales éclatent, pointant les consignes de correction à la hausse émanant des inspecteurs de l’Éducation nationale: indulgence sur les fautes d’orthographe, sur la longueur des copies, sur la faiblesse des problématiques en histoire, sur les démonstrations incomplètes en mathématiques...Les professeurs qui récupèrent leurs copies juste après les épreuves du baccalauréat sont sous surveillance pendant toute la durée des corrections par le biais de commissions destinées à «harmoniser» leur notation.

 

Les enseignants ont des consignes d’Indulgence sur les démonstrations incomplètes en mathématiques.©Ecolepolytechnique
Les enseignants ont des consignes d’Indulgence sur les démonstrations incomplètes en mathématiques.©Ecolepolytechnique Crédits : © Barande Jérémy /EP

 



Des variations très fortes d’un correcteur à l’autre

Il s’agit pour eux de ne pas être trop sévère ou décalé par rapport au reste de la France. Les professeurs ont en effet une conception de la notation qui peut énormément varier. Sans contrôle, l’aléa de la correction est considérable. Les décomptes de fautes systématiques aboutiraient par exemple très vite à des 2 ou 3 sur 20 pour de nombreuses copies... En 2007, le chercheur Bruno Suchaud avait soumis trois copies d’élèves passant l’épreuve de sciences économiques et sociales à la correction d’une trentaine de professeurs. Il existait, pour chaque dissertation, des variations très fortes d’un correcteur à l’autre pouvant aller jusqu’à onze points même si la variation habituelle est plus proche de deux ou trois points.

Cette année l’inspection académique de Poitiers aurait demandé de ne pas noter en dessous de 6/20 lorsque l’élève rendait une copie de quatre pages parlant à peu près de philosophie même si elle n’est pas pertinente. «Cette recommandation a été rejetée par de nombreux enseignants affirmant qu’ils n’y avait pas de raison pour qu’ils ne notent pas en dessous, notamment si la copie comportait des fautes ou était totalement hors sujet», explique un professeur de philosophie de cette académie...

Deux réunions se sont succédé en juin pour harmoniser les notations dans chaque discipline: les commissions d’entente qui précèdent la correction des copies rassemblent les inspecteurs pédagogiques régionaux et certains correcteurs, chargés, d’une fonction de «modération» ou de «coordination». L’objectif est de préparer la notation, en mettant au point des recommandations de correction et les barèmes, souvent à l’aide de quelques copies.

 

Des barèmes de notation formulés dans des termes purement positifs

Les commissions d’harmonisation ont lieu dans la dernière phase des corrections. Elles concernent l’ensemble des professeurs et permettent de prendre la mesure des éventuels écarts ou divergences de notation. Elles peuvent être mouvementées, les enseignants tenant à une sévérité ou une indulgence sur tel ou tel point. «C’est dans ces commissions que sont données les consignes, écrites ou orales, qui éveillent tant l’intérêt dans l’opinion publique. À tort ou à raison, elles sont en effet soupçonnées de contribuer à augmenter de manière artificielle les taux de réussite et d’affaiblir ainsi la valeur du baccalauréat», relevait en 2008 le sénateur Jacques Legendre dans le rapport le plus fouillé sur le sujet.

«Les barèmes de notation sont trop souvent formulés dans des termes purement positifs: il ne s’agit que rarement de sanctionner telle ou telle erreur ou telle ou telle méconnaissance, jugée rédhibitoire, mais de fonder une appréciation large. Sans doute cela ne suffit-il pas à démontrer une réelle pression «à la hausse», cette manière d’opérer pouvant se comprendre si les enseignants manifestent spontanément une trop grande sévérité et non un trop grand laxisme. Mais à l’évidence, elle n’est pas en soi satisfaisante et il conviendrait que les consignes comportent des invitations plus mesurées, en identifiant les points sur lesquels la bienveillance est nécessaire et ceux qui doivent être sanctionnés avec une réelle sévérité», recommandait-il, s’interrogeant sur l’absence de transparence qui entoure le processus d’harmonisation. 

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